Il n'y a pas de pénurie de sable en France, juste un accès à la ressource compliqué

OPINION. Les Français tiennent à leurs industries stratégiques. Parmi elles, les minéraux industriels dont ils ignorent tout, notamment la difficulté d'accès à la ressource au point de soupçonner l'existence d'une pénurie. Voici quelques pistes pour y remédier. (*) Par Franck Evanno président de la filière Minéraux Industriels France et directeur de l'entreprise Fulchiron.

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(Crédits : Reuters)

Alors que viennent d'avoir lieu les journées nationales de la géologie, il parait plus que jamais essentiel d'informer les Français sur un patrimoine national unique qui suscite des jalousies dans les pays voisins, et dont ils ignorent absolument tout : les minéraux industriels. L'andalousite, les argiles kaoliniques, le carbonate de calcium, la diatomite, les feldspaths, les micas et muscovites, la silice (sable, galets, blocs), le kaolin, le métakaolin, la chamotte, le talc, la dolomie et la phonolite... Tous ces minéraux font la richesse de notre sol et sont appréciés des industriels pour leurs propriétés physiques et chimiques qui permettent de nombreuses applications, dont certaines sont indispensables pour notre quotidien. Des questions légitimes se posent sur la gestion de ces ressources : il est plus que jamais nécessaire d'y répondre afin de ne pas laisser de place aux discours alarmistes, comme, par exemple, cette rumeur sur le risque d'une pénurie de sable. Qu'en est-il exactement ?

Le marché du sable siliceux en France

Peu le savent, mais il est important de rappeler que le sable peut être naturel ou fabriqué. On s'intéressera ici à la première catégorie et parmi la dizaine de milliers de types, plus particulièrement, aux sables siliceux - sables qui contiennent plus de 97% de silice - ce qui leur confère des qualités appréciées par les filières industrielles. Le marché français représente une production annuelle de plus de 6,5 millions de tonnes. Notre pays se classe sur la troisième marche du podium des producteurs européens, une production qui reste toutefois relativement modérée au regard des gisements potentiels. En effet, les 50 carrières d'où sont extraits ces minéraux n'occupent que 0,002% de la superficie de notre territoire... Autant dire rien du tout si on compare à la superficie des aires protégées qui, selon la volonté politique, devra atteindre 30% de l'aire de notre pays pour 2030. Cet ordre de grandeur fait prendre conscience des préoccupations des pouvoirs publics, mais a-t-on bien saisi les enjeux ?

Un minéral stratégique

Comme nous le rappelions récemment, si on veut ré-industrialiser la France et faire revenir les entreprises essentielles, comme le souhaite avec justesse France Relance, il faut raisonner en logique de filières. L'exemple du sable est éloquent : avec la pandémie, les Français ont pris conscience de l'importance de produire certains biens indispensables sur le territoire national. C'est le cas notamment avec les médicaments et aujourd'hui les vaccins. Si la plupart des politiques se sont précipités sur le sujet pour dénoncer le vide laissé par l'industrie pharmaceutique, aucun n'a pensé à pointer la nécessaire complémentarité des chaines industrielles. Autrement dit, si on veut faire revenir la big-pharma en France, il faut disposer de fournisseurs de verres qui les approvisionnent en flacons et ces derniers ont besoin de... sable. Si cette ressource est difficilement accessible, alors cela complexifie la tâche des industriels qui préféreront continuer de produire là où elle est plus facile d'accès. C'est, sans mauvais jeu de mots, le grain de sable dans la machine. Quel gâchis, car pour donner un ordre d'idée, il suffit d'une journée de production française de sable dans nos industries pour produire les 70 millions de flacons nécessaires à la vaccination de tous les Français ! Une paille.

Faciliter l'accès à la ressource

Cet exemple nous fait réaliser à quel point il faut faciliter l'accès aux minéraux industriels. Aujourd'hui, en effet, il est extrêmement compliqué d'ouvrir une nouvelle carrière. L'industriel qui identifie un gisement passe par un véritable chemin de croix pour arriver à obtenir une autorisation. Il doit monter un dossier qui pèse plusieurs gigas en tenant compte des différentes législations (code du travail, code rural, code forestier, code de l'environnement, code de l'urbanisme...).

Avant de pouvoir ouvrir le site, il peut se passer une dizaine d'années, le temps nécessaire pour accomplir une quantité d'obligations : recherche géologique, sondages, maitrise foncière, diagnostics écologiques, de la concertation, des compensations financières forestières agricoles ou écologiques parfois démesurées. Sur ce chemin tortueux, on peut rencontrer de nombreuses embuches : insuccès des négociations foncières, incompatibilité du projet avec les documents d'urbanisme, compensations de tout type outrancière et sans oublier l'impérative gestion de notre précieuse biodiversité, même si, rappelons-le, elle n'est pas menacée par les carrières. Et si jamais on tombe sur un site archéologique à fouiller alors on peut faire une croix sur le projet.

La France n'est pas une exception, il existe d'autres pays où les industriels sont confrontés à une réglementation lourde et parfois ubuesque, mais notre pays est sans doute celui qui impose les normes plus strictes en la matière. On ne s'étonnera pas alors que nos voisins belges ou italiens, chez qui certaines démarches ont été simplifiées, nous prennent des parts de marché. Ne parlons pas de la Chine et de la Russie, pays où les démarches environnementales sont quasiment inexistantes quand il s'agit d'exploiter des ressources, si nous le rappelons ce n'est pas pour souhaiter ce genre de pratiques ici, mais pour dire que nous ne luttons pas à armes égales.

Les industriels finissent par baisser les bras

Oui, des règles strictes sont plus que jamais nécessaires pour garantir une saine gestion des ressources. Mais à force de rajouter des couches et de rendre la tâche difficile aux industriels, ceux-ci finissent par baisser les bras. Le résultat étant que nous devons importer ce que nous ne produisons plus chez nous. Rien ne nous dit que cela soit mieux pour la Planète, bien au contraire. Si on fait la balance entre le bilan carbone d'une cargaison de sable importée d'Asie et l'extraction de cette matière première dans notre sol où une quantité de réserves subsistent, alors le bon sens nous indique vite de quel côté il faut pencher, d'autant plus quand on sait que 3.000 femmes et hommes vivent directement des minéraux industriels et plus d'un million indirectement.

Ce panorama sur la filière sable montre les complexités auxquelles font face nos industriels, mais la silice est loin d'être la seule concernée ! Cette situation vaut pour tous les minéraux industriels, qu'il s'agisse des carbonates de calcium, de kaolin ou de tous les autres. Et quand on prend un peu de temps pour se pencher sur le sujet, on comprend que la question est sérieuse et qu'elle mérite mieux que quelques slogans alarmistes et simplificateurs pour être traitée.

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Commentaires 3
à écrit le 02/06/2021 à 9:18
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Qu'est-ce qu'on pollue pour les médicaments et les vaccins c'est incroyable, l'agro-industrie produisant également énormément pour ce secteur là, plus ça va et plus on prend la mesure de l'ampleur du lobby pharmaceutique. Pour moi c'est pas ça l'indu...

à écrit le 02/06/2021 à 7:59
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tout cela a cause d'une minorite qui interdit le dragage des fleuves et rivières et on prefere faire des grand trous a cote voir la loire et la seine une stupidité ecolos de plus

le 02/06/2021 à 10:09
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@ludwig La stupidité, c'est de draguer et de faire des trous. Si on laisse tout faire n'importe où et n'importe comment, c'est la mort (déjà bien avancée) des cours d'eau et la défiguration des paysages. Ajoutez au tableau des champs d'éoliennes e...

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