Faut-il craindre une prochaine crise financière  ?

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(Crédits : Lucas Jackson)
PRINTEMPS DE L'ECONOMIE. Les 10 ans de la faillite de Lehman Brothers et la fièvre des marchés financiers américains au cours des derniers mois ont remis la question sur toutes les lèvres : faut-il craindre une prochaine crise financière ? Par Jézabel Couppey-Soubeyran

Il y a au fond deux manières d'envisager la question. La première consiste à se demander si, de manière générale, il faut craindre les crises financières. Et la réponse qui s'impose est affirmative. Car cette crainte est la seule façon de se résoudre à les prévenir. Lorsqu'on ne s'en soucie pas, on les laisse advenir, en comptant sur la capacité de nettoyer les dégâts après coup. C'était l'état d'esprit des grandes banques centrales au tournant des années 1990-2000 jusqu'à la crise. Alan Greenspan, l'emblématique président de la Fed entre 1987 et 2006, y fut pour beaucoup. Chaque année à Jackson Hole, à la grand-messe des banquiers centraux, il était là pour convaincre ses homologues que désormais ils savaient ! Quoi donc ? Nettoyer les dégâts des crises financières après coup ... Et que les crises financières n'étaient que le prix à payer de la croissance ... L'expression de la cyclothymie naturelle des marchés ... Qu'agir contre elles serait bien hasardeux, forcément contreproductif. Tout ouie, ses fervents disciples croyaient aux paroles de celui qui, à son arrivée en 1987, avait su éteindre l'incendie des marchés. Plus jamais il n'y aurait de crise semblable à 1929, car désormais on maîtrisait la lance à incendie ! Ils devaient se concentrer sur le seul mal à combattre: l'inflation. La mondialisation l'avait en fait déjà terrassée, mais peu importe. C'est dans cet état d'esprit là empreint de dévotion et d'excès de confiance que la crise de 2007-2008 a germé.

 Puis la crise a éclaté et les dégâts furent bien plus difficiles à nettoyer que ceux de 1987 car elle était d'une autre nature, issue d'une formidable bulle de crédit que les banquiers centraux avaient laissé se former, et même contribué à amplifier par leur inaction. Depuis lors, est-on résolus à prévenir les crises et à lutter contre la formation des bulles qui y mènent ? Un peu plus, mais pas encore suffisamment. Si les dispositifs de prévention ont été renforcés (durcissement de la réglementation bancaire, réorganisation de certains pans de marché, nouvelles autorités de surveillance ...), il n'y a pas encore d'action systématique pour calmer les emballements financiers et éviter d'avoir à subir leur retournement violent.

L'autre manière d'envisager la question est plus circonstancielle : est-on à l'aube d'une prochaine crise financière ? Pessimistes et optimistes se disputent la réponse, de fait bien plus difficile à livrer que la première. Y-a-t-il moins d'acteurs systémiques qu'avant la crise, ceux dont la chute comme celle de Lehman Brothers peut en entraîner beaucoup d'autres ? La réponse est non : depuis 2011 que le Financial Stability Board liste ces acteurs, ni leur nombre ni leur poids n'ont baissé au niveau mondial : ils pesaient 51,7 milliers de milliards de dollars en 2017 (près de 70% du PIB mondial), contre 46,9 en 2011. Y a-t-il moins d'interconnexions entre eux (car ce sont autant de vecteurs de contagion) ? Oui un peu moins, sans que l'on puisse dire toutefois si cette diminution durera. Les excès d'avant crise ont-ils été purgés ? Non car la dette privée a poursuivi son essor partout dans le monde et le cycle financier reprend déjà son mouvement haussier. Bref, le risque de crise systémique n'a guère baissé, les moyens de le prévenir guère progressé et les marges de manœuvre pour l'endiguer si elle advenait plus faibles qu'en 2008 ... Mais restons optimistes !

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Commentaires
a écrit le 23/03/2019 à 20:27 :
La prochaine crise ne ressemblera à aucune crise que le monde a connu avant.
a écrit le 23/03/2019 à 8:28 :
Les crises sont un mécanisme naturel de notre système économique pour réguler la spéculation. Ce qui pose problème ne sont pas les crises en elles-mêmes, mais ceux qui en payent les conséquences. Ce ne sont pas les spéculateurs qui perdent pendant les crises, mais les épargnants. Seule une banque américaine a été "nationalisée" après la crise de 2008 pour calmer l'opinion publique. Et la complicité des autres spéculateurs a été très peu sanctionnée. Les sociétés financières ont conservées leurs entreprise, alors que les épargnants ont perdus leur chemise. Les risques spéculatifs sont presque intégralement transférés aux épargnants. L'état américain aurait pu faire un moratoire sur les taux d'intérêt comme elle sait le faire pour ses taux directeurs, mais elle a laissé les épargnants, les retraités et les clients immobilier tout perdre...
a écrit le 22/03/2019 à 9:16 :
On voit bien surtout que les bourses ne montent plus, l'argent étant capitalisé essentiellement dans les paradis fiscaux, incitant les milliardaires à prendre de moins en moins de risques, qui leur en font prendre de plus en plus à long terme mais pas assez clairvoyants pour le comprendre, il est évident que les volumes concernés peuvent de moins en moins déstabiliser cette économie financiarisée.

Mais du coup est-ce vraiment une bonne nouvelle pour l'économie réelle ?

Regardez comme cette bulle financière immobilière qui ne veut pas exploser ne fait que parasiter l'économie en monopolisant les achats essentiellement sur le logement.

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