Après le principe de précaution, le principe de "bienveillance économique"

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Lionel Roques, Pdg de la Franco American Image
Lionel Roques, Pdg de la Franco American Image (Crédits : DR)
LE MONDE D'APRES. Un entrepreneur, c'est fait pour entreprendre ! Et donc que fait un entrepreneur confiné avec tous ses salariés en chômage partiel (plus total que partiel d'ailleurs dans l'événementiel) et sans aucune perspective précise ? Il s'assure que ses salariés vivent au moins mal le confinement, il règle par anticipation ses fournisseurs pour leur éviter encore plus de difficultés, il essaie de comprendre comment mettre en place les annonces quotidiennes (et souvent approximatives) du gouvernement et régulièrement, il ferme les yeux pour imaginer le jour d'après le Covid-19 ! Car il y a au moins une chose qui est sûre dans cette terrible période, c'est qu'il y aura un jour après le Covid-19... Par Lionel Roques, Pdg de la Franco American Image

Un jour prochain, des millions de salariés retourneront travailler dans leur entreprise après des semaines de télétravail, de chômage partiel, d'inactivité. Certains auront été malades, d'autres auront perdu des proches et tous auront vécu une période aussi inimaginable que traumatisante. Alors déjà une certitude, personne n'arrivera à son travail indemne après une telle privation subite de liberté, de mouvement, de familles, d'amis et de travail.

Et tous les entrepreneurs et les dirigeants d'entreprise se doivent d'imaginer, dès aujourd'hui, le délicat et primordial jour du retour des salariés dans leur commerce, leur TPE, leur PME, leur ETI ou leur multinationale.

Les salariés seront heureux de retourner « bosser », comme ils ne l'ont jamais été. Prendre le métro, le bus, le RER ou la voiture pour retourner travailler sera considéré, pour la première fois, comme un bonheur exquis ; un atout essentiel pour redémarrer l'activité sous réserve de savoir canaliser cette énergie positive.

En effet, si l'envie des salariés sera forte, les doutes, les blessures, les fêlures seront eux là aussi, matières hautement inflammables prêtes à exploser à la moindre étincelle. Et comme, les chefs d'entreprises des PME, les directions des grands groupes ne seront pas beaucoup plus vaillants (eux aussi ont des familles, des questions sans réponse, des angoisses sur l'avenir avec en plus la responsabilité de leurs salariés et des comptes à rendre aux actionnaires), il ne faudra pas improviser sur place, le jour venu.

Il faudra se préparer à être fort, à l'écoute, juste et humble ; il faudra savoir être vraiment et littéralement BIENVEILLANT. Après le principe de précaution qui sauve les vies en ce moment, c'est le principe de bienveillance qui pourrait bien sauver les entreprises et leurs emplois

360° de Bienveillance, c'est de çà dont on va avoir tous besoin le jour d'après le COVID-19. Bienveillance de l'entreprise vis-à-vis des salariés que l'on se doit d'écouter pour pouvoir adapter, si besoin, leurs missions en fonction de ce qu'ils ont vécu dans cette période et de comment ils ont vécu. Bienveillance des clients vis-à-vis des fournisseurs qui seront fragilisés économiquement et moralement. Mais aussi bienveillance des fournisseurs vis-à-vis des clients qui n'auront plus les mêmes certitudes qu'avant. Bienveillance évidemment et nécessairement des pouvoirs publics qui devront, pour la première fois, S'ADAPTER, aux entreprises ; pas seulement en les aidant financièrement mais aussi en leur laissant un peu de liberté le temps de se remettre.

Embarquer tout le monde

Les chefs d'entreprises vont devoir mettre une telle énergie pour « faire redémarrer la machine en embarquant tout le monde », alors même qu'ils sont ébranlés,  qu'ils auront impérativement besoin de ressentir cette bienveillance de l'état. Les processus de régularisation de charges, d'impôts, de taxes doivent être différer à plus tard comme les réglementations en cours de mise en place (RGPD, certifications, etc.).

L'état, les banques, les marchés publics, les grands groupes doivent simplifier au maximum les procédures d'achats, d'appels d'offres, de formalités d'administratives pour les TPE-PME-ETI. En simplifiant les organisations, ils éviteront de faire perdre à leurs partenaires mais aussi à leurs propres salariés de l'énergie positive avec un formalisme qui ne peut plus être prioritaire à court terme.

La Bienveillance, c'est aussi et surtout que TOUS les acteurs économiques s'engagent A FAIRE SANS RÉSERVE pour le bien de tous, même si ça se traduit par des bilans en fin d'année qui seront évidemment mauvais. A l'Etat de mettre tous les moyens à tous les niveaux (quelque soit la taille des entreprises, du travailleur indépendant aux plus grosses entreprises) pour que nous arrivions vivants et pas trop « amochés » au jour d'après le Covid-19 ; aux entreprises de prendre le relais avec "Bon sens", "Sang-froid" et "Volontarisme" pour que le drame économique et donc humain ne s'ajoute pas au drame Sanitaire.

Le temps des questions sur notre système économique, sur le fonctionnement de nos sociétés, sur la « moralité » de certains groupes, sur le peu de reconnaissance accordé aux TPE-PME devra arriver, dans un an ou deux, mais pas le jour d'après où tout doit repartir comme si rien n'était arrivé ! Et pour ça, oui il va falloir des tonnes de Bienveillance et pas mal d'amnésie... momentanée.

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Commentaires
a écrit le 05/04/2020 à 17:00 :
Les effets post traumatique pour certains sujets
ce n’est pas forcément du 360• de bienveillance, ça peut être de la colère , de la dépression, de l’immobilisme ...
A mon avis les employeurs ont intérêt à assurer une relève de leurs salariés mais bon je crois qu’il y a beaucoup de chômeurs «  à former « ?
a écrit le 03/04/2020 à 11:22 :
"Car il y a au moins une chose qui est sûre dans cette terrible période, c'est qu'il y aura un jour après le Covid-19..."

ET c'est loin d'être inutile de le rappeller quand la télévision est ses comédiens effrayés nous hurlent dans les oreilles que c'est la fin du monde à suivre tous les jours de notre canapé.

RIen de plus désespérant que de lire "restez tous confinés devant notre chaine télé !" On a tout simplement envie de la jetter, je pense que cela a déjà du se faire d'ailleurs.

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