Le grand retour (forcé) des politiques de l'offre

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Par Olivier Babeau, professeur à l'université de Paris VIII.

Parce qu'elle accentue les difficultés rencontrées par bon nombre de citoyens - précarité, chômage mais aussi peur du lendemain -, une crise marque souvent, dans un premier temps, le grand retour de l'État. Protecteur en chef, garant, il vient rassurer. Mais la crise que nous traversons a cela d'exceptionnel, qu'elle est une crise de fin de système, une crise qui marque l'essoufflement, précisément, de ce rôle de l'État. Les mois qui viennent pourraient bien ainsi, sous le poids de la nécessité, signer le grand retour des politiques de l'offre honnies.

L'économie, science sociale par excellence, est faite de théories contradictoires vérifiées ou infirmées dans les faits. Chacun sait qu'il existe deux écoles de pensée économique concernant la façon de susciter la croissance : encourager la demande - soutenir la consommation - ou encourager l'offre - soutenir la production. La première solution correspond au dogme keynésien dominant aujourd'hui dans les esprits et les médias : c'est la fameuse "relance" par la dépense, notamment la dépense publique. Ayant semblé prouver son efficacité après-guerre lors de la phase très particulière de la reconstruction, c'est cette solution qui a la faveur exclusive des décideurs et de l'opinion. C'est ainsi que, depuis les années 1970, la réponse principale apportée aux crises successives a été d'augmenter les dépenses, censées "relancer" la machine économique. C'est en suivant cette conviction qu'inlassablement on a répondu à la faiblesse de notre croissance par plus de dépenses publiques.

Mais, compte tenu du niveau qu'elles ont atteint, faire des dépenses publiques l'incontournable vecteur de la croissance est une erreur : en accroissant le taux de prélèvement, en renchérissant sans cesse le coût du travail, elle fait perdre la compétitivité, fuir les cerveaux et les fortunes, elle tue le dynamisme économique dont la croissance est la conséquence. Continuer aujourd'hui à dépenser plus pour "soutenir la croissance", c'est agir exactement comme les médecins de Molière, accomplissant saignées sur saignées à mesure que l'état du patient s'aggrave. Mais peu importe que les observateurs soient aujourd'hui assez de bonne foi pour s'apercevoir de l'échec de fait des politiques de relance qui ne relancent plus rien du tout. La situation actuelle ne laisse plus d'autre choix que de passer à l'autre solution : la politique de l'offre, et tout ce qu'elle implique.

C'est une logique d'action publique totalement différente qui va ainsi s'imposer ; une logique que ni la droite ni la gauche n'ont voulu sérieusement considérer depuis quarante ans. Encourager la production, c'est libérer toutes les énergies entrepreneuriales dont notre pays est encore riche, c'est faciliter l'initiative, la création, c'est réhabiliter la richesse et la réussite. Comme le suggère Ayn Rand dans son maître-livre intitulé "la Grève", c'est aux entrepreneurs, à ceux qui prennent des risques et qui innovent que nous devons les emplois. Comment l'État peut-il aider ? Cela ne passe ni par des niches, ni par des subventions, ni par des services publics supplémentaires, mais par des simplifications, des allégements, des assouplissements. C'est ce dont notre économie a aujourd'hui le plus besoin.

Évidemment, aucun décideur politique ne pense se valoriser en proposant d'en faire moins. Mais le pari que nous pouvons faire est que l'absence totale de marge de manoeuvre budgétaire - dans le sens d'un accroissement des prélèvements - ne va laisser qu'une porte de sortie. On peut observer que les discours publics commencent timidement à revenir, sans oser encore mettre clairement un nom dessus, à la seule solution en stock maintenant que les autres sont totalement épuisés, au seul levier disponible ; oui, pour régler le problème du chômage et susciter de la croissance, "on n'a pas tout essayé". La seule question à présent n'est pas si mais à quel moment les politiques auront le courage d'assumer ouvertement ce choix inéluctable.

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a écrit le 31/12/2011 à 12:53 :
Non les politiques n'auront pas le courage d'assumer ce choix pour la bonne et simple raison que la majorité du peuple français se complait parfaitement dans le socialisme et l'étatisme à outrance de ce pays. Après tout, c'est un choix...
Il faudra néanmoins un jour que les Keynésiens nous expliquent pourquoi les pays en situation de quasi-faillite pour excès de dépenses, devraient toujours dépenser plus pour s'en sortir. Cette pensée économique est réservée aux mafias, dont la première n'est autre que l?État.
a écrit le 29/12/2011 à 15:17 :
Belle pièce de propagande ultra-libérale. C'est tellement bourré de contre-vérités éhontées qu'on pourrait en rire, si ce n'était aussi grave. La grande crise que nous vivons est d'abord une crise du privé dopé pendant des décennies à coup de dérégulations, expansion incontrôlée du crédit et autres idées des adeptes d'Ayn Rand. Produire plus est une gageure lorsque personne n'investit et ne veut investir car tout le monde est en mode "deleveraging". On est face à une "balance sheet recession" induite par du sur-investissement (et mal-investissement dans le cas de l'immobilier) et de sur-endettement. Les états ne sont en difficulté que parcequ'ils ont du socialiser les pertes COLOSSALES de vos amis entrepreneurs. Et seuls les états sont encore en mesure de s'endetter, dépenser, investir (donc recruter). Même dans le financial times on lit peu d'opinions aussi dépassées et ineptes.
Réponse de le 29/12/2011 à 16:12 :
vous utilisez des termes anglais pour masquer votre incompétence crasse en économie.

De quelles dérégulations vous voulez parler ? la seule qui a existé, c'est l'abrogation du steven seagal act en 1998, fait par des socialistes (clinton) dont vous vous réclamez.
je vous recommande le livre de Mr Prot sur l'endettement de la France en 2006 et l'assertion de Mr Fillon en 2007 (un pays en faillite) pour démonter votre affirmation inepte comme quoi si les états sont endettés, c'est juste depuis 2007 car ils ont socialisés les pertes du privé...
ayn Rand ne prône pas un endettement incontrôlable, dans "la Grêve", Francisco d'Anconia affirme même que "un honnête homme ne consomme pas plus que ce qu'il produit".
Comme d'habitude avec quelqu'un qui utilise le terme d' "ultra libéral" il n'y a qu'incompétences et mauvaise compréhension des phénomènes économiques.
Avant d'écrire des beaux mots en anglais ou de répéter ce que tous les gauchistes affirment en coeur, allez donc un peu étudier, c'est fatigant à force....
Nous vivons avec cette crise l'an II de la mort des idées communistes, et c'est très bien !!!
a écrit le 29/12/2011 à 11:28 :
Si j'ai bien compris les États Unis champion du libéralisme sont aussi les champions de la création d'emplois .
Et ce n'est pas un problème de vendre à des Smicards précaires .
Et ton métier c'est bien fonctionnaire ? ça te gènes pas de cracher dans la soupe ?
Réponse de le 29/12/2011 à 13:51 :
les USA ne sont pas le champion du libéralisme, et de loin !! Depuis Reagan, ce sont des politiques socialistes qui y ont été menées, pour information.

Néanmoins, tjrs pour information, le libéralisme misen oeuvre pendant 1 0ans aux USA sous Reagan a permis un doublemen du niveau de vie.

Ainsi, allez sur les sites de l'OCDE, de Reuters, d'Ecowin, etc etc, et vous verrez qu'un pauvre aux USA est plus riche que 50 % des français, que la richesse est bien mieux réparties aux USA, et que la dureté de la pauvreté y est moins forte qu'en France....
Mais comment que c'est possible que c'est si bien que ça et que ça marche donc et très bien le libéralisme ????
a écrit le 29/12/2011 à 9:38 :
"" libérer toutes les énergies entrepreneuriales"" --> oui, mais pas en france ( pour le merci qu'on en a...)

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