Brexit : Tous perdants !

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David Cameron, premier ministre britannique démissionnaire, a joué les apprentis sorciers en promettant un référendum sur le Brexit
David Cameron, premier ministre britannique démissionnaire, a joué les apprentis sorciers en promettant un référendum sur le Brexit (Crédits : HANDOUT)
Penser que le continent européen sortira gagnant du Brexit, c'est se fourvoyer. Par Dominique Gautier , Senior Partner, Roland Berger

La tradition britannique est parlementaire; le Royaume-Uni n'a connu que trois référendums dans la période d'après-guerre. Celui du 23 juin dernier, favorable au " leave " restera dans les mémoires comme l'ultime épisode du mandat de David Cameron, l'homme qui inventa le concept de " Big Society " pour réformer son pays !
Un point de non-retour a désormais été atteint en Europe, aux conséquences politiques, économiques et sociales majeures pour le Royaume-Uni et pour l'Union.
Les marchés financiers ont sanctionné  l'entrée des pays de l'Union Européenne dans une zone de fortes turbulences.

Dans le même temps, les indices boursiers britanniques ont beaucoup moins reculé, et ce n'est pas le moindre des paradoxes de ce " Brexit ", que d'accréditer - au fond - la thèse d'un moindre mal pour l'économie britannique.
Les investisseurs internationaux sont donc persuadés qu'il y aura des perdants et des " plus que perdants ". Ils parient contre les économies endettées, à faible croissance et au niveau de rigidité élevé (marché du travail, dépenses publiques, etc.) et restent moins inquiets - si l'on peut dire - des effets de ce divorce sur l'économie britannique. Que faut-il penser du jugement des marchés ?
Quels effets sur l'économie britannique ? Le Trésor de la Couronne a publié, quelques mois avant le référendum, une étude qui indique que la sortie de l'Union coûterait à son activité économique entre 3 et 7 points à horizon 2030. Le résultat est obtenu en évaluant les effets du ralentissement des investissements directs étrangers (IDE) et des échanges sur la productivité des facteurs et donc sur la croissance. Il est édifiant !

Une mauvaise affaire pour la place financière de Londres

La sortie de l'Union sera aussi une mauvaise affaire pour la place financière de Londres qui disposait jusque-là d'un avantage concurrentiel très fort (notamment plus de 50% de part de marché sur certains segments des marchés de capitaux). Londres va subir les effets de la désimbrication du système financier Royaume-Uni - Union Européenne et les grandes banques d'investissements internationales (notamment américaines et suisses) vont revoir leur implantation car les marchés de l'UE seront moins accessibles depuis la capitale anglaise, d'où ils opèrent aujourd'hui grâce au passeport bancaire délivré par le régulateur britannique.
Quels effets sur les pays de l'Union ? Si l'on s'en tient aux trois principales économies continentales de l'Union Européenne : l'Allemagne, la France et l'Italie, la situation est plus contrastée que ce que les marchés financiers semblent l'indiquer. Tout d'abord, la plongée de la Livre Sterling a mécaniquement fait passer l'économie britannique de la 5e à la 6e place mondiale.

Besoin de compétences

La diminution inéluctable du niveau de vie et de richesse des britanniques va peser sur la consommation intérieure, sur l'investissement des entreprises et déclencher un contre effet migratoire majeur, en particulier sur les profils les plus qualifiés, qui va bénéficier aux économies du continent. Or, ces économies se situent toutes -à des degrés différents de maturité - à la frontière technologique. Elles ont, pour la plupart constituées des écosystèmes leaders dans certains domaines (E-santé, Cleantech, Internet des Objets) et ont besoin de renforcer leurs compétences sur ces profils pour continuer de réaliser des gains de productivité. L'Allemagne, par exemple, va devoir pourvoir entre 150.000 et 200.000 emplois dans le digital à horizon 2025, en plus de son contingent domestique de diplômés.
Enfin, si la compétitivité-coût du Royaume-Uni va s'améliorer sous l'effet d'une position de change favorable, il n'est pas du tout certain que cet avantage concurrentiel soit désormais déterminant dans la mesure où les filières industrielles qui pourraient être affectées en Europe (comme les équipementiers automobiles par exemple), ont pour la plupart fait leur révolution vers des positions stratégiques où la compétitivité hors-coût est primordiale.

Pas de "Brexit dividend" !

Au final, dans une perspective purement macro-économique, le Brexit a toute les apparences d'une aubaine pour les économies de la "Vieille Europe", en renversant, les avantages comparatifs relatifs de part et d'autre de la Manche. C'est évidemment un trompe-l'oeil, il n'y aura pas de " Brexit Dividend ". Les marchés l'ont bien compris, ils sont juste encore un peu aveugles sur la dépression britannique qui attend les citoyens de Sa Majesté.
En effet, les effets politiques traumatiques de ce séisme vont peser sur l'activité économique du continent dans son ensemble, Royaume-Uni inclus, en assombrissant encore un peu plus les perspectives du continent aux yeux des agents économiques internationaux. Le FTSE gagnera tôt ou tard des étages identiques à ses concurrents continentaux.
Dans ces conditions, il faut vite repenser le projet européen, l'arrimer davantage aux aspirations des citoyens des pays membres, et surtout négocier, sur la base d'un consensus qu'il ne faut pas tarder à trouver à 27, les conditions d'un " Breturn ", plutôt que le bannissement de la Couronne, qui semble être -Malheureusement - l'horizon que ces sont désormais fixés les dirigeants de l'UE.

Dominique Gautier, senior Partner, Responsable du Centre de Compétences Secteur Public

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Commentaires
a écrit le 29/06/2016 à 8:29 :
Même si je reconnais une volonté louable d'être plus mesuré que les autres réactions que l'on peut lire ici ou là, il me semble que vous êtes encore trop un peu trop approximatif (sans vouloir être péjoratif, je n'ai simplement pas trouvé d'autre mot). Il y déjà un paradoxe à vouloir un "Breturn" et en même temps une Europe qui prenne mieux en compte les aspirations des citoyens européens : quoi de mieux que d'appliquer le résultat d'un référendum et justement montrer qu'on les écoute ? Et que l'Europe n'est pas la dictature que les extrêmes droites tentent de nous faire croire. Quand aux conséquences du Brexit, il me semble qu'elles vont bien au-delà des quelques jours qui suivent une décision non encore officiellement appliquée. Quid des volontés Écossaises et Irlandaises ? Il me semble qu'il sera difficile pour l'Angleterre de rejeter une union et d'en promouvoir une autre dans la foulée. Même si les deux sont différentes, bien évidemment, le sentiment de spoliations de droits et de richesses est le même pour les Écossais vis-à-vis des Anglais, que celui des Anglais vis-à-vis de l'Union Européenne. Par ailleurs, la coopération politique entre le Royaume-Uni et l'Union Européenne prenait racine dans un dénominateur commun extrêmement réduit : la City servait de moteur libéral à l'Europe sans que l'on soit bien sûr de qui en tirait le meilleur parti. Ce moteur va être démonté au profit de plusieurs places européennes et membres de la zone euro : Dublin, Francfort, Amsterdam et probablement dans une moindre mesure Paris. Ce sera plus logique que le moteur de l'Euro soit dans des pays en faisant partie plutôt qu'une place décentralisée qui n'avait aucun sens. Oui, ces différentes places dont Londres, vont connaître des jours sans, mais pas sûr qu'à plus long terme les places européennes s'en tirent moins bien. Politiquement ensuite, quand il n'y a plus de coopération, il y a confrontation et si jamais le Royaume-Uni enclenche bien l'article 50 du traité de Lisbonne (ce dont je doute mais que j'espère ne serait-ce que par respect pour le peuple), la pression va entièrement peser sur le Royaume-Uni car ils auront deux petites années pour négocier au mieux leur sortie. Deux années que ne manqueront pas de se servir les multinationales présentes là-bas pour réfléchir à leur implantation en Europe. C'est ce rééquilibrage économique qui, in fine, redéfinira les gagnants et les perdants de ce Brexit. Pas les quelques jours qui viennent de passer. Et n'étant pas devin, je ne saurais dire qui va y gagner mais je mettrais un billet sur le fait qu'il n'y aura pas que des perdants.
a écrit le 28/06/2016 à 18:36 :
"et surtout négocier, sur la base d'un consensus qu'il ne faut pas tarder à trouver à 27, les conditions d'un " Breturn "". Ce genre de phrase fait peur, car il est la base des mouvements de contestation. À force de ne plus avoir le sentiment d'être entendu, les peuples votent volontairement l'inverse de ce que veulent les élites, à tort ou à raison. Le brexit, l'eurosceptisicme, le FN, ce sont des crises de confiance entre élus et peuples qui ne vont pas se régler par des tours de passe-passe institutionnel.
Réponse de le 28/06/2016 à 20:06 :
En même temps le populisme monte partout dans le monde occidental, qu'il y ait des référendums ou non.

Les responsables politiques anglais ne peuvent certes pas rester dans l'Europe en s'asseyant sur le vote populaire, mais ils ne peuvent pas non plus en sortir et ruiner leur pays. Bon courage à eux.
Réponse de le 28/06/2016 à 20:06 :
En même temps le populisme monte partout dans le monde occidental, qu'il y ait des référendums ou non.

Les responsables politiques anglais ne peuvent certes pas rester dans l'Europe en s'asseyant sur le vote populaire, mais ils ne peuvent pas non plus en sortir et ruiner leur pays. Bon courage à eux.
a écrit le 28/06/2016 à 18:16 :
Ce n'est pas la couronne britannique qui a été bannie par l'Union Européenne. C'est l'Union Européenne qui a été bannie par le peuple britannique. Quant à un espace de libre échange, par exemple et notamment dans le cadre de l'AELE comme d'autres, mais aussi quant aux intérêts économiques et financiers continentaux en Grande Bretagne, c'est dommage de ne pas les évoquer quand on travaille dans le cabinet Roland BERGER. Surtout quand dans le même temps on n'hésite pas à écrire que le FTSE regagnera vite le niveau de ses concurrents.
a écrit le 28/06/2016 à 17:26 :
Le Brexit c'est surtout l'occasion de mettre fin à l'exception Anglaise...

L'angleterre a voulu jouer une fois de trop elle a perdu.

Brexit or Not ce qui compte c'est de faire en sorte que tout rentre dans l'ordre.

La fin du I want my Money Back.... En fait plutôt qu'un Brexit le vrai deal c'est amis Anglais fermez le et plus une tête qui dépasse.

Plus d'exception plus de règle adpatée, l'angleterre se met au pas ou elle dégage.

En parallèle étude de l'intégration de l'irlande du Nord et de l'Ecosse ASAP idem sans exception de fonctionnement.

le reste importe peu... De toute façon l'Europe est et reste une grande et belle aventure...
Réponse de le 29/06/2016 à 9:59 :
Nous étions 27+1, et seront 27&1 (le commerce, business est essentiel).
Ils avaient arraché un lot d'exceptions nouvelles en février (trop tièdes pour les pro-Brexit) mais à force d'arracher, ça s'effrite. :-)
Le grain de sable qui bloquait tout va peut-être révéler, une fois enlevé, que finalement, on n'a pas de projet avancé, que ça masquait la vacuité du système (comme ceux qui votent en reviennent en disant que c'est l'Europe qui a décidé, aucunement eux). 28 pour commercer c'est formidable, 27 pour s'entendre, c'est pas gagné (parait que la GB a poussé pour s'agrandir à vitesse soutenue : business+++).
a écrit le 28/06/2016 à 15:50 :
La bourse anglaise a relativement moins chuté car c'est la monnaie qui a chuté.
a écrit le 28/06/2016 à 15:43 :
ça peut etre très positif pour la zone €uros si celle ci se réforme !
Réponse de le 28/06/2016 à 22:35 :
L'économie francaise est malheureusement peu preparee - car fiscalement trop chere- pour recevoir des grandes multinationales tentees de se relocaliser.
notre tapis rouge est bien pâle!
a écrit le 28/06/2016 à 15:37 :
"l'arrimer davantage aux aspirations des citoyens des pays membres"

Et bien si on refaisait un référendum concernant le traité constitutionnel européen que l'europe a violé en 2005 ?

Ce traité était une abomination, il a plongé les peuples européens dans la plus profonde crise que le continent aie connu, nous avions eu raison de le refuser mais pourtant nos décideurs économiques et politiques ont cru bon de quand même nous l'imposer. De quel droit ? Du leur...

Personne ne pourra plus jamais faire aimer l'europe aux français en tout cas depuis ce véritable putsch des institutions politiques et financières européennes.

Ce traité était monstrueux, les dirigeants européens auraient du en prendre acte et nous en proposer un autre centré sur les peuples européens et non sur les seuls marchés financiers.

Il n'y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre.
Réponse de le 28/06/2016 à 17:03 :
Tout cela est un non-sens.

En 2005, on a demandé aux français de voter sur un texte complexe que personne n'a lu. Bien naturellement, nous nous sommes prononcés sur tout sauf ce texte :

Ce que nous en percevions, ce que nous racontaient dessus les politiciens, sur les résultats de Jacques Chirac à l'époque, sur la mondialisation, etc.

Nous l'avont rejetté en espérant un plan B qui n'existait pas. Et ce vote a placé l'UE dans une crise dont elle n'est toujours pas sortie.

Quelques années plus tard, le parlement a approuvé un texte bien inférieur, le traité de Lisbonne, qui faisait notamment l'impasse sur la partie économique du traité constitutionnel, beaucoup décriée durant la campagne.

Et aujourd'hui, soit 11 ans après, les eurosceptiques ont monté une légende urbaine à propose de ce référendum, en jouant sur l'ignorance et l'oubli de chacun.
Réponse de le 29/06/2016 à 9:47 :
J'ai lu ce texte et le traité de lisbonne était quasiment identique le volet économique était clair et net.

Ce traité constitutionnel a placé les marchés financiers au centre de l'ue reléguant les citoyens européen en seconde zone.

Arrêter de faire votre propagande je vous prie, vous mentez sciemment et c'est vraiment moche vous savez ce que vous faites là...

Les golden corbeaux faisant parti de 10% de français les plus aisés ne vivent pas dans la réalité des 90% autres, ils vivent sur une autre planète qui les rend complètement incompétents dans la gestion d'un pays et pourtant ce sont eux et leurs maîtres qui les gèrent, misère...

Ce sont les gens comme vous qui me donnent encore plus envie de dire la réalité.

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