Hollande devrait intervenir avant le sommet européen

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Arnaud Montebourg pèsera moins hors du gouvernement qu'à l'intérieur estime Stéphane Rozès, président de CAP et enseignant à Sciences Po et HEC
"Arnaud Montebourg pèsera moins hors du gouvernement qu'à l'intérieur" estime Stéphane Rozès, président de CAP et enseignant à Sciences Po et HEC (Crédits : Reuters)
Pour le politologue Stéphane Rozès*, l'éviction d'Arnaud Montebourg constitue un gage donné à l'Allemagne. La question de fond est celle de la négociation avec le gouvernement Merkel d'une nouvelle perspective européenne: il faudrait la convaincre de l'intérêt pour les Allemands d'une relance du projet européen

 - A-t-on vécu une crise équivalente sous la cinquième République ?

 -La référence qui correspond le mieux, c'est la démission de Jean-Pierre Chevènement, le 22 mars 1983, pour protester contre l'orientation libérale prise par la politique économique -le fameux "un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne". C'était un cas similaire de désaccord de fond conduisant à une démission. Mais Chevènement, en tant que représentant d'une aile importante, structurée du PS -le CERES-, qui avait très tôt appuyé Mitterrand dans sa conquête du parti socialiste, avait un poids bien supérieur à celui d'Arnaud Montebourg.

Seconde différence, un vrai tournant a été pris en mars 1983, une véritable rupture d'avec la politique socialiste, avec le choix de rester dans le système monétaire européen, ce qui rendait le départ de Chevènement d'autant plus légitime. Rien à voir aujourd'hui : François Hollande a fait campagne, y compris pendant la primaire socialiste, sur le thème du redressement des comptes de la France (« le redressement dans la justice »). Et dès son arrivée, Jean-Marc Ayrault a conduit une politique en ce sens.

 - Arnaud Montebourg peut-il renforcer encore la défiance des élus PS à l'égard de l'exécutif, au point de bloquer le fonctionnement gouvernemental ?

 - L'exécutif dispose de ressorts institutionnels suffisants pour échapper à une telle situation de blocage. Quant à Arnaud Montebourg, en fait, il pèsera moins hors du gouvernement, d'autant qu'il n'est pas député.

De ce point de vue, il faut distinguer la forme et le fond. Sur la forme, Montebourg n'avait plus place dans un gouvernement de combat, quand sa pratique correspond à celle d'un gouvernement de débat. Et, à la veille d'un sommet européen important, ce week-end, il fallait lever les incertitudes sur la ligne du gouvernement français.

Sur le fond, la question posée est celle du rapport à l'Allemagne. Comment aborder le dialogue avec Angela Merkel ? En réclamant constamment, à cors et à cris, une réorientation de l'Europe ? Je ne crois pas que ce soit le meilleur moyen de l'obtenir.

Il faut partir de l'imaginaire allemand, celui d'un peuple qui, comme les autres, accepte une certaine solidarité s'il a le sentiment d'un effort commun, partagé par les autres nations. C'est en partant, donc, de l'imaginaire allemand, en convaincant Angela Merkel que la France est prête à des efforts, des réformes structurelles, que l'on pourrait faire évoluer les positions allemandes. Il s'agit de redonner un sens à l'Europe, une perspective, pour convaincre les Allemands de la nécessité d'une réponse européenne à la crise, et non purement nationale. De ce point de vue, le sommet de la fin de la semaine était ingérable avec un Arnaud Montebourg provoquant sans cesse le gouvernement allemand. C'est, clairement, un gage donné à Angela Merkel.

 -François Hollande doit-il parler aux Français ?

-Oui, et il aurait tout intérêt à le faire avant le sommet européen, après un échange avec Merkel. Ce serait le scénario idéal, celui d'une nouvelle perspective européenne que François Hollande présenterait cette semaine aux Français, avant un sommet décisif.

 -Et les frondeurs ? Comment gouverner sans majorité ?

-Si Hollande est capable de redonner du sens à sa politique, d'inscrire les efforts demandés dans un projet de relance de l'Europe, la question des remous dans la majorité passera au second plan.

 *Stéphane Rozès est président de CAP (Conseil, analyses, perspectives) et enseignant à Sciences Po et HEC

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Commentaires
a écrit le 26/08/2014 à 14:53 :
POUR QUOI FAIRE??????? !!!!!!!
a écrit le 26/08/2014 à 9:51 :
Flamby confirme qu'il reste des collabos....
a écrit le 26/08/2014 à 8:57 :
L'opposition est bien plus grande au niveau du peuple qu'au niveau de ses soit disant représentants!
Tout le monde a, pour une raison ou pour une autre, "une dent" contre l'UE et Bruxelles!
Réponse de le 27/08/2014 à 23:01 :
OUI !!!!!!!!

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