Le couple franco-allemand à l'épreuve du temps

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La signature du traité de coopération et d?amitié le 22 janvier 1963 dit « traité de l?Elysée » venait sceller une réconciliation durable entre la France et l?Allemagne à travers deux leaders charismatiques, Charles de Gaulle, l?homme de la victoire, et Konrad Adenauer, le vieux chancelier allemand qui n?avait jamais eu la moindre faiblesse pour le nazisme et qui avait déjà remis l?Allemagne sur les rails de la démocratie et de la prospérité.

Ce traité venait aussi après plusieurs échecs de la construction européenne, neuf ans après l?échec de la communauté européenne de défense, qui aurait dû consacrer le réarmement allemand sous contrôle, mais aussi celui du plan Fouchet d?union politique qui portait pourtant la marque du général de Gaulle, mais qui avait été rejeté par d?autres Etats qui y voyaient une construction politique majoritairement dominée par la conception gaulliste des Etats-nations.

Dans la foulée, fut créé, le 5 juillet 1963, l?office franco-allemand pour la jeunesse et les relations entre les deux peuples se développèrent à tous les niveaux : des communes (jumelages) jusqu?au plus haut niveau de l?Etat (conseil des ministres franco-allemand).

Les relations franco-allemandes ont toujours eu une forte dimension émotionnelle en raison du passé entre les deux pays, y compris sur le plan culturel : le 20 juin 2011, à l?occasion d?une cérémonie émouvante à l?hôtel de Beauharnais, résidence de l?ambassadeur d?Allemagne à Paris, Laurent Wauquiez et Werner Hoyer, en leur double qualité de ministres des affaires européennes français et allemand et secrétaires généraux pour la coopération franco-allemandes, remettaient aux célèbres compositeurs et chefs d?orchestre Pierre Boulez et Kurt Masur le prix Charles-de-Gaulle-Adenauer. Ils prononçaient alors ces paroles : « En remettant le prix De Gaulle-Adenauer à Kurt Masur et Pierre Boulez, nous rendons hommage à deux musiciens exceptionnels, mais aussi à deux grands Européens, témoins éminents de l?histoire contemporaine et de l?amitié franco-allemande ». Récemment encore, le « trio Calaf », créé en 2009, qui réunit trois jeunes musiciens allemands, français et israélien se produisaient au Goethe Institut de Paris.

Ces démonstrations de l?amitié franco-allemande sont nécessaires et contribuent à entretenir ce climat d?amitié au niveau étatique comme aux niveaux des citoyens. Les jeunes sont aujourd?hui nombreux à étudier en Allemagne et, grâce à Erasmus, les étudiants, dont ceux de l?IEP-Paris, peuvent ainsi étudier en Allemagne et valider leur troisième année.

Les relations entre les gouvernements ont souvent fonctionné par couple dans lequel l?affectivité a toujours eu un rôle important. Traditionnellement, le président élu de la République française se rend immédiatement à Berlin pour y rencontrer le chancelier. Ce fut le cas pour Nicolas Sarkozy, accompagné de son épouse, le jour se son élection, la chancelière Angela Merkel accueillant le nouveau chef de l?Etat sur le tapis rouge devant la chancellerie moderne de Berlin. L?accueil fut à la fois pluvieux et plutôt réservé lors de l?entrée en fonction de François Hollande, qui s?y rendit avec son conseiller diplomatique?

Rares furent les couples qui ne purent s?entendre à l?image de Georges Pompidou et Willy Brandt. Mais Valéry Giscard d?Estaing et Helmut Schmidt, François Mitterrand et Helmut Kohl puis Gerhard Schröder et Jacques Chirac ont permis d?effectuer des sauts qualitatifs très importants dons la construction européenne, notamment le traité de Maastricht ayant conduit à l?euro à la suite de la chute du mur de Berlin.

Néanmoins, la construction européenne est une construction politique qui nécessite toujours des avancées si elle ne doit pas être condamnée à stagner et régresser. Une Union politique comme François Hollande en a évoqué la perspective en fixant l?année 2014 comme une possible date, même postérieure à l?élection au Parlement européen, nécessitera une forte cohésion entre les deux pays.

Cette cohésion a hélas été mise à mal au cours de ces derniers mois, Angela Merkel ayant, un peu imprudemment, montré sa préférence politique envers Nicolas Sarkozy, refusant même, contrairement aux usages, de recevoir le candidat François Hollande. Cette réserve, voire cette hostilité, a tout de même perduré après l?élection de ce dernier, mais face à la gravité de la situation, force est de constater que, sans baisser la garde, la chancelière a fait des pas en direction de la France. Elle a donc accepté de prendre sa part dans l?aide aux pays en difficulté de l?Europe, d?apporter les financements nécessaires alors même qu?elle était sceptique sur les réformes structurelles des pays concernés, surtout la Grèce. Enfin, elle a accepté le « volet croissance » proposé par le président sans toutefois l?intégrer au traité relatif à la stabilité financière.

Si le couple franco-allemand a parfois généré des critiques de la part des autres pays, il est clair qu?il n?existe pas d?alternative à une réelle entente entre les deux pays pour faire avancer l?intégration européenne, gage de prospérité interne et de stabilité dans le monde. Ce qui ne saurait avoir pour effet de gommer les divergences éventuelles. Mais l?art de la coopération franco-allemande est aussi celui du compromis?

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Commentaires 16
à écrit le 24/01/2013 à 5:09
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Arrêtez les frais, les allemands ne sont pas nos alliés, ils veulent seulement nous controler

à écrit le 22/01/2013 à 9:02
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Le nain HOLANDE n'est pas DE GAULLE et MERKEL n'est pas ADENAUDER, alors la solidité et determination est loin, trés loin de la solidité et de l'architecture du passé

à écrit le 21/01/2013 à 17:24
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Il y a autant d'atomes crochus entre l'Allemagne et la France qu'entre l'huile et le vinaigre!, Dans un cas comme dans un autre, vous pouvez toujours mélanger les deux, au bout d'un moment, il y aura séparation!. Associer une cigale et une fourmi n'a...

à écrit le 21/01/2013 à 12:31
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Il n'y a pas que les relations franco allemand qui battent de l'aile, l' Allemagne a réussie à se mettre a dos l'Italie, l'Espagne, le Portugal, la Grèce et d'autre pays dont les économies ne sont pas en grande forme, soit les 3/4 des européens. L'id...

le 21/01/2013 à 13:28
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Les peuples ne se font peut être plus d´illusions . .. mais tant que les 3/4 de ces dillusionés du sud resteront avides d´acheter des produits allemands et de rouler en Mercedes, l´idée du couple continuera à exister dans leurs têtes !

le 21/01/2013 à 14:36
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Oui Paul, que des pays qui se sont bien mis dans la mouise tout seul. C'est pas un peu trop facile de chercher la faute chez les autres?

le 21/01/2013 à 14:56
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Tout à fait, l'idée du couple franco-allemand se limite à vouloir rouler en Mercedes et à boire du Bordeaux.

à écrit le 21/01/2013 à 11:30
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Il n'y a que les petits rentiers naïfs pour croire qu'il suffit de s'aligner sur Gross Deutschland. Ils seront d'ailleurs les prochaines victimes de la rigueur imposée par Mme Merkel (quand on va toucher à leurs pensions...). Quant à la France, tout ...

le 21/01/2013 à 11:58
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permettez une petite correction : 1) il n´y aura pas de prochaines vicitmes de la rigueur , ca sera même le contraire. 2) ces rigueurs actuelles sont signées Schröder + Steinbrück (SPD) et non Merkel (CDU) qui n´a fait que " profiter" de l´age...

le 21/01/2013 à 12:59
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Si l´Europe est en crise actuellement c´est grande partie grâce à l´Allemagne: Euro trop fort, aucune barrière douanière en Europe pour ne pas pénaliser l´export des produits allemands, des salaires de misères pour une partie de la population (souven...

à écrit le 21/01/2013 à 9:28
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Il n´y a pas d´alternartive a l´axe Paris-Berlin. D´autres l´ont compris il y a bien longtemps à commencer par Charlemagne ! L ´un des derniers partisans de cette " collaboration" étant peut être le maréchal Petain, soutenu par une grande partie...

le 21/01/2013 à 10:07
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Curieuse façon de refaire l'histoire en remontant aux empires :de celui de Charlemagne( au demeurant non pérenne) à celui du Gross Deutschland, on atteint les limites de l'absurde, mais c'est aussi celà la lecture des commentaires. Je vous dirais que...

le 21/01/2013 à 11:47
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Les passés sont peut etre respectifs mais l´histoire est souvent commune aux deux peuples. La difference c´est généralement la difference d´interpretation des evenements qui les ont marqués et traumatisés. Esperons tous que l´époque des conquêtes...

à écrit le 21/01/2013 à 8:06
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il y a que les francais pour croire qu'il n'y a pas d'alternative a sa serenissime altessse... apres avoir brillamment echoue dans la creation d'un front anti allemand, en essayant de monter les pays du sud contre l'allemagne, le centre de l'univers ...

le 21/01/2013 à 10:47
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Oui, un axe germano-italien est envisageable. Mais il faut être pragmatique; qd les Allemands et les Français sont d'accord pour aller ds une direction, ils sont vraiment la locomotive de l'Europe et sont suivis. J'espère que nos gouvernement profite...

le 21/01/2013 à 14:54
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@ Rano, je me demande pourquoi personne ne parle de la Pologne? Pourtant ce pays va jouer dans les prochaines années un grand rôle en Europe. Entre autre grâce aux Américains, dont ils vont devenir les premiers partenaires en Europe. - - - La Russi...

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