Donald Trump, en réelle difficulté, pour la première fois

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(Crédits : Yuri Gripas)
Alors que la désapprobation grondait face à sa querelle post-mortem avec McCain, le livre de Woodward a fait germer l'idée que Donald Trump pourrait être quelqu'un de peu sûr de lui et de manipulable. Par Jean-Éric Branaa, Université Paris 2 Panthéon-Assas

La rentrée a été rude pour le Président américain, qui a fait face à une chute de popularité aussi rapide qu'inédite. Il faut dire qu'après un raté monumental, qui a ému parmi ses plus fidèles soutiens, il a immédiatement été attaqué sur sa personnalité et sa gestion des affaires, jugée calamiteuse. Et cette fois, contrairement à ce que l'on observe depuis deux ans, les coups ont eu l'air de porter.

Trump n'a pas su rendre hommage à John McCain

Ce que les républicains ont eu du mal à accepter, c'est que Donald Trump soit incapable de cesser ses attaques contre John McCain, alors que celui-ci venait de mourir. Au pays de l'Oncle Sam, le respect dû aux morts est au-dessus de tout. Ce coup-ci, Donald Trump a été trop loin dans la transgression et le choc a été violent pour certains. Sa popularité a immédiatement chuté de six points en une semaine, et ne s'est pas relevée depuis.

Les attaques qui ont été portées par ses opposants, notamment à travers le livre de Bob Woodward ou la tribune anonyme publiée par le New York Times, ont alors résonné avec un écho tout particulier : c'est sur la personnalité de l'hôte de la Maison Blanche que l'interrogation s'est depuis concentrée, semant un nouveau doute, plus profond, presque insidieux, dans l'esprit des électeurs, alors même que des élections cruciales s'annoncent dans à peine 50 jours.

Tu quoque, Bob Woodward

Le livre de Bob Woodward se distingue de ceux - plus nombreux qu'on ne le pense généralement - qui sont parus jusqu'à ce jour pour dézinguer « l'ignoble Président » : certes, Woodward a une réputation forte, puisqu'il est un des deux journalistes qui ont déclenché le Watergate, mais il n'a surtout jamais été catalogué d'« anti-Trump ». On se souvient qu'il était même plutôt proche de George W. Bush, très virulent envers Barack Obama, et les républicains ne s'attendaient pas à ce qu'il porte une charge aussi forte dans son livre. D'ailleurs, on disait qu'il s'entendait plutôt bien avec le 45e Président des États-Unis.

On n'a pas non plus perçu, d'emblée, que la sortie de son ouvrage allait contribuer à secouer cette présidence. Le livre a mis en lumière ce qui était présent dans les esprits de manière encore diffuse, une facette de Donald Trump qu'il s'efforce de gommer autant que possible : sa faiblesse. Donald Trump s'est présenté comme l'homme capable de renverser des montagnes et de réussir toujours, sur tous les plans, quelles que soient les difficultés. Il ne semblait pas, jusque-là, connaître la peur, ne s'excusait jamais et se lançait dans tous les combats comme s'il participait à un match de catch, u n sport qu'il apprécie au plus haut point par ailleurs.

Mais, alors que la désapprobation grondait face à sa querelle post-mortem avec McCain, le livre de Woodward a fait germer l'idée que Donald Trump pourrait être quelqu'un de peu sûr de lui et manipulable, avec un ego qui envelopperait l'ensemble pour l'égarer et l'empêcher de comprendre le monde qui l'entoure.

La critique n'est pas nouvelle en soi et un tel jugement n'aurait sûrement pas ébranlé un seul de ses électeurs si le livre avait été publié dans un autre contexte. Jusqu'ici, rien ne semblait pouvoir atteindre Donald Trump depuis ce premier jour où il est entré en campagne pour la présidence. « Je pourrais tuer un de mes électeurs sur la 5ᵉ Avenue, tous les autres continueraient à voter pour moi », avait-il même déclaré un jour à un journaliste qui s'en étonnait. Le même phénomène s'était déjà produit avec Ronald Reagan.

Mais, en cette fin d'été, le doute est là. Le malaise ressenti face au refus d'honorer un héros américain a ébranlé ceux qui considèrent que le patriotisme passe par la célébration des symboles. Ils sont nombreux à penser ainsi aux États-Unis. Les accusations de Bob Woodward, émaillées de nombreuses anecdotes, ont étonné.

Peur sur l'Amérique

D'anecdotes en démonstrations, le livre de Bob Woodward décrit un climat plutôt qu'un homme. On comprend alors assez vite que le titre choisi « La peur », inspiré par une déclaration de Donald Trump en mars 2016, est le meilleur qu'il pouvait trouver pour illustrer la situation américaine d'aujourd'hui : le Président avait expliqué qu'il fallait savoir susciter de la peur pour gouverner efficacement.

Cette peur est désormais partout dans la société américaine : au sein des minorités, dont les cris de protestation se sont éteints depuis l'élection de ce président, le 9 novembre 2016, peut-être dans l'attente de la prochaine présidence, m ême si la colère, désormais silencieuse, a rarement été aussi forte dans le pays. On la trouve aussi chez ceux qui se sentent attaqués dans leurs droits et leurs valeurs, et qui se sont lancés dans un mouvement de résistance, dont l'action systématique nuit certainement à la réussite de leur entreprise, mais démontre aussi leur désarroi et leurs angoisses : plus de 6000 groupes de résistances, dit « Indivisibles », existent aujourd'hui aux États-Unis, dont le seul but est de faire échouer ce Président, quels soient les moyens utilisés.

La peur est aussi le moyen utilisé par Donald Trump pour tenter de conserver son pouvoir. Pour les élections de mi-mandat, il promet ainsi le chaos si son camp ne l'emporte pas, mais aussi le chômage et la crise économique, ainsi qu'un « recul de civilisation » sans précédent, voire la fin de l'Amérique avec l'ouverture des frontières, des régularisations de masse, le retour de l'Obamacare, des hausses d'impôts.

Mais il n'est pas certain que cette peur-là fasse se lever en masse les troupes pour aller voter en faveur des candidats pro-Trump. Une autre peur, celle du Président, peut en revanche motiver les électeurs démocrates. Au cours des primaires qui viennent de se dérouler, entre mars et début septembre, dans tout le pays, ces derniers n'ont jamais été aussi nombreux à se rendre aux urnes pour des élections qui sont avant tout locales ! Dans certains districts, ils étaient quasiment aussi nombreux que pour une élection présidentielle !

La forteresse du pouvoir

Donald Trump a facilité la tâche de ses opposants en cristallisant les passions et en cultivant une atmosphère de campagne destinée à ne pas laisser retomber les passions de 2016 et à garder intact le soutien de ses troupes. Cela a, sans conteste, parfaitement bien fonctionné pour ce qui est de l'opposition franche que se livrent les deux groupes démocrate et républicain, qui sont aujourd'hui parfaitement antagonistes.

Ce faisant, il a peut-être négligé le fait que la plupart de ces mêmes soutiens vivent aussi une vie qui les éloignent souvent de la politique : l'importance de leur présence dans cette bataille finit par leur échapper et les rangs sont moins serrés autour de lui. Cela ne veut pas dire que ses partisans l'aiment moins, comme on peut le vérifier par les résultats des sondages de popularité, qui restent tout de même toujours au-dessus de 40 %.

Mais, maintenant que les résultats économiques sont là, que Trump dit avoir rempli la plupart de ses contrats, n'est-il pas temps de relâcher la pression et de s'occuper d'eux-mêmes ? Mais Trump va livrer bataille jusqu'au bout et repartir de plus belle. La guerre commerciale qu'il déclare à la Chine en est l'illustration.

Pendant ce temps, ceux qui sont convaincus par le livre de Bob Woodward sont déjà à l'assaut de cette forteresse et se verraient bien changer deux ou trois petites choses dans leur pays...

The Conversation _____

Par Jean-Éric BranaaMaître de conférences politique et société américaines et chercheur associé à l'institut Iris., Université Paris 2 Panthéon-Assas

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Commentaires
a écrit le 24/09/2018 à 17:28 :
Ces façons de vous rassurer sont grotesques. Un minimum de dignité svp, ne vous laissez pas guider par votre peur, merci.
a écrit le 22/09/2018 à 15:36 :
Le problème de Trump qui va de pair avec son impulsivité c'est sa vision court-termiste.
Les USA dispose d'un capital qui n'a pas de prix: la puissance du dollar, un soft-power puissant, des alliés indéfectibles. D'un autre côté il y a la face cachée des usa: une société de plus en plus inégalitaire.
Or avec le creusement des déficits, les baisses d’impôts et le dénigrement des alliés traditionnels, Trump mine ce qui fait la force des USA tout en aggravant les inégalités et ce, pour obtenir de la croissance tout de suite, maintenant.
Le bilan dans 10 ans sera amer.
Réponse de le 24/09/2018 à 3:52 :
Les "alliés traditionnels" ne servent absolument à rien pour les USA.

Trump voit le long terme contre les "conservateurs" traditionnels et leur petite gestion minable.

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