Danièle Thompson : « Il existe des dictateurs sur les tournages »
Propos recueillis par Pauline Delassus et Charlotte Langrand
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Danièle Thompson, réalisatrice
© Laurent Vu/SIPA
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Danièle Thompson, réalisatrice
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LA TRIBUNE DIMANCHE - Quel regard portez-vous sur le bouleversement que connaît le cinéma français ?
DANIÈLE THOMPSON - Il est absolument indispensable que les personnes qui ont été violées, agressées, abusées, menacées puissent parler et soient entendues. Ce qui me gêne, c'est qu'on ne parle que du monde du cinéma. Cette prise de conscience doit s'étendre à toutes les professions.
Est-ce que certaines situations de tournage peuvent aggraver ce genre de comportements ?
Pour être certain d'avoir tous les angles, toutes les possibilités d'une scène au montage, le réalisateur peut être tenté d'aller toujours plus loin. Quand c'est mon père, Gérard Oury, qui réclame quarante prises à Louis de Funès, cela ne fait de mal à personne ! Mais quand il s'agit de scènes où l'on demande aux acteurs un abandon de leur pudeur, cela peut devenir un problème, surtout si ça concerne des jeunes femmes, sans parler des mineurs. Sur un tournage, le réalisateur est le maître absolu... Quand il continue d'exercer son pouvoir à l'extérieur, qu'il se sert de sa réputation et de son talent pour dominer, c'est dramatique. C'est intéressant de mettre en place des systèmes de protection, comme ce nouveau métier qu'est le coordinateur d'intimité. Mais j'aimerais rappeler que, quand il est respectueux, le rapport réalisateur-acteur est magnifique.
Ces dérives sont-elles propres à la génération active dans les années 1970 et 1980, plus permissive ?
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Je crois que les hommes en général, depuis des siècles, se permettent des choses qui heureusement commencent à ne plus être tolérées. Il faut se rappeler qu'après Mai 68 tout a explosé : on se fichait de ce qui était légal ou non dans la sexualité. Le sexisme était présent dans tous les genres de cinéma, même « bon enfant » : quand vous revoyez les merveilleux films d'Yves Robert, avec un Victor Lanoux qui entre dans les douches des filles pour regarder entre leurs jambes... Ce qui faisait rire à l'époque est désormais insupportable. Tous les hommes de ce temps-là ne se comportent pas mal, mais ils ont été éduqués dans une atmosphère de domination, il y a donc un problème de génération évident. Même si l'actuelle n'est pas débarrassée de cette tendance.
Propos recueillis par Pauline Delassus et Charlotte Langrand