Financement participatif : les raisons d'un engouement

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La finance participative répond à un vrai besoin, alors que les banques se désengagent de certains projets. Par Laurence Attuel-Mendès, enseignant-chercheur, Chaire Banque Populaire en Microfinance du Groupe ESC Dijon-Bourgogne

Les chiffres de la finance participative sont vertigineux, avec une collecte dépassant les 14,3 milliards d'euros dans le monde en 2014 dont 152 millions rien qu'en France. Ces chiffres sont très élevés et en progression constante depuis plusieurs années.

Pourquoi ? Un raccourci rapide pourrait conduire à blâmer les banques. On nous opposerait alors que cette réponse est simpliste et que le taux d'inclusion bancaire en France est particulièrement élevé (99%) en raison du droit au compte. Mais ce serait oublier la question de l'exclusion partielle, qui est bien plus dure à mesurer. Cette dernière recouvre notamment l'accès au crédit et par conséquent au nerf de la guerre lorsque l'on veut lancer une entreprise. Néanmoins, les banques sont l'un des facteurs explicatifs de l'intérêt et du recours croissants à la finance participative.

Désamour vis-à-vis du financement classique

Pendant longtemps, le schéma classique a été le financement quasi-exclusif par les établissements bancaires, ce qui tend désormais à s'estomper. Le financement de l'économie par les banques était de l'ordre de 80% dans les années 80 contre 50% en 2004 (Simon et Tran Son Say, L'entrepreneur et son banquier, Dunod, 2004).

Aujourd'hui, on constate une concurrence accrue de la part des acteurs publics et privés comme la Banque Publique d'Investissement (BPI) qui a pris une place grandissante dans le financement des investissements des entreprises (Rapport BPI, 2013).

En outre, les banques ont subi un lynchage médiatique énorme au lendemain de la crise de 2008, même s'il a été moins violent en France qu'ailleurs en raison de notre modèle de banque universelle. Ce désamour a conduit à chercheur ailleurs des sources de financement dans la mesure où le besoin de financement ne s'était pas tari pour autant. De surcroît, il est devenu encore plus difficile d'emprunter à cause du renforcement des exigences prudentielles de Bâle III vis-à-vis des banques qui ont mécaniquement entraîné un rationnement supplémentaire du crédit et de nouveaux arbitrages à effectuer en leur sein.

Combler un vide

La conjonction de ces phénomènes a coïncidé avec le développement de mouvements dits alternatifs, comme ceux du "slow" et des circuits courts, comblant un vide et favorisant les initiatives.

On aurait alors peut-être pu se contenter de recourir à la love money pour les petits montants ou aux business angels pour les plus gros, mais c'était sans compter sur internet, la globalisation et la massification des mouvements alternatifs.

Financements complémentaires

D'une certaine façon, le gouvernement l'a bien compris puisque le développement actuel du crowdfunding a largement bénéficié d'un soutien politique et règlementaire avec l'entrée en vigueur d'un cadre adapté à ces activités de financement en ligne. Les soutiens locaux se multiplient, à l'instar de ce qui se produit en Bourgogne pour Graines de Start (la plateforme régionale portée par le Pôle d'Économie Sociale et Solidaire) qui vient de fêter son premier anniversaire et le succès de projets toujours plus nombreux.

Comment les banques réagissent-elles alors à cette intrusion dans leur métier ? Bien, dans la mesure où ces deux modes de financement, loin de s'opposer, se complètent. Les banques s'associent ainsi largement à des plateformes régionales - comme Graines de Start avec le Crédit Coopératif en Bourgogne - ou nationales comme Babyloan qui travaille avec le Crédit Coopératif, la BRED, le Crédit Municipal entre autres.

Soutenir le financement de projets innovants

Ces alliances leur permettent d'aider au financement de projets qui ne sont pas dans leur cœur de métier, comme les projets innovants, tout en assurant leur rôle de proximité.

De façon pragmatique, le crowdfunding a aussi des qualités que ne possèdent pas les financeurs traditionnels et avec lesquels il n'y pas de rivalité possible. Les plateformes ont ainsi une capacité inégalable pour développer la notoriété du projet via une communication adaptée sur le site. Certes, le porteur de projet a alors un rôle important à jouer, puisqu'il doit mobiliser à plein une nouvelle ressource fondamentale du 21ème siècle, le réseau, qu'il soit réel ou virtuel. La communication personnalisée et le storytelling font partie des clés du succès de ce nouvel eldorado.

Une autre est constituée par la « ré-humanisation » de la finance. Dans une société en quête de sens, la finance participative permet d'en redonner à son argent en soutenant des initiatives locales ou à forte dimension sociale.

Laurence Attuel-Mendès, enseignant-chercheur, Chaire Banque Populaire en Microfinance du Groupe ESC Dijon-Bourgogne

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Commentaires
a écrit le 02/07/2015 à 8:10 :
Si je comprends bien, le crédit est donc une nécessité. Mais pourquoi? Ne serait-ce pas plutôt parce que le capital et la propriété individuelle sont attaqués de tout côtés depuis quelques années? En faisant tout pour faire disparaître les réserves naturelles de valeur liquides (le capital), y compris le cash, on crée une situation artificielle de pénurie de capital. Au profit de qui et au détriment de qui? L'avènement de l'économie de flux, tant vantée, n'est qu'un des faux nez de la financiarisation à outrance et de l'économie de rente fondée sur un capitalisme de connivence. Capitalisme étant d'ailleurs tout à fait déplacé en ce qui concerne ces pratiques. Le financement participatif a comme caractéristique principale de remettre en cause, au moins au niveau du lancement, la domination des banques et des collectivités à décider de qui sont les vainqueurs et les perdants a priori. L'étape suivant serait la création de places de marché et de développement autonomes, afin de ne pas laisser faire l'écrémage actuel qui ne bénéficie qu'aux intermédiaires qui viennent, sans création de valeur autre que l'accès au capital et à la distorsion de l'offre, prélever le plus gros de la valeur crée. Mais gageons alors que leurs meilleurs alliés, les politiques, interviendront pour rendre cela impossible. C'est déjà en partie le cas.
a écrit le 01/07/2015 à 14:11 :
On peut également analyser cette progression de façon cynique. les banques se désengagent du secteur de la création pure où il y a plus de risque et se positionneront sur le marché de la reprise où elles sont plus sûres de leur coup! . C'est en quelque sorte une externalisation du risque!

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