• La Tribune
  • La Tribune Dimanche
  • La Tribune Afrique
  • Air&Cosmos
  • |
  • Événements
  • L'instant Sélection
Une du journal La Tribune

Dernière édition

Flèche menu déroulant
Newsletters
Logo La Tribune
  • Économie
  • Finance
  • Tech & IA
  • Énergie & industrie
  • Transports
  • Défense & aérospatiale
  • Climat
Logo La Tribune
  • Économie
  • Finance
  • Tech & IA
  • Énergie & industrie
  • Transports
  • Défense & aérospatiale
  • Climat

Sélectionnez votre région

Logo La Tribune

RECHERCHER

Loupe

LTD
La Tribune Dimanche
Ouvrir dans une nouvelle fenêtre
Air&Cosmos icon
Air&Cosmos
Ouvrir dans une nouvelle fenêtre

À la une
  • Finances publiques
  • Fiscalité
  • Immobilier
  • Consommation
  • Distribution
  • Politique internationale
  • Finances personnelles
  • Banque & assurances
  • Marchés financiers
  • Intelligence artificielle
  • High tech
  • Télécoms
  • Start-up
  • Énergie
  • Politique industrielle
  • Chimie & pharmacie
  • Automobile
  • Mobilités
  • Aéronautique
  • Défense
  • Spatial
  • Environnement
  • Agriculture & agroalimentaire
Idées & débats
Kiosque numériqueNewsletters
La Tribune DimancheLa Tribune AfriqueAir&Cosmos
  • La Tribune Now
  • Votre argent avec Finance Héros
  • Construire les mobilités de demain
  • Fonction Finance 2.0 avec Cegid
  • Transformations durables avec Forvis Mazars
  • Accélérer avec le Cloud par AWS
  • Fisher Investments
  • Au coeur du business
  • VisionAir avec Bpifrance
  • Adaptabilité permanente : Le pouvoir d’agir avec IBM Consulting
  • Succès d'entreprises avec Deloitte
  • L'Œil sur vos Finances
  • Les Rencontres de Roissy Meaux Aéropôle
  • France Travail accompagne le Salon des Maires
  • La CCI Paris Ile-de-France, le réflexe des entrepreneurs
  • #La Tribune Business Interviews
  • #La Tribune Business Dossiers
  • #La Tribune Business TV
  • Instant Sélection
Événements
OpinionsTribunes

France-Allemagne, une relation intense (et compliquée...)

Photo de Cyrille Schott

Cyrille Schott

Publié le 04 décembre 2018 à 06:22 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:13

Cyrille Schott

Cyrille Schott

DR

Le Quotidien Numérique

30 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
LireS'abonner

Les plus lus

  • 1

    WhatsApp bouleverse son service : les numéros de téléphone des contacts remplacés par des pseudonymes

  • 2

    Stéphane Bern : « J’aimais ma mère comme on aime son bourreau »

  • 3

    « Nous étions esclaves, à cette époque » : les Afro-américains, grands oubliés des célébrations de l’indépendance des États-Unis

  • 4

    « Une invasion de Taïwan représenterait une prise de risque considérable pour Pékin  »

  • 5

    SpaceX : comment la coqueluche des marchés a perdu 900 milliards de dollars de valorisation en moins d'un mois

  • 6

    Or : pourquoi le premier producteur africain veut augmenter les réserves de sa banque centrale

Régions

  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne-Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur

La Tribune +

  • Espace abonné
  • Kiosque numérique
  • Annonces légales
  • Déposer vos annonces légales

Services

  • Supplément
  • La Tribune now

Evénements

  • ACT50
  • Aéroforum
  • AIM
  • Bordeaux Solar Summit
  • Family & Business Forum
  • Forum Europe Afrique
  • Impacts Santé
  • Les Lauréates
  • Paris Air Forum
  • Sommet Aéronautique & Spatial de Bordeaux
  • Sommet Économique de la Corse
  • Tech For Future
  • World News Media Congress
  • Tous nos événements en régions

Pour gérer vos consentements,

Suivez-nous sur les réseaux sociaux

YouTube
LinkedIn
Facebook
Instagram
X

Application mobile

App Store
Google Play

  • Nous Contacter
  • Charte d'indépendance et de déontologie
  • Mentions Légales
  • CGU
  • CGU Pro
  • Gestion des cookies
  • Exercez vos droits
  • Politique de confidentialité

Droits de reproduction et de diffusion réservés @LaTribune

Partenaire digital de confiance - Certification de qualité
  • La Tribune
  • La Tribune Dimanche
  • La Tribune Afrique
  • Air&Cosmos
  • |
  • Événements
  • L'instant Sélection
Google icon
Ajouter La Tribune à vos sources préféréesAjouter La Tribune à vos sources préférées
POUR UN NOUVEAU SERMENT DE STRASBOURG (2/4). A quelques mois des élections européennes (le scrutin aura lieu le 29 mai 2019), nous publions en quatre volets une conférence de Cyrille Schott donnée en octobre dernier. Son regard lucide et chaleureux sur son expérience de "bâtisseur de l'Europe au quotidien" en tant que préfet d'Alsace est un stimulant rappel des grands enjeux de la construction européenne, alors que maints grincements se font entendre dans la charpente de cette construction attaquée...

J'ai évoqué ma foi dans le destin de mon pays et la conviction qu'il passe par l'Europe et l'amitié entre la France et l'Allemagne. Pourtant, cette amitié ne va pas de soi. Le rapport entre nos deux pays est intense, mais compliqué. Les réactions en Allemagne au lendemain de l'élection de Macron en témoignent. Les hebdomadaires, die Zeit et der Spiegel, publient sa photo en première page, cette élection étant ressentie comme un évènement majeur, signe de l'intensité de nos liens. Il faut toutefois s'arrêter sur les légendes accompagnant ces photos et la mise en scène de celles-ci. Die Zeit représente Macron les yeux clos et la tête surmontée d'une auréole, avec en gros titre « Der Heiland », « le Sauveur », et le texte suivant : « Emmanuel Macron est considéré désormais comme le sauveur de l'Europe... Qu'avons-nous à attendre de lui ? [1]» Der Spiegel entoure son portrait en buste d'un halo bleu-blanc-rouge, avec le titre suivant « Teurer Freund », « Cher ami » au sens de « Coûteux ami », ainsi que le précise le texte d'accompagnement : « Emmanuel Macron sauve l'Europe...et l'Allemagne doit payer [2] », le tout en tricolore. L'on perçoit de l'admiration, du soulagement, de l'ironie et de l'inquiétude : Macron veut faire payer l'Allemagne.

Prenons un autre événement franco-allemand de cette année. Le 22 janvier 2018, le Bundestag et l'Assemblée nationale commémorent le 55e anniversaire du traité de l'Elysée. Le président de l'Assemblée nationale, François de Rugy, s'exprime en allemand devant le Bundestag. La salle est pleine ; la chancelière, Angela Merkel, est là. Le même jour, Wolfgang Schäuble, le président du Bundestag, parle en français, devant l'Assemblée nationale. L'hémicycle est aux trois-quarts vide. Seuls deux ministres se sont déplacés, dont celle des affaires européennes, arrivée en retard. Légèreté française ?

Un rapport entre la France et l'Allemagne intense mais complexe

On le voit, le rapport entre la France et l'Allemagne est étroit, mais complexe. Des analystes se plaisent à souligner les différences, de nature à contrarier leur relation. Sans me ranger à cette vision, je veux évoquer devant vous un certain nombre d'arguments allant dans ce sens.

La France, fière de son siège au conseil de sécurité de l'ONU, de son armée capable d'expéditions, de sa force nucléaire, du rayonnement dû à sa langue et à son histoire de nation des Lumières, de la Révolution et des droits de l'homme, garde le regard tourné vers le vaste monde, avec des zones d'influence privilégiées dans le Sud, spécialement en Afrique. L'Allemagne, fière de la puissance de son économie et de la qualité de ses produits, est réticente devant les interventions militaires, a le regard tourné vers son continent et spécialement l'Europe centrale et orientale, où ses intérêts sont grands, et agit comme l'une des premières puissances exportatrices mondiales. Les Allemands s'irritent aisément des prétentions et du comportement de celle souvent nommée ironiquement « la Grande Nation. » Le prestige de leur pays tient dans la deutsche Qualität, la qualité allemande. Dans les relations commerciales entre les deux pays, le déséquilibre, au détriment de la France, est aussi ancien que le débat qui périodiquement l'accompagne. Il en va de même pour la situation de l'emploi. Du côté français, l'on n'est pas en reste dans la critique, spécialement à l'égard d'une politique économique allemande, jugée à courte vue et tirant les bénéfices du marché unique et de la zone euro sans songer à un retour suffisant vers les autres pays européens, ou dans l'irritation d'être seul à véritablement s'engager dans le combat, celui des armes, contre le djihadisme dans le Sahel.

Le terrain institutionnel illustre nos décalages. En Allemagne, le système est fédéral, les Länder n'étant pas de simples régions, mais des Etats fédérés ; le régime est parlementaire, avec des partis qui discutent âprement d'un contrat de gouvernement, qui devra être respecté, et un Bundestag, qui contrôle sourcilleusement le gouvernement et ses engagements, spécialement militaires, à l'étranger ; la décentralisation est ancrée dans l'organisation du pays et, au lieu d'une capitale hégémonique, les pôles urbains maillent le territoire. En France, la République est unitaire et, quoique décentralisé, l'Etat reste bien présent dans l'administration du territoire ; la gouvernance du pays est dominée, sauf en période de cohabitation, par le Président de la République, qui dispose d'un vaste pouvoir, notamment pour l'engagement rapide d'actions militaires extérieures. Dans la gestion des comptes publics, à la rigueur germanique s'oppose la souplesse française. Dans la gouvernance des entreprises, à la Mitbestimmung, où les représentants du personnel participent à la direction des sociétés de plus de cinq cents salariés, fait face un système français qui peine, malgré des progrès, à sortir de l'affrontement entre un patronat rechignant à tout partage du pouvoir et des syndicats qui ne sont pas tous réformistes.

Newsletter

Ma Tribune

L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Illustration de la newsletter Ma Tribune

Le fonctionnement de la société souligne aussi les contrastes. L'Allemagne préfère la culture du consensus, même s'il n'est pas toujours aisé à atteindre, la France plutôt la culture de la confrontation, objet d'un jugement ambigu des Allemands : critique de l'inclination à la grève et du manque de discipline, jointe à l'admiration devant la capacité du peuple français à ne pas s'incliner devant l'autorité et à défendre les libertés. Les stéréotypes s'expriment dans la culture populaire. L'allemand dit volontiers : „Die Franzosen arbeiten um zu leben, wir leben um zu arbeiten", « Les Français travaillent pour vivre, nous vivons pour travailler », il critique la frivolité française, mais ajoute aussitôt, envieux et un peu admiratif : „ Leben wie Gott in Frankreich", « Vivre comme Dieu en France ! » et il se montre sensible à l'élégance française. Le Français sourit de la « lourdeur germanique », tout en louant « le sérieux et la rigueur germaniques. » Quand le Français aime la grandeur, l'Allemand privilégie la prudence, quand le Français se veut créateur, l'Allemand veille à bien entretenir ce qu'il a bâti. Ajoutons à ces éléments que la France est plus jeune et plus dynamique sur le plan démographique.

...mais un magnifique chemin parcouru ensemble pour l'Europe...

Ce schéma, tracé à gros traits très simplifiés, illustre, sans évoquer le terrible passé conflictuel, nos divergences. Et pourtant, quel magnifique chemin parcouru ensemble depuis la fin de la Guerre ! Sans nous attarder, évoquons en quelques images saisissantes : Konrad Adenauer et Charles De Gaulle assistant ensemble dans la cathédrale de Reims à la messe pour la paix le 8 juillet 1962, puis signant le 22 janvier 1963 le Traité de l'Elysée ; Helmut Schmidt et Valéry Giscard d'Estaing devenant des symboles vivants de l'amitié franco-allemande ; Helmut Kohl et François Mitterrand se donnant la main à Douaumont le 22 septembre 1984 ; le 11 novembre dernier, Emmanuel Macron et Angela Merkel se donnant l'accolade et se serrant la main de la fraternité, victorieuse des démons du passé, dans la clairière de Rethondes.

Le « couple franco-allemand » a largement façonné l'Europe. Robert Schumann, Jean Monnet, Konrad Adenauer appartiennent aux pères fondateurs. Mitterrand et Kohl sont les acteurs clé de la création du marché unique, avec Jacques Delors à la tête de la Commission européenne, puis de la naissance de l'Euro. Quand les deux hommes se rencontraient, ils savaient lancer par leur accord des initiatives suivies par toute l'Union.

...qui est devenu plus étroit...

Puis, les circonstances changent. L'Allemagne se réunifie et de puissance économique mais nain politique, selon une expression du temps de sa division, devient une puissance européenne majeure tout court. Celles et ceux qui accèdent à la tête de nos nations n'ont pas connu la guerre. La capitale allemande migre de Bonn, une ville rhénane, vers Berlin, une ville du Nord. La réconciliation avec les pays d'Europe centrale, comme la Pologne, est jugée par les Allemands aussi importante que celle réussie avec la France. Le Royaume Uni, dont la pensée néo-libérale n'a cessé d'influencer l'Union, apparaît un allié possible à l'Allemagne dans maints débats européens. Bref, France et Allemagne doucement s'éloignent de leur relation si étroite.

Puis surviennent les crises : crise financière de 2008, crise grecque, crise de l'Euro, crise des migrants, Brexit. Même si elles se rapprochent dans la nécessité d'éviter la catastrophe, les attitudes française et allemande n'y sont pas d'instinct similaires : disposition française à soutenir les banques dès le déclenchement de la crise financière, prudence allemande initiale ; inclination française à aider la Grèce dès le début, réticence allemande au commencement ; ouverture de l'Allemagne à l'accueil des migrants en un premier temps, réserve française quant à un accueil trop généreux... La gestion des crises, si elle entraine des mesures pour consolider le système bancaire et l'euro, n'autorise cependant pas le déploiement d'une ambition européenne nouvelle, les populismes influençant, par ailleurs, les peuples dans le sens du rejet de toute nouvelle intégration.

...avant la nouvelle donne...

La donne change encore, d'une part, avec le Brexit, qui oblige les 27, et particulièrement la France et l'Allemagne, à resserrer les rangs pour définir une attitude commune face au Royaume Uni, d'autre part, avec le nouvel interventionnisme russe, le terrorisme islamiste, l' « America first » de Donald Trump, qui conduisent à avancer dans la direction d'une « Europe qui protège », enfin, avec les élections du printemps 2017, qui voient en France et aux Pays-Bas les populismes échouer dans leur tentative de parvenir au pouvoir.

Les élections françaises donnent en mai 2017 au pays un président jeune, ayant conduit campagne en fervent partisan de l'Europe. En revanche, les élections au Bundestag de septembre 2017 ouvrent une période d'incertitude politique, avec un recul sensible de la CDU/CSU et de la SPD, l'entrée au Parlement, en troisième position, du parti populiste et anti européen, Alternative für Deutschland (AfD), et le retour du parti libéral, la FDP. La tentative de constituer une coalition Jamaika entre CDU/CSU, FDP, devenue eurosceptique, et Verts échoue en novembre, de sorte que s'ouvrent des discussions pour une nouvelle Grande coalition. Elles aboutissent en février à un contrat de coalition, puis en mars 2018, six mois après les élections, au cabinet Merkel IV, composé de six ministres CDU, trois CSU, dont le ministre de l'intérieur, des travaux publics et de la patrie (Bundesminister des Innern, für Bau und Heimat), Horst Seehofer, et six SPD, dont le vice chancelier et ministre des finances, Olaf Scholz, et le ministre des affaires étrangères, Heiko Maas.

...qui a laissé espérer de nouvelles avancées, sans remettre en cause les éléments fondamentaux de la politique allemande.

Le discours de la Sorbonne de Macron sur l'Europe, en septembre 2017, jouit d'un retentissement considérable en Allemagne. Quoiqu'elles représentent moins d'une page sur les 19 du discours et ne figurent qu'en dernière position des six « clés » d'une « Europe souveraine, unie, démocratique », ses propositions sur l'Euro, qu'il a eu la prudence de ne pas détailler, retiennent particulièrement l'attention. La réaction est, à la fois, celle d'une nécessaire prise en considération de l'initiative française et d'une réserve quant à ses propositions.

La longueur des négociations pour constituer le gouvernement ajourne la clarification de la position allemande. La reconstitution d'une grande coalition ouvre toutefois des perspectives favorables. Ainsi, le contrat de coalition porte comme titre premier, « Ein neuer Aufbruch für Europa », « Un nouveau départ pour l'Europe », et consacre son premier chapitre à ce sujet, en se référant expressément au partenariat avec la France pour la zone euro. En matière de défense, le Koalitionsvertrag affirme la volonté de développer la coopération européenne.

Pour autant, une lecture précise de ce contrat montre les limites de cet « enthousiasme » pour la vision française. L'attachement de l'Allemagne au pacte de stabilité et de croissance, qui oblige les Etats de la zone euro à la rigueur budgétaire, y est souligné, de même que, pour ses propres finances, la volonté d'un budget équilibré et d'une réduction de sa dette en deçà de 60% de son PIB. L'ordre budgétaire constitue la ligne directrice. En matière de défense, derrière la pétition de principe, « Nous voulons rester transatlantiques et devenir plus européens1», derrière l'accent mis sur la coopération avec la France, il est surtout posé que l'OTAN reste, en définitive, fondamentale. Tant pour la monnaie que pour la défense, la CDU/CSU et la SPD proclament, dans leur contrat, la volonté de coopérer étroitement avec la France, mais sans rejoindre nombre des propositions précises faites par celle-ci et en restant fidèles aux fondamentaux de la politique allemande.

La grande coalition au pouvoir, où en est l'espoir ?

Désormais, la grande coalition est au pouvoir. Où en sommes-nous ? Le contexte européen a encore changé. Après les divines surprises des scrutins français et néerlandais du printemps 2017, les ombres du populisme antieuropéen se sont à nouveau levées : élections de janvier 2018 en République tchèque reconduisant, de justesse il est vrai, le président Zeman ; élections législatives d'octobre 2017 en Autriche, qui débouchent en janvier 2018 sur la formation du gouvernement Kurz, associant les conservateurs et l'extrême droite anti-européenne ; élections législatives hongroises d'avril 2018  redonnant la victoire au nationaliste Victor Orban; élections législatives italiennes de mars 2018 se soldant par une coalition populiste entre le mouvement 5 étoiles et la Ligue, qui s'est toujours proclamée antieuropéenne. La question migratoire est devenue centrale, ne cessant de provoquer des poussées de repli identitaire au bénéfice de partis populistes défiants envers l'Europe, accusée de brader des frontières jugées protectrices et de ne pas savoir traiter cette crise.

En Allemagne, le parti AfD est entré avec 98 députés au Bundestag et y est devenu une force d'opposition bousculant la tonalité des débats. Le lien, qui remonte au début de la République fédérale, entre la CDU et la CSU, son partenaire bavarois, a été interpelé, particulièrement en raison des débats relatifs à la question migratoire, la CSU et Horst Seehofer, le ministre de l'Intérieur fédéral qui en est membre, ayant adopté des positions les rapprochant des partis populistes. La grande coalition connaît régulièrement des moments de tension, liés spécialement à cette évolution et aux piètres résultats électoraux de ses composantes. La grande coalition et surtout sa dirigeante, la chancelière Angela Merkel, apparaissent très fragilisées.

Des voix s'élèvent, notamment au sein de la CDU/CSU, contre les projets français pour la zone Euro. Olaf Scholz, le ministre social-démocrate des finances, inscrit ses pas dans la politique de rigueur budgétaire conduite par son prédécesseur chrétien-démocrate, Wolfgang Schäuble. Les idées d'un ministre des finances et d'un Parlement spécifique à la zone Euro sont écartées et la création de lignes budgétaires qui lui seraient réservées suscite la réticence. L'achèvement de l'union bancaire, avec la garantie européenne des dépôts bancaires, bute sur la crainte de devoir payer pour des banques du Sud, cette crainte ne pouvant qu'être stimulée par l'évolution de l'Italie. S'agissant de la défense, l'Allemagne reste sur la ligne de la retenue stratégique, comme l'a montré sa non-participation en avril dernier aux frappes militaires contre des installations chimiques en Syrie, menées par les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni, alors même que le gouvernement fédéral jugeait ces frappes totalement justifiées.

Dans ce domaine de la défense, le partenaire traditionnel de la France, capable comme elle d'intervenir rapidement sur les théâtres du monde, est le Royaume-Uni, la relation avec l'Allemagne, malgré des initiatives comme la création de la brigade franco-allemande, ne se traduisant pas dans le champ opérationnel. Entre les cultures stratégiques des deux pays existe un fossé. Tant au sein de sa classe politique que de sa population, la République fédérale a développé une « culture de retenue. »1 Une évolution a certes eu lieu, à travers l'intervention en Afghanistan et dans la lutte contre Daech au Moyen Orient. Toutefois, si des troupes allemandes sont déployées de façon significative au Mali, elles ne participent pas, contrairement aux françaises, à la lutte armée contre les djihadistes.

Enfin, dans certains milieux allemands, de l'agacement se cristallise face à l'idée que « le centre de gravité européen se déplace vers la France », pour reprendre l'expression du directeur du renseignement national américain, lors d'une audition en février au Congrès.

« Qu'il était bleu le ciel et grand l'espoir/L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir », faut-il appliquer ces vers de Verlaine au « Colloque sentimental », pour reprendre le nom de son poème, du couple franco-allemand ? Ou encore faut-il évoquer « l'impossible tango » entre Paris et Berlin, comme l'a fait le 4 octobre dernier la chroniqueuse du Monde ? C'est aller vite en besogne. Nous reviendrons sur cette question.

___

NOTES

2 „Emmanuel Macron gilt nun als Retter Europa. Doch in Frankreich ist er von vielen Menschen verhasst, nicht nur unter den Rechten. Was haben wir von ihm zu erwarten?"

3 „Emmanuel Macron rettet Europa...und Deutschland soll zahlen"

4. „Wir wollen transatlantisch bleiben und europäischer werden", p. 144 du Koalitionsvertrag.

À lire également

  • Europe : après l'ère des prophètes et des croyants, voici le temps des boutiquiers ("My Money Back")
  • Plus de 1.000 ans après, un nouveau serment de Strasbourg, pour réincarner le rêve de l'Europe
  • L'Europe est malade et elle a besoin du moteur franco-allemand

5. L'expression et l'analyse sont reprises de l'article « Europe et défense : indispensable et fragile couple franco-allemand » de Thierry Tardy, analyste senior au sein de l'Institut d'études de sécurité de l'union européenne, publié dans la lettre de la Fondation Robert Schuman du 11 décembre 2017.

(*) Ce texte est issu d'une conférence prononcée le 18 octobre 2018 au FEC (Foyer de l'étudiant catholique) à Strasbourg.

Cyrille Schott

Sur le même sujet

Farid Fatah

OPINION. « Le cinéma français sous perfusion judiciaire : quand le droit devient le dernier rempart d’une industrie en crise »

En moins de sept ans, trois entreprises importantes de la distribution cinématographique française ont frappé à la porte du Tribunal des Activités Économiques de Paris. Mars Films en 2019, BAC Films en 2025, Wild Bunch en 2026. Trois affaires distinctes, trois trajectoires différentes, un même signal de crise.

Idées & Débats
Lars Meyer-Waarden

OPINION. « Vacances durables : l’IA pour aider les touristes à passer des intentions aux actes »

De plus en plus de touristes sont intéressés par des vacances durables. Moins polluer, éviter le surtourisme, privilégier le train, soutenir les territoires, vivre des expériences plus authentiques : sur le papier, le tourisme durable séduit massivement.

Idées & Débats
Friedrich Merz

OPINION. « La dette cachée de l'Allemagne » (Michel Santi)

Le 23 juin 2026, Friedrich Merz déclarait devant les industriels que l’Allemagne perdait chaque jour entre 300 et 500 emplois. Quelques jours plus tard, Volkswagen envisageait de nouvelles dizaines de milliers de suppressions de postes.

Idées & Débats
Gérard Vespierre

OPINION. « Le G7 : cinquante ans d’adaptation aux réalités géopolitiques »

Cette dénomination adoptée un an après la naissance de ce sommet, et l’entrée du Canada, a donc été maintenue depuis 50 ans. Mais, il ne faut nullement y voir de l’immobilisme. Comme tout organisme vivant, son format dans la réalité a connu des phases, et donc une constante évolution, intégrant les dynamiques géopolitiques du monde.

Idées & Débats
Pierre-Antoine Roy

OPINION. « L’aidance en entreprise : un défi économique que nous ne pouvons plus ignorer »

À chaque épisode de canicule, des millions de Français s'inquiètent pour un parent âgé, un conjoint fragilisé ou un proche dépendant. Derrière ces appels, ces visites improvisées et cette vigilance permanente se cache une réalité qui dépasse largement le cadre familial : celle des aidants.

Idées & Débats
Karen White

OPINION. « L'euro numérique, la prochaine révolution de la paie »

Le 23 juin dernier, la commission des affaires économiques du Parlement européen adoptait sa position sur l'euro numérique. La BCE prévoit de lancer un projet pilote au cours du second semestre 2027, et si les résultats sont concluants, un déploiement à grande échelle pourrait intervenir dès 2029.

Idées & Débats
Christian Leon

OPINION. « Après la couverture, la capacité : l’angle mort de la révolution de l'IA »

Courant juin est parue l’édition 2026 de l’Ericsson Mobility Report, référence mondiale en matière d’analyse des usages et du trafic mobile. Un constat s’y impose : dans 43 réseaux mobiles sur 55 étudiés dans le monde, le trafic montant vers le réseau (données émises) progresse désormais plus vite que le trafic descendant vers le réseau (données reçues).

Idées & Débats
Général Lavigne, Jérôme Rein et Romane Roch

OPINION. « Lutte anti-drones : les nécessaires alliances entre industriels européens »

Un drone offensif coûte environ 50 000 euros. Le neutraliser en coûte vingt fois plus. Face à cette équation, la réponse de l’Europe doit être commune, rapide et pragmatique.

Idées & Débats