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Le couple franco-allemand à l'épreuve du temps

Patrick Martin-Genier, Maître de conférence à l'Institut d'études politiques de Paris

Publié le 21 janvier 2013 à 06:57

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La signature du traité de coopération et d?amitié le 22 janvier 1963 dit « traité de l?Elysée » venait sceller une réconciliation durable entre la France et l?Allemagne à travers deux leaders charismatiques, Charles de Gaulle, l?homme de la victoire, et Konrad Adenauer, le vieux chancelier allemand qui n?avait jamais eu la moindre faiblesse pour le nazisme et qui avait déjà remis l?Allemagne sur les rails de la démocratie et de la prospérité.

Ce traité venait aussi après plusieurs échecs de la construction européenne, neuf ans après l?échec de la communauté européenne de défense, qui aurait dû consacrer le réarmement allemand sous contrôle, mais aussi celui du plan Fouchet d?union politique qui portait pourtant la marque du général de Gaulle, mais qui avait été rejeté par d?autres Etats qui y voyaient une construction politique majoritairement dominée par la conception gaulliste des Etats-nations.

Dans la foulée, fut créé, le 5 juillet 1963, l?office franco-allemand pour la jeunesse et les relations entre les deux peuples se développèrent à tous les niveaux : des communes (jumelages) jusqu?au plus haut niveau de l?Etat (conseil des ministres franco-allemand).

Les relations franco-allemandes ont toujours eu une forte dimension émotionnelle en raison du passé entre les deux pays, y compris sur le plan culturel : le 20 juin 2011, à l?occasion d?une cérémonie émouvante à l?hôtel de Beauharnais, résidence de l?ambassadeur d?Allemagne à Paris, Laurent Wauquiez et Werner Hoyer, en leur double qualité de ministres des affaires européennes français et allemand et secrétaires généraux pour la coopération franco-allemandes, remettaient aux célèbres compositeurs et chefs d?orchestre Pierre Boulez et Kurt Masur le prix Charles-de-Gaulle-Adenauer. Ils prononçaient alors ces paroles : « En remettant le prix De Gaulle-Adenauer à Kurt Masur et Pierre Boulez, nous rendons hommage à deux musiciens exceptionnels, mais aussi à deux grands Européens, témoins éminents de l?histoire contemporaine et de l?amitié franco-allemande ». Récemment encore, le « trio Calaf », créé en 2009, qui réunit trois jeunes musiciens allemands, français et israélien se produisaient au Goethe Institut de Paris.

Ces démonstrations de l?amitié franco-allemande sont nécessaires et contribuent à entretenir ce climat d?amitié au niveau étatique comme aux niveaux des citoyens. Les jeunes sont aujourd?hui nombreux à étudier en Allemagne et, grâce à Erasmus, les étudiants, dont ceux de l?IEP-Paris, peuvent ainsi étudier en Allemagne et valider leur troisième année.

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Les relations entre les gouvernements ont souvent fonctionné par couple dans lequel l?affectivité a toujours eu un rôle important. Traditionnellement, le président élu de la République française se rend immédiatement à Berlin pour y rencontrer le chancelier. Ce fut le cas pour Nicolas Sarkozy, accompagné de son épouse, le jour se son élection, la chancelière Angela Merkel accueillant le nouveau chef de l?Etat sur le tapis rouge devant la chancellerie moderne de Berlin. L?accueil fut à la fois pluvieux et plutôt réservé lors de l?entrée en fonction de François Hollande, qui s?y rendit avec son conseiller diplomatique?

Rares furent les couples qui ne purent s?entendre à l?image de Georges Pompidou et Willy Brandt. Mais Valéry Giscard d?Estaing et Helmut Schmidt, François Mitterrand et Helmut Kohl puis Gerhard Schröder et Jacques Chirac ont permis d?effectuer des sauts qualitatifs très importants dons la construction européenne, notamment le traité de Maastricht ayant conduit à l?euro à la suite de la chute du mur de Berlin.

Néanmoins, la construction européenne est une construction politique qui nécessite toujours des avancées si elle ne doit pas être condamnée à stagner et régresser. Une Union politique comme François Hollande en a évoqué la perspective en fixant l?année 2014 comme une possible date, même postérieure à l?élection au Parlement européen, nécessitera une forte cohésion entre les deux pays.

Cette cohésion a hélas été mise à mal au cours de ces derniers mois, Angela Merkel ayant, un peu imprudemment, montré sa préférence politique envers Nicolas Sarkozy, refusant même, contrairement aux usages, de recevoir le candidat François Hollande. Cette réserve, voire cette hostilité, a tout de même perduré après l?élection de ce dernier, mais face à la gravité de la situation, force est de constater que, sans baisser la garde, la chancelière a fait des pas en direction de la France. Elle a donc accepté de prendre sa part dans l?aide aux pays en difficulté de l?Europe, d?apporter les financements nécessaires alors même qu?elle était sceptique sur les réformes structurelles des pays concernés, surtout la Grèce. Enfin, elle a accepté le « volet croissance » proposé par le président sans toutefois l?intégrer au traité relatif à la stabilité financière.

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Si le couple franco-allemand a parfois généré des critiques de la part des autres pays, il est clair qu?il n?existe pas d?alternative à une réelle entente entre les deux pays pour faire avancer l?intégration européenne, gage de prospérité interne et de stabilité dans le monde. Ce qui ne saurait avoir pour effet de gommer les divergences éventuelles. Mais l?art de la coopération franco-allemande est aussi celui du compromis?

Patrick Martin-Genier, Maître de conférence à l'Institut d'études politiques de Paris

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