En marche aussi, les syndicats et le patronat !

Le succès de la démarche lancée par Emmanuel Macron pour recomposer la vie politique passe aussi par un aggiornamento de la démocratie sociale. Pour les syndicats et le patronat, reçus ce mardi 23 mai à l'Elysée pour discuter du contenu de la réforme du marché du travail, l'heure n'est-elle pas aussi à trouver les voies d'un compromis utile au pays ?
(Crédits : PHILIPPE WOJAZER)

On entre enfin dans le dur. Emmanuel Macron reçoit ce mardi à l'Elysée les représentants des organisations syndicales et patronales pour engager la discussion sur le contenu des réformes sociales qui seront proposées après l'été. Le chef de l'Etat, qui n'a pas caché son intention d'aller vite, par ordonnances, va pouvoir entrer dans le détail de son projet et mesurer jusqu'à quel point un éventuel passage en force risque de se heurter à un troisième tour social, dans la rue, s'il sort des lignes rouges que les syndicats de salariés refusent de voir franchies.

Celles-ci sont connues. La question n'est pas tant la procédure des ordonnances que leur contenu et la capacité des partenaires sociaux à se faire entendre par l'exécutif. La CGT arrive avec Philippe Martinez sur une ligne dure, en refusant d'emblée les ordonnances et en réfutant toute idée d'assouplissement du code du travail. FO avec Jean-Claude Mailly, et la CFDT avec Laurent Berger sont sur une approche plus pragmatique, mais en fixant des limites très précises sur l'inversion de la hiérarchie des normes, afin que des garde-fous soient posés sur la négociation dans l'entreprise et le rôle protecteur des accords de branche, par exemple.

Sortir des postures classiques

On reste pour l'instant dans la posture classique, avec un patronat qui va réclamer plus de souplesse et des syndicats qui vont expliquer qu'il n'a pas été démontré que plus de liberté pour licencier favorise l'embauche. Le contexte social du moment, avec des dossiers emblématiques comme Whirlpool, Vivarte, GM&S, Tati, ne facilitera pas les échanges, même si, en réalité aujourd'hui, le gros des licenciements passe par d'autres voies que les grands plans sociaux : depuis 2010, le nombre des ruptures conventionnelles dépasse celui des licenciements économiques avec une proportion qui va du simple au double, voire plus certains mois.

Quelles flexibilités supplémentaires, quelles nouvelles sécurités ?

Dire que le marché du travail n'offre pas de flexibilité est donc faux et ce n'est pas là-dessus qu'Emmanuel Macron doit porter le fer avec les syndicats. La seule vraie question, c'est la flexisécurité, ou plutôt quelles flexibilités supplémentaires en échange de nouvelles sécurités. Emmanuel Macron l'a dit pendant la campagne, y compris en se rendant sur place pour discuter avec les salariés de Whirlpool quelques heures après la visite-éclair de Marine Le Pen : dans une époque de grandes mutations économiques et industrielles, on ne peut pas toujours protéger les emplois, à n'importe quel prix, et surtout pas en refermant les frontières ou en menaçant de nationaliser telle ou telle entreprise privée. Mais on doit toujours protéger les personnes et agir pour que, non seulement ceux qui sont licenciés soient correctement indemnisés, mais surtout pour leur offrir une nouvelle chance, par une offre de formation renforcée.

Adapter la France aux mutations

Tenir ce discours de l'adaptation à la mondialisation et à l'arrivée des nouvelles technologies n'est pas facile politiquement, mais c'est plus nécessaire que jamais alors qu'une nouvelle vague de mutations arrive avec la robotisation des usines, l'intelligence artificielle, etc. De sorte que la question posée, aux syndicats comme au patronat, n'est pas tant seulement de discuter du contenu de la réforme du code du travail que d'ouvrir un vrai dialogue sur les moyens d'accompagner les mutations du travail.

Emmanuel Macron, qui a réussi, par son élection, à enclencher une recomposition de la politique, le sait bien : le même aggiornamiento est nécessaire dans le monde de la démocratie sociale et du paritarisme où, là aussi, des rentes de situation se sont fossilisées. C'est pour cela qu'il propose sans états d'âme de nationaliser l'assurance-chômage et de donner à l'Etat un rôle moteur comme acteur de la solidarité pour sortir de ce qu'il considère comme une hypocrisie française.

En proposant d'aller plus loin dans la flexisécurité à la française, Emmanuel Macron force la main aux partenaires sociaux pour qu'ils révisent leur logiciel et sortent eux aussi des hypocrisies, pour venir à la table de négociation dans l'objectif de parvenir à une obligation de résultats. Qu'importe s'il y aura au début un constat de désaccords entre la volonté du président de la République de plafonner les indemnités prud'homales et de pousser les négociations de terrain au plus près de l'entreprise. L'important est surtout que l'Etat, les syndicats et le patronat entrent dans ce dialogue tripartite et parviennent à définir ce que doit être la sécurité sociale du XXIe siècle : des droits universels, plus de formation tout au long de la vie pour les salariés, en échange de moins de barrières à l'entrée et plus de simplicité pour les entreprises, et notamment les TPE et PME qui sont le véritable gisement pour la création d'emplois.

Equilibrer la "flexisécurité"

Dans les échanges à venir, le rôle du patronat sera essentiel. D'abord parce qu'Emmanuel Macron président ne pourra pas apparaître comme l'instrument d'une politique qui serait celle voulue par les patrons, ce qui se retournerait contre lui. Cela sera d'autant plus contreproductif que la principale critique portée contre la flexisécurité, c'est le décalage entre le premier et le deuxième terme de l'équation. Comme on l'a vu dans les pays qui ont adopté cette libéralisation du marché du travail, la flexibilité l'emporte souvent sur la sécurité. En gros, il plus facile de licencier pour les entreprises, et les salariés, même très qualifiés, ne se voient proposer que des emplois low-cost dans les métiers de services : mini-jobs à l'allemande, contrats zéro heure au Royaume-Uni. Ces critiques, inspirées de l'expérience, expliquent la défiance des Français contre ces solutions qualifiées de libérales, et la résistance des syndicats pour protéger un modèle social plus protecteur. Ce qu'il faut donc, c'est agir pour proposer "en même temps" -pour parler comme Emmanuel Macron- de la flexibilité et de la sécurité. Et la meilleure des sécurités, c'est de permettre la montée en gamme de l'économie française, afin que les salariés, mieux formés, trouvent des emplois qualifiés et correctement rémunérés.

Trouver un nouvel équilibre qui réponde à ces défis sera en fait le chemin le plus ardu pour Emmanuel Macron. La négociation qui s'engage ce mardi ne consiste pas seulement à régler des curseurs. Non, le sujet majeur qui doit être ouvert, c'est la refondation de la démocratie sociale en France qui a, elle-aussi, bien besoin de se mettre en marche, afin d'adapter le pays à des changements de toutes façon inévitables. Les Français le savent bien : on n'arrêtera pas la mondialisation à coups de frontières (et surtout, cela empêcherait nos entreprises et donc nos emplois d'en bénéficier) ; de même, on n'arrêtera pas la marche vers les progrès technologiques. Mais, en revanche, on peut s'organiser pour tirer le meilleur de ces évolutions : en menant une politique fiscale qui attire les investisseurs ; en mettant le paquet sur l'éducation et la formation.

Arrêter de procrastiner et regarder la vérité en face

C'est une responsabilité pour l'Etat, mais aussi pour tous les partenaires sociaux. Le fait d'avoir nommé ministre du Travail Muriel Pénicaud, une ancienne DRH de chez Danone, et ancienne patronne de Business France, et autour d'elle une équipe de pros de la négociation sociale, est plutôt une bonne nouvelle pour que le gouvernement agisse en ce sens.

Si le paritarisme veut survivre, c'est aussi à lui de se mettre en marche pour tirer les conséquences des mutations technologiques. Le Medef a proposé avant les élections aux syndicats un séminaire de travail sur le sujet. Plutôt que d'entrer dans une confrontation autour du droit du travail, voire, comme certains l'annoncent, de vivre une nouvelle déflagration sociale comme notre pays en a le secret, avec de longues semaines de grèves comme celles qui ont émaillé la discussion sur la loi El Khomri, peut-être serait-il plus constructif d'entrer dans le détail de la flexisécurité, de voir le Medef mettre sur la table un fonds pour accompagner la formation dans les TPE-PME, pour accélérer leur passage au numérique et la montée en gamme de l'entreprise France. Bref, au-delà des postures convenues, il y a peut-être mieux à faire, pour une fois, qu'un troisième tour social qui ne ferait que faire perdre encore un peu plus de temps à un pays qui procrastine et retarde depuis trop longtemps le moment de regarder la vérité en face.

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Commentaires 7
à écrit le 23/05/2017 à 8:22
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Suite. Je précise que cette mesure règlerait tous nos problèmes: AIRFRANCE, la SNCF, le chomage, les retraites, et beaucoup d'autres. C'est urgent et indispensable, sinon...

à écrit le 23/05/2017 à 7:39
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La solution consiste à appliquer la note n°6 du conseil d'analyse économique et de rétablir l'équité de cette mesure avec une allocation universelle. C'est sur l'application de cette mesure qu'il faut débattre. Cette mesure consiste à répartir les ch...

à écrit le 23/05/2017 à 7:17
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tout à fait d'OK avec le commentaire ci dessus. la formation est une très bonne chose mais la troquer contre l'insécurité , la précarité et encore plus de pression sur les salariés est une belle hypocrisie. si les français sont contre la libéralisat...

à écrit le 22/05/2017 à 22:03
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Les réformes de monsieur Macron ne traiteront pas le vrai sujet. Comme l'écrit si bien Charles Gave ce matin sur le site de l'Institut des libertés: "Monsieur Macron va échouer, comme tout le monde avant lui. La réalité est toute simple et c’est ce...

à écrit le 22/05/2017 à 22:01
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Comme me le disait ma fille, on va voir combien de patrons vont vouloir embaucher un chômeur contraint d'accepter l'emploi en toute démotivation parce que sinon il perd son indemnité chômage ! PTDR ! Il a vraiment quitté la réalité le Macron ? Quan...

le 23/05/2017 à 9:37
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Quel commentaire constructif ! Comme écrit dans l'article vous aussi vous semblez fossilisé(e) sur une vue du siècle précédent et il serait sans doute opportun de changer de logiciel... ce n'est pas en râlant sur tout (même sur ce qui n'est pas encor...

à écrit le 22/05/2017 à 21:57
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Ce projet de loi sur le travail encore fumeux comme tout ce qui tourne autour de Macron ne résorbera pas le chômage. C'est du "nice to have" et n'agira qu'à la marge. C'est en fait un leurre pour éviter le vrai sujet qui est celui de la dépense publi...

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