Un bilan du dogmatisme rigoriste de la zone euro

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Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi. / DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, petit calcul de coin de table concernant l'impact des politiques de rigueur en zone euro.

Premier constat d'abord au regard de la croissance observée. La croissance de la zone euro était sur un rythme de 2 % entre le début de 2000 et de 2008. Le PIB a ensuite décroché de 5,8% entre le début de 2008 et le milieu de 2009. Depuis 2010 elle s'est replacée sur un trend de 0,3% environs.

Non seulement le niveau du potentiel a été amoindri, mais son rythme a par la suite été altéré. Que la crise d'endettement internationale produise un décrochage non réversible du PIB était anticipé. Qu'elle altère ensuite le taux de croissance potentiel à long terme était moins probable.On parlait alors de crise en forme de L. C'est d'ailleurs de que l'on observe aujourd'hui aux États-Unis.

Le scénario en L

Considérons maintenant que cette altération post-crise de la croissance zone euro soit le fruit de nos erreurs de pilotage macroéconomique. Que la croissance en volume, mais aussi en valeur se soit maintenue sur son rythme d'avant crise.

Le PIB nominal européen serait aujourd'hui supérieur à plus de 1.000 milliards à ce qu'il est aujourd'hui. Une perte de richesse qui représente 3 fois de coût de l'annulation totale de la dette publique grecque ou le coût de l'annulation du tiers des dettes grecques, espagnoles et italiennes réunies. Voilà qui en dit long sur la rationalité des options européennes.

Raisonnons maintenant de façon moins ad-hoc. Imaginons qu'à partir de 2010, la zone euro ait opté pour une stricte neutralité budgétaire. Quelle ce soit épargnée l'effort de consolidation collective équivalent à 4 points de PIB, soit 0,8 point par an lorsque l'on se réfère à la variation du déficit primaire structurel.

Retenons ici les évaluations du FMI sur la sensibilité de la croissance à 1 point de PIB de réduction du déficit structurel : entre 0,9 et 1,7 d'après ses récentes estimation, et d'autant plus supérieur à 1 que le PIB est en-dessous de son potentiel. Je retiendrais ici 1,5. Ajoutons un effet de 0,3 point sur l'inflation, très probablement sous-estimé.

L'Europe aurait donc perdu 1,8 % de croissance nominale chaque année en 2012-2013-2014. Moins en 2011 si l'on tient compte des délais de transmission des politiques de rigueur.

Imaginons maintenant que les pays européens se soient contentés d'une stricte neutralité budgétaire dès le début de 2011. Le déficit structurel se serait en cumulé dégradé de 3,1 points du PIB. La zone aurait a contrario réduit la composante conjoncturelle du déficit 2,8 points. Le déficit de la zone euro ne serait donc que légèrement supérieur à ce qu'il est aujourd'hui, de l'ordre de 0,2 à 0,3 points du PIB. Le ratio d'endettement public au sens de Maastricht serait pour sa part inférieur de 4 points à ce que l'on observe aujourd'hui. De l'ordre de 87-88% au lieu de 92% actuellement.

Comment ne pas alors être saisi par le non-sens le la stratégie collective des autorités européennes et par de dogmatisme qui les a aveuglé alors même que l'OCDE et le FMI n'ont cessé de tirer la sonnette d'alarme sur cet entêtement absurde. Nous avons sacrifié des centaines de milliards de PIB et saper la croissance potentielle au nom.

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Commentaires
a écrit le 26/01/2015 à 17:18 :
Ce "non-sens" prend tout son sens quand on raisonne d'une manière globale, mondiale. L'objectif de la dette est de prendre de l'argent aux pays riches pour développer les autres. Ce sont les intérêts du G20 qui sont soutenus, pas ceux de l'Europe. C'est la construction mondiale qui est en marche, et l'Europe n'est qu'un pion comme les autres. Il faudrait que les analystes adaptent leur angle de vision qui est aujourd'hui trop courte. L'argent que perde l'europe profite aux autres...
Réponse de le 26/01/2015 à 22:53 :
On peut aussi dire que ce n'est pas le dogmatisme de l'Europe, mais du pragmatisme.
a écrit le 26/01/2015 à 15:00 :
Si on part du principe que l’euro est surévalué, alors il faut le retour au Franc alors que 2/3 de notre commerce est dans l’Europe et notre balance est négative vis-à-vis de nos voisins. Ou alors c’est la compétitivité qui est insuffisante, soit le portage et le travail à l’export insuffisant ce qui nous conduit aux ETI fantômes. Les allemands ont 200 milliards d’export, notre balance des paiements est négative, pour les biens de qualité. Notre export est de faible valeur ajoutée, mis à part l’aéronautique qui est favorisée au détriment d’autres secteurs. L’automobile contribue en négatif, le bois, la chimie, la mécanique, le mobilier… tous produits fondés sur des investissements technologiques. On parle désindustrialisation… les allemands fonctionnent dans l’euro et augmentent leur production automobile de 5 à 5,5 millions en 10 ans, nous passons de 2,7 à 1,6… Le déclin automobile a commencé en 1990, Le bâtiment fait un plus bas, la production de viande est en diminution et remplacée par de l’import dans la volaille par exemple, l’agriculture passe derrière l’Allemagne qui n’est pas réputée pour être un grand pays agricole, la demande mondiale de blé existe et on réduit les terres arables de 20%, on exporte du bois brut au lieu de faire du meuble qui est déficitaire, le parc automobile vieillit et la production se fait à l’étranger, le besoin énergétique est de +40% d’ici 2030 et on annonce des fermetures de raffineries avec le pétrole à -700 millions. On parle de la pétrolière on oublie la contribution du gazole : 80% des automobiles en consomment, mais on l’importe au lieu de le raffiner, l’import a augmenté de fournisseurs européens ou Russe, la facture passe de 3 à plus de 10 milliards en 10 ans alors que la demande est croissance et insatisfaite. Fin 2012, le raffinage est réduit de 18% et nous sommes en surcapacités pétrolières. Pour l’export automobile pour un indice 100 en 2005, en 2013, les allemands sont à 140, les anglais à 150, les italiens à 130, les espagnols à 130… et la France est à 60 ! Le nombre d’ETI en faillite passe de 12 en 2013 à 28 en 2014… Les tarifs réglementaires augmentent mais les coûts ont baissé pour le gaz et l’électricité… On est bons dans les granulés de bois ! Pour les sièges en bois, on importe 800 millions, on exporte 100 millions. Le déficit de la filière bois de 14,5 milliards se fait sur le travail du bois, on ne sait pas faire ou bien travailler c’est trop dur ? Le cheptel bovin se réduit comme l’équarissage, produire du bœuf non ? Le bœuf, ça pète c’est mauvais pour l’effet de serre, n’en faisons pas ! Cela serait une alimentation de trop bonne qualité pour les français ? Selon le rapport de la commission du 10 Octobre 12, l’équilibre de la balance doit être atteint selon le plan 5 ans plus tard… Pour le qe américain, on fait du subprime, de l’instabilité financière ?
On préfère le pénurisme, la cherté et l’importation plutôt que de produire ! La France, c’est les bureaux vides et la désindustrialisation. Vive la friche !
Réponse de le 26/01/2015 à 15:10 :
je vous conseille de lire mon commentaire ci-après.
a écrit le 26/01/2015 à 14:39 :
...c'est la raison pour laquelle les économistes ne sont plus crédibles, entre autres, c'est du charabia, de la bouillie pour chat, on n'y comprend que couic. Imaginons que ma grand mère ne soit pas morte, elle aurait 125 ans et imaginons qu'elle ait utilisé de bons dentifrices (il faut bien chercher c'est comme les shampoings) et des bonnes brosses à dents, et de bons dentistes, elle aurait toujours toutes ses dents (que ma grand mère m'excuse, je lui transmets toute mon affection).
a écrit le 26/01/2015 à 14:34 :
"Imaginons maintenant que les pays européens se soient contentés d'une stricte neutralité budgétaire dès le début de 2011." Ce qui n'a pas été le cas puisqu'on a continué à prévoir/valider des budgets en déficit loin d'une vraie politique de rigueur qu'on attend toujours.

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