Un pacte pour faire grandir les entreprises

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(Crédits : Marie-Amélie Journel)
Un taux de 2% de croissance en 2017, la nouvelle a fait bondir Michel Sapin, qui s'est fendu d'un communiqué pour saluer un déficit de l'État « finalement inférieur » de 1,5 milliard d'euros à celui prévu par l'ancien ministre des Finances de François Hollande. Du genre : finalement, notre budget n'était pas « insincère », comme vous avez tenté de le faire accroire avec le rapport du premier président (le « socialiste » Didier Migaud...) de la Cour des Comptes...

« Voilà une bonne nouvelle pour la France et les Français ! L'objectivité et l'élégance devraient permettre à chacun d'en attribuer la part qui lui revient à l'action du gouvernement précédent » : Michel Sapin et Christian Eckert, ministre du Budget de l'ère Hollande, réclament qu'on leur fasse justice, ce dont s'est bien gardé Bruno Le Maire en présentant ses voeux à la presse. « La croissance est solide, La France devrait en 2018 faire mieux que les 1,7 % de croissance prévue » mais attention, « il ne faut céder à aucun triomphalisme ». Et le ministre de l'Économie et des Finances d'Emmanuel Macron d'embrayer : 2018 « doit être une année de volonté pour notre économie ». De fait, même à 2% de croissance, la France reste largement en dessous de la moyenne de la zone euro et beaucoup reste à faire pour transformer l'économie.

Pour cela, Bruno Le Maire a une idée, ou plutôt un Pacte. Le mot est à la mode depuis le « pacte de responsabilité » de François Hollande-Emmanuel Macron qui a amplifié les allégements de cotisations sociales pour rétablir la compétitivité des entreprises. Le Pacte Le Maire est un Plan d'Action pour la Compétitivité et la Transformation de l'Économie et propose une méthode originale, mais pas inédite (Axelle Lemaire l'avait employée pour sa loi République Numérique) : consulter avant de décider. Six groupes de travail ont donc été constitués, associant depuis l'automne des députés En Marche et des chefs d'entreprise : 31 propositions issues de ces groupes ont été mises en ligne cette semaine sur le site www.pacte-entreprises.gouv.fr et les Français sont invités à les compléter, à les améliorer et à voter pour celles qui leur sembleront les plus pertinentes.

L'objectif de ce pacte est clair : il faut trouver les voies et moyens de faire grandir nos entreprises en associant mieux les salariés à leurs résultats. Bruno Le Maire se veut lucide : « Notre appareil productif est encore trop fragile pour intégrer les ruptures technologiques en cours et conquérir de nouveaux marchés dans la mondialisation ». 4.500 ETI en France, près de trois fois plus en Allemagne, un déficit commercial record, que la croissance creuse plus encore : la France de Macron est encore loin, très loin d'avoir résolu tous ses problèmes structurels et même si les créations d'emplois sont plus dynamiques, la crainte est réelle que nous ne butions sur un plafond de verre, avec un taux de chômage structurel qu'il sera difficile de réduire sous les 8 %, ordonnances Travail ou pas. Une des pistes est de faire sauter le verrou des seuils sociaux et fiscaux qui bloquent depuis longtemps la croissance de nos PME. Le coût budgétaire, réel, ne doit pas arrêter le bras de la simplification, car c'est devenu un vrai obstacle structurel. Bercy envisage ainsi de geler pendant trois ans les obligations légales en cas de franchissement d'un seuil. Et de simplifier les procédures du pacte Dutreil pour faciliter les transmissions familiales, une urgence compte tenu de la démographie des dirigeants de PME.

Bruno Le Maire a raison : il serait naïf et imprévoyant de penser que le travail de remise en état de l'économie française est achevé. C'est loin, très loin d'être le cas et les travaux pratiques ne font que commencer. Prenons l'exemple de la filière des équipementiers automobiles : pour un Valeo, un Faurecia ou un Michelin, qui sont de très belles boîtes mondiales, des tech companies qui inventent la voiture du futur, combien de GM & S, combien d'équipementiers trop petits pour affronter la concurrence et innover ?

La solution consiste à mettre le paquet sur l'innovation. Une des propositions consiste à déplafonner le crédit impôt recherche, l'une des rares niches fiscales qui marche vraiment, et même si elle est parfois détournée de son objet, elle parvient en effet à attirer et à consolider la R & D sur notre territoire. Et de mettre enfin en oeuvre la promesse d'Emmanuel Macron d'un fonds pour l'innovation. Celui-ci sera doté de 10 milliards d'euros, pour commencer, avec l'argent des privatisations (1,6 milliard issus de cessions d'actions Engie et Renault) complétés par 8,4 milliards d'apports d'actions EDF et Thales. En attendant que la loi Pacte n'avalise d'autres privatisations (ADP, FDJ... EDF ?), la création de ce fonds est une bonne nouvelle, même si seuls les dividendes serviront à financer des projets. Bruno Le Maire souhaite en outre que les fonds soient orientés surtout vers des innovations de rupture, comme la voiture autonome, l'intelligence artificielle, l'aéronautique et le spatial.

Là encore, Bruno Le Maire a raison : même si nous avons la chance d'avoir de grandes entreprises mondiales, il faut savoir se concentrer sur quelques priorités, renforcer nos points forts, plutôt que de courir après tous les lièvres à la fois au risque de n'en attraper aucun. La France est le pays des 1.000 fromages, mais on ne peut pas être bon en tout...

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Commentaires
a écrit le 21/01/2018 à 11:10 :
Parfois même il faut penser aux raisons réelles pour lesquelles les entreprises ne peuvent pas grossir, moi je connais pas mal de boîtes bloquées entre des murs trop petits ou le choix est de mourir peu à peu, agrandir localement avec des investissements trop lourds, des impôts irresponsables, ou délocaliser aux limes du département ou l'accueil sera idéal mais le recrutement anecdotique, personne ayant des compétances clés ne veut prendre le risque de faire 100 km par jour pour être moins bien payé car l'entreprise ne peut faire face à tout.
Le plus drôle de l'histoire c'est que la grande ville grouille de bâtiments vides ne servant à rien et des loyers prohibitifs anti embauche au fond, le comportement honteux des loueurs n'y étant pas pour rien, faudrait faire comme le dit Mélanchon pour les logements vides préempter les locaux vides.
a écrit le 20/01/2018 à 2:41 :
la France , le pays aux mille fromage ??? et si bientôt il n'y en avait plus ??? il serait bon voire vital de se pencher sur l'agriculture qui se meurt et on peut parler de l'agriculture mondiale : là, il faudra une vraie rupture pour nous permettre seulement de vivre !!!!
a écrit le 19/01/2018 à 14:05 :
Il en est ou le dépôt de plainte de la droite qui accusait la gauche d'avoir tronqué les calculs?

Ridicules!
a écrit le 19/01/2018 à 11:03 :
La solution consiste surtout à considérer le travail et l'énergie comme une même grandeur physique. Voir la note n°6 du CAE.

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