Crue à Paris : le tissu économique n'est toujours pas prêt

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(Crédits : Reuters)
La pluie persistante fait une nouvelle fois monter le niveau de la Seine. Or l'essentiel du tissu économique n'est toujours pas prêt à affronter un tel événement. Par Vincent Balouet, consultant spécialisé en gestion des grands risques d'entreprise

L'épisode de pluie en cours est intense et provoque une montée de la Seine et de la Marne, se dirigeant vers le cœur du principal poumon économique du pays. Si une crue majeure sur la région Ile-de-France impacte très directement les populations, le véritable enjeu, et de loin, concerne le maintien de l'activité sur la zone. L'épisode en cours ne devrait pas déboucher sur une catastrophe pour cette fois, mais il convient de se souvenir que le plan préparé par les pouvoirs publics (protection du métro et des installations sensibles) est pour l'essentiel calé sur une hauteur « 1910 », c'est-à-dire correspondant à un risque centennal (ayant 1 chance sur 100 de se produire chaque année). Or les événements beaucoup plus exceptionnels se multiplient, voire pour certains jamais vu. Autour de Paris, Prague a connu une crue « 500 tennale » en 2002, Londres un épisode pluvieux 450 tennal, et New York un 850 tennal lors de la tempête Sandy. En France, nous parions sur la chance et, plus grave, les entreprises sont notoirement sous informées.

Rappelons le risque en quelques mots : dans un premier temps, des conséquences importantes sur les populations (de l'ordre d'un million de personnes touchées) et déjà des problèmes colossaux à régler, en particulier dans le secteur santé. Puis des conséquences directes sur l'activité économique (mise en route des plans de continuité d'activité spécifiques crue dans toutes les entreprises touchées), puis des conséquences financières en particulier sur le marché immobilier particulier et entreprise, ainsi que le risque de défaillance des emprunteurs pour le secteur financier. Enfin des impacts non chiffrés à ce jour en termes de dé-aménagement potentiel du territoire suite à un départ durable d'une partie de l'emploi parisien vers les métropoles régionales moins exposées. Durée de la crise : de 3 mois à 2 ans.

Ne pas enterrer le sujet

Que faire en restant pragmatique ? Le président Macron a pris une excellente décision en nommant un « monsieur reconstruction » pour secourir les îles St Martin et St Barth au lendemain de la catastrophe Irma. Un pilote dans le cockpit pour régler vite et bien les problèmes. Cette même solution fût mise en œuvre lors de la préparation à l'introduction et au passage à l'Euro, ou lors du bug de l'an 2000. Et cela a bien fonctionné.

Pour protéger le tissu économique parisien, il n'y a rien, pas même un site de type http://crueparis.gouv.fr/, coanimé par la puissance publique et par une personnalité connaissant bien l'économie et faisant autorité sur les risques d'entreprise. Pas difficile, peu couteux et efficace, un tel dispositif permettrait par exemple d'obliger les opérateurs d'importance vitale à communiquer efficacement auprès des entreprises en leur disant ce qui marchera et qui ne marchera plus ainsi que les prévisions de retour à la normale... Le chef d'entreprise pourra alors arbitrer son risque. Aujourd'hui, ces mêmes chefs d'entreprise n'ont aucune idée des conséquences sur le tissu économique d'une crue aussi exceptionnelle que celles survenues chez nos voisins.

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