Face à la crise des urgences, réinventons la santé de proximité

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Un constat lucide s'impose : l'hôpital public atteint la saturation car il supporte l'essentiel du parcours de soins alors que ses contraintes budgétaires se multiplient écrivent le maire de Reims et le président de Sagéo.
"Un constat lucide s'impose : l'hôpital public atteint la saturation car il supporte l'essentiel du parcours de soins alors que ses contraintes budgétaires se multiplient" écrivent le maire de Reims et le président de Sagéo. (Crédits : Eric Gaillard)
OPINION. Aux côtés des transports et des écoles, les hôpitaux sont concernés par un malaise social historique, qui dépasse la seule question des retraites du secteur public et dont les causes remontent à plusieurs décennies. Par Arnaud Robinet, maire de Reims, et Nicolas Boudeville, président de Sagéo*.

Si les mesures annoncées par le Gouvernement semblent indispensables dans l'immédiat (hausse du budget de 1,5 Mds€, reprise du tiers de la dette par l'État, revalorisations salariales...), il convient d'œuvrer aussi à long terme, avec une redéfinition stratégique de la médecine de ville.

Tout d'abord, un constat lucide s'impose : l'hôpital public atteint la saturation car il supporte l'essentiel du parcours de soins alors que ses contraintes budgétaires se multiplient. En effet, l'accès à la médecine de ville s'est dégradé : en 8 ans, le délai d'obtention d'un rendez-vous avec un spécialiste est passé de 44 à 67 jours et certains médecins traitants accompagnent jusqu'à 900 patients. Quant aux déserts médicaux, les aires urbaines sont désormais aussi touchées que les milieux ruraux (-25% de généralistes à Paris depuis 2010). Rétifs face au manque d'attractivité de certains territoires isolés ou la cherté des loyers des métropoles, les jeunes médecins souhaitent exercer leur activité avec moins de contraintes administratives et davantage de souplesse. Leurs aspirations étant souvent insatisfaites, les départs en retraite des généralistes sont de moins en moins remplacés (25% des médecins ont plus de 60 ans).

 Notre système de santé doit donc choisir entre deux orientations

L'hôpital se retrouve donc en première ligne et accueille un nombre croissant de patients pouvant être pris en charge par les cabinets médicaux (43% des arrivées aux urgences selon le ministère de la santé). Le Gouvernement est ainsi obligé de débloquer des crédits exceptionnels, entraînant du même coup une dérive budgétaire de l'Ondam hospitalier (+2,4% pour 2020 au lieu de 2,1%, comme annoncé en octobre dernier).

Notre système de santé doit donc choisir entre deux orientations : soit la poursuite des dépenses au service d'un modèle hospitalo-centré, dont le service médical sera inégal et rapidement dépassé ; soit le pari d'une médecine de proximité performante, ancrée dans le territoire et reliée aux hôpitaux comme aux cliniques.

 Désengorger les urgences et assurer le suivi post-opératoire

Ce modèle implique la réalisation d'un plateau homogène, autour d'une infrastructure numérique de pointe, intégrant des généralistes, des groupes de spécialistes de dimension nationale (ophtalmologie, radiologie, laboratoires médicaux, dentistes...) et des paramédicaux, dont la rémunération est actuellement trop faible.

C'est en constituant des avant-postes hospitaliers que nous pourrons désengorger les urgences et assurer le suivi post-opératoire. Le remboursement des téléconsultations, le déploiement du dossier médical partagé (DMP) et les outils numériques sont l'occasion de repositionner le généraliste ainsi que le patient au cœur de la chaîne de soins, en rompant avec les travers du modèle français comme le transport sanitaire (coût : 4 Mds€/an) et la mauvaise observance des traitements (6 Français sur 10 ne suivent pas les prescriptions de leur médecin).

Les maisons de santé doivent accélérer leur transition digitale

Notre société vieillit, ce qui appelle à mieux anticiper le traitement des maladies chroniques. En 2020, ces dernières concerneront 550 000 personnes supplémentaires par rapport à 2015, avec une augmentation importante des maladies cardio-vasculaires (+13%) et respiratoires (+10%), tandis que plus de 4 millions de personnes seront touchées par le diabète. Dès lors, les maisons de santé doivent accélérer leur transition digitale afin de faciliter le maintien à domicile et la prise en charge précoce des pathologies, grâce à des outils de détection connectés associant le patient, l'hôpital et la maison de santé.

Agnès Buzyn définit à juste titre l'hôpital comme un « trésor national. » C'est en rapprochant tous les acteurs de la santé que nous préserverons cet emblème, en redonnant à la médecine de proximité ainsi qu'au secteur hospitalier l'excellence et la complémentarité qu'ils méritent.

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*Sagéo : entreprise de maisons de santé connectées

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Commentaires
a écrit le 16/12/2019 à 5:50 :
« trésor national » à condition que les hôpitaux soient privés ! Car Madame Buzyn fait des cadeaux aux privés, alors qu'il s'agit d'argent public !!
Hors de question d'avoir du digital chez moi en dehors de mon ordinateur, ordinateur dont je pense bientôt me priver !
Vous nous faites ch*er avec votre digital !! On sera dans la rue !!
a écrit le 13/12/2019 à 14:44 :
faut regarder par qui sont encombrees les urgences francaises!
tout ce bon peuple de gauche qui refuse de payer le 1 euro de reste a charge chez le generaliste va pourrir les urgences avec la caution morale de leurs protecteurs baveux.......
quant aux specialistes, je leur conseille d'arreter de travailler et d'aller a la piscine avec leurs enfants, au lieu de soigner des gens
ca reduira les inegalites dans l'argent vu qu'ils en gagneront moins avant impots et pareil apres
et ca reduira les inegalites dans le travail car la gauche va devoir obliger son electorat ' qui n'en n'a pas la chance lui d'avoir envie de faire de longues etudes stressantes' a devenir specialiste pour soigner les gens
et s'ils ne le font pas, va y avoir un goulet d'etranglement dont la gauche sera responsable car elle aura refuse de reduire les inegalites
cqfd
a écrit le 13/12/2019 à 14:20 :
Les fonctionnaires passent leur vie professionnelle à se plaindre et à faire grève... vite ! Vite ! Alignement sur le droit privé et finiront par la fermer !
a écrit le 13/12/2019 à 14:06 :
Surtout qu'au final, toutes ces soit disant économies ne font que générer pollutions et dépenses majeures pour les citoyens. Tout le monde perd au démantèlement des services publics locaux mais ils en sont encore à TINA les gars, à savoir il faut que les riches soient toujours plus riche toujours plus vite au détriment de tous et même d'eux à longs termes mais comme ils ne sont plus capables de penser à long terme.

CEs andouilles de financiers d'ailleurs actant tranquillement que l'on finisse par se soigner nous mêmes via internet, le lobby pharmaceutique doit s'en frotter les mains ! Les entreprises de pompes funèbres aussi mais en générale elles ne se plaignent que rarement de manquer de clients.
a écrit le 13/12/2019 à 14:05 :
"certains médecins traitants accompagnent jusqu'à 900 patients" désolé de ne pas en avoir, sinon ça ferait 901. :-) La Sécu en autorise combien par médecin ? Vu que certains refusent de nouveaux "clients", disons 'patients', il doit y avoir un plafond administratif.
Si on divise le nombre de français par le nombre de médecins généralistes, ça fait combien ? Si ça dépasse le plafond autorisé, les gens "en trop" ils s'adressent à qui (aux urgences ?) ?? Ne pas pouvoir être mis dans le fichier du médecin n'empêche de pouvoir être soigné, j'espère, mais (très) mal remboursé car "hors parcours de soin(s)" (qui exige d'avoir désigné un médecin traitant, sauf que c'est pas possible, tous saturés)(en ophtalmo secteur 2, ça doit être 10 euros Sécu sur 50 payés, une fois 2*1 euro soustraits).

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