Européennes : pourquoi voter le 26 mai est plus important qu'on le croit

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(Crédits : Yves Herman)
Philippe Heim Directeur général délégué Société Générale Expert à l'Institut Sapiens

« L'ingratitude est parfois suffisante pour détruire une civilisation ». Jonah Goldberg, l'auteur de cette phrase, est Américain. Sans doute aurait-il écrit la même chose s'il était né dans ma famille alsacienne, dont l'histoire fut à l'image de celle de l'Europe, à la fois absurde et terrible. Absurde quand mes aïeux changèrent quatre fois de nationalité en 73 ans. Terrible quand deux frères se battirent dans des camps opposés à Verdun, quand un cousin mourut en déportation ou quand un autre fut enrôlé malgré lui puis emprisonné en Russie.

De tels récits familiaux suffisent à reconnaître la valeur du choix fait dans l'après-guerre
par nos aînés, celui de la réconciliation et de la coopération. Ce choix nous a ouvert une
période inédite de 70 années de paix, de progrès et d'amélioration des conditions de vie. Il a fait de l'Europe un laboratoire politique et économique à taille continentale d'une redoutable actualité. Aucun des grands défis auxquels l'Europe et le monde sont confrontés ne peut être relevé par un pays seul, aussi fort soit-il, ce que résumait Mario Draghi devant l'Université de Bologne : « plutôt que de leur ôter leur souveraineté, l'Union européenne offre aux pays qui la composent une voie pour la regagner ».

Si nous voulons que les générations à venir nous témoignent également de la gratitude,
l'Europe doit reprendre le flambeau du multilatéralisme. Non par principe, mais par intérêt. Le cours du monde ne peut plus être laissé entre les mains de deux grandes puissances, Les Etats-Unis et la Chine, qui, dans des styles différents, revendiquent un « me first » - ce qui n'aboutit qu'à un « me alone », pour citer Gérard Araud. Pas plus qu'il ne peut être confié aux seuls soins de la globalisation et de la connexion par les GAFA : mettre en réseau ne suffit pas pas à créer de l'ordre.

Elle doit endosser cette responsabilité car il y a urgence. L'érosion de l'ordre international issu de l'après-guerre a déjà un prix. L'Institute for Economics and Peace alerte sur une détérioration de la peacefulness globale sur la dernière décennie « à rebours de la tendance de long terme ». Pour la première fois de l'histoire moderne, en 2016, près d'un être humain sur 100 était réfugié ou déplacé - l'équivalent de la population française. Les désordres s'aggravent à mesure que régresse la culture du multilatéralisme au plan commercial, à l'ONU ou encore à l'OTAN. Les coûts de ce retour en arrière pourraient rapidement devenir insupportables car les défis technologiques, environnementaux ou migratoires appellent des réponses globales. Et les citoyens européens le paieraient chèrement, eux que tous les partis promettent de mieux protéger grâce à l'Europe ou sans elle.

C'est sur ces enjeux globaux que le leadership européen doit prendre appui pour proposer une voie différente et propice à la stabilité en temps long. Un modèle de démocratie vigilante sachant faire pièce aux nouvelles atteintes à la sécurité. Un capitalisme différent et inclusif comme le suggérait le rapport Notat-Senard : ni le capitalisme purement financier ni son pendant étatique. Une régulation technologique équilibrée à l'image de l'innovant règlement sur la protection des données (RGPD) comme alternative à la prédation des données et à la surveillance de masse. Une ambition écologique portée par l'exemplarité mais également par des instruments plus volontaristes. Une stratégie de lutte contre la pauvreté pour réduire les pressions migratoires, en priorité en Afrique - car les Européens constatent en Méditerranée
que les déséquilibres au-dehors créent l'instabilité au-dedans.

Une telle initiative ne pourra sans doute être conduite que par un groupe pionnier d'Etats-membres. Qui l'aime le suive, en Europe et ailleurs. Nous serions sans doute surpris de voir combien sont nombreux les pays émergents d'Asie, Afrique ou des Amériques qui, refusant de choisir entre America first et les routes de la soie, attendent que l'Europe assume un leadership.

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Commentaires
a écrit le 22/05/2019 à 8:45 :
« plutôt que de leur ôter leur souveraineté, l'Union européenne offre aux pays qui la composent une voie pour la regagner » : cette phrase de Mario Draghi, comment la faire entendre (comprendre, évidemment) à des personnes - elles commencent à pulluler - qui rechignent à exercer leur raison ? Il va sans dire que chercher des dirigeants autoritaires, voire même un chef quasi dictatorial, est une grave illusion, dont nombreux sont les exemples un peu partout dans le monde. L'exprimer ainsi risque très probablement de ne pas toucher les susdites personnes, a fortiori si l'on lâchait plus sèchement : la liberté disparaît à qui se livre entièrement à un autocrate (pis encore s'il s'agit d'un dictateur). L'évidence n'atteint jamais tout le monde. Que faut-il ? L'éducation, répondra-t-on. Soit, mais il faut une (très) longue patience - et le monde va vite...
a écrit le 22/05/2019 à 7:12 :
"car les Européens constatent en Méditerranée que les déséquilibres au-dehors créent l'instabilité au-dedans."

Insinueriez vous que les migrants sont cause d'instabilité interieure? Quand aux desequilibres au-dehors, quelles en sont les causes? (enfin la principale, la libyenne), qui sont les fauteurs de guerres, de troubles? le mechant Xi, le dangereux Donald ou les gentils Silvio et Nicolas avec le soutien de votre chere europe?
a écrit le 21/05/2019 à 20:31 :
L’Europe c’est la paix ? Allez dire ça dans les Balkans, en Ukraine étau Monténégro.
Il me semble que l’UE est sous la coupe de l’OTAN pour ce qui concerne sa défense (article 42 du TFUE). Or, c’est sous demande des américains que les troubles y ont commencé. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les allemands ne veulent pas d’une défense européenne.
Non, l’Europe n’est pas la paix. L’Europe est vassale aux américains et tant que l’OTAN sera l’arme du vieux continent, il ne saurait en être autrement
a écrit le 21/05/2019 à 18:11 :
Oui c'est capital d'aller faire son devoir civique pour les elections europeennes de 2019. C'est une etape tres importante pour designer les députés que nous souhaitons siéger a bruxelle et a strasbourg. Meme voter blanc n'apporte rien car le vote n'est pas reconnu comme un vote exprimé. Donc aller passer unquartd'heure de sa vie dans un bureau de vote c'est très importante pour l'avenir et pour l'europe que l'on souhaite . Il serait bon que les nationalistes ne fanfaronnent pas trop avec leurs sondages élogieux. Il faut aller voter et penser a l'avenir de l'europe pour les cinq prochaines années. Surtout pour la jeunesse européenne.
a écrit le 21/05/2019 à 17:48 :
Saviez vous que l'on a fait des coalitions pour éviter les conflits? Mais malheureusement cela a amené aux deux guerres mondiales que l'on voulaient éviter! On fait toujours cette même erreur avec l'UE de Bruxelles et l'OTAN!
a écrit le 21/05/2019 à 17:31 :
« L'ingratitude est parfois suffisante pour détruire une civilisation ».

La répartition des richesses aussi.
a écrit le 21/05/2019 à 15:55 :
c'est très important de voter contre macron le gamin capricieux veut être premier pour mieux nous matraquer ensuite allez aux urnes contre macron son orgueil en prendra un coup... les vieux on voté macron il nous a pris pour des vaches à lait on va bien le lui faire passer
a écrit le 21/05/2019 à 14:43 :
Ce constat de l'Europe de la paix et de la meilleur coopération possible ne peut être que reconnu indéniable.
Cependant, un autre doit être fait sur les mensonges de "civilisations" urbaines permettant les débordements "acceptables" (mensongers) de surpopulations exponentielles et pollutions généralisées, chômage des jeunes en surnombre, immigrations massives et retours... au bruits de bottes avec épuisement des ressources naturelles !
On y revient les pays à surpopulations massives en tête (ou à gestion déplorable tel le Vénézuela) !
Que gère-t-on réellement des naissances (bâclées en vies enfermées plus que malsaines !§!) pour éviter ces débordements graves ?
Pas plus qu'avant les deux guerres mondiales, ou si peu !
a écrit le 21/05/2019 à 14:17 :
Désolé, mais cela fait 50 ans que nous entendons ceci... et qui peut encore croire que la France et l'Allemagne pourraient se faire la guerre...

Dans une Europe où chacun ne pense qu'à soit (sauf les Français bien sur...si universalistes), regardez par ex les Allemands & les Anglais, la faute originelle vient de la volonté d'Union alors qu'il fallait proposer une Confédération.

Après, pour faire court mais réaliste; le multiculturalisme, c'est la baisse des salaires via l'immigration (voulue par la Commission Européenne), la hausse de la délinquance, des normes extérieures imposées, une façon de penser qui ne supporte pas la discussion et le fait que l'on peut choisir une autre voie que celle imposée par les "progressistes" (le mot "destructeurs" est plus approprié), la trahison d'une élite qui pousse hors sol, une écologie qui ne sert qu'a renflouer les caisses de l'état et rendre la France moins compétitive...Finalement, trop de mensonges se sont accumulés durant toutes ses années... alors comment s'étonner que le client refuse de plus en plus de payer l'addition finale et veut changer de fournisseur !
Et oui, les choses changent... beaucoup ne veulent plus vivre dans des archipels qui se regardent face à face, mais dans une nation qui aime et préfère ses propres citoyens avant le reste du monde.
a écrit le 21/05/2019 à 12:33 :
Tout le monde pourrait raconter semblables histoires pour faire pleurer dans les chaumières et même en allant plus loin dans le temps!
Construire une coalition d’États, par la création "d'ennemie", pour soi disant se protéger de "la guerre" n'est qu'une manipulation!
C'est simplement un changement d'échelle du risque et non sa disparition!
Les coalitions ont donné les dernières guerres mondiales!
a écrit le 21/05/2019 à 11:04 :
"attendent que l'Europe assume un leadership"

LE problème majeur cher ami c'est que nous autres européens attendons également que l'Europe assume quelque chose ! Même pas forcément le leadership hein puisque depuis le temps on a bien perdu en ambition mais elle n'assume toujours strictement rien, si ce n'est ses places d'évasion fiscales...

"délégué Société Générale Expert à l'Institut Sapiens"

Bref votre article nous dit de faire un truc mais nous donne furieusement envie de faire l'opposé, pour ma part sachez que je vais donner ma voix électorale au parti des animaux ou autre idée solide, bien plus noble au final, simpliste certes mais au moins on sait qu'ils ne nous endorment pas en nous disant un truc tout en pensant seulement à leurs intérêts propres.

Exercice maladroit sauf si vous voulez que les gens désertent les urnes en fait. Heureusement que mon fils dont c'est le premier scrutin ne va pas lire ! Déjà qu'il était pas emballé...

Parce que comme le dit l'émission d'Yves Calvi c'est parce que les jeunes ne veulent plus de démocratie ! Ils veulent du fascisme ! C'est pas du tout parce qu'ils rejettent en bloc notre système voyons...

Au moins au son des mascarades on rigole.

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