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OpinionsTribunes

L’économie iranienne ne se redressera pas malgré la victoire de Biden

Hamid Enayat (*)

Publié le 20 novembre 2020 à 15:44 - Mis à jour le 20 novembre 2020 à 16:17

Un journal avec à sa Une le président élu Joe Biden est vu dans un kiosque à journaux à Téhéran, en Iran

Un journal avec à sa Une le président élu Joe Biden est vu dans un kiosque à journaux à Téhéran, en Iran.

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OPINION. Avec l'arrivée de Joe Biden au pouvoir, certains espèrent en Iran qu'un retour au JCPOA (accord nucléaire) pourrait changer la situation économique du pays. Or, l'effondrement de l'économie iranienne n'est pas dû aux sanctions, mais à la corruption institutionnalisée et à la domination des gardiens de la révolution sur cette économie. (*) Par Hamid Enayat, analyste et écrivain iranien basé à Paris.

Au lendemain des élections américaines, ils ont été nombreux en Iran à espérer que l'arrivée de Biden au pouvoir et un retour au JCPOA (accord nucléaire) pourraient changer la situation économique épouvantable que traverse le pays. Au cours des quatre dernières années, les États-Unis ont imposé la politique de pressions maximales avec de lourdes sanctions contre Téhéran, alors que les ventes de pétrole iranien ont atteint leur plus bas niveau depuis des décennies. La liste des sanctions inclue les banques, les compagnies d'assurance, les sociétés pétrolières, gazières et pétrochimiques, ainsi que les compagnies maritimes et plusieurs pontes du régime.

Les promesses électorales de Biden de revenir au JCPOA ont fait naître l'idée qu'il pourrait résoudre les problèmes du pays au motif que ces derniers seraient liés principalement aux sanctions américaines. Or, selon les observateurs, la situation n'est pas prête de s'améliorer de si tôt et les causes de la crise iranienne sont bien plus profondes.

Une débâcle économique antérieure aux sanctions

Dans son dernier papier sur l'économie iranienne, le magazine The Economist affirmait que le pays connaît une baisse de croissance de 12% et cette tendance négative risque de continuer au moins encore pendant trois ans pour atteindre environ 20%. Si l'on combine cela à la croissance démographique, l'économie iranienne connaîtra une baisse de 25% du revenu par habitant en trois ans.

Ces chiffres élevés ont des conséquences complexes et difficiles pour la vie des Iraniens. La débâcle économique iranienne a commencé avant même la mise en œuvre des sanctions américaines intervenues au lendemain de l'installation de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2017.

En effet, la croissance économique moyenne du pays de 2011 à 2019 a été proche de 0% et l'inflation en Iran, après le Venezuela, le Zimbabwe et l'Argentine, se situe au quatrième rang mondial, précise le magazine britannique. En même temps, l'Iran connaît l'une des pires tendances en matière de distribution des revenus. Les inégalités économiques sont alarmantes.

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Grave crise de confiance

Soulignant que le principal problème de l'économie iranienne ne sont ni les États-Unis ni les sanctions, le professeur d'économie iranien Hossein Raghfar, proche du régime, a déclaré dans un récent entretien au quotidien Resalat, proche des conservateurs :

« Le principal problème de l'économie est celui des mensonges et de la démagogie visant à détourner l'attention publique des réalités amères que le gouvernement a apportées pour la population. Les États-Unis ont toujours été cités comme la principale cause des problèmes, alors que ces problèmes sont dus au fonctionnement du gouvernement. Cela n'a rien à voir avec les sanctions, c'est plutôt la gestion intérieure de l'économie qui a engendré ces problèmes ».

La population iranienne ne croit guère au discours officiel, les mensonges répétés des autorités ont engendré une grave crise de confiance.

Système rongé par la corruption

Concernant l'impact des élections américaines sur l'état de l'économie iranienne, Raghfar a estimé que « la victoire de Biden ou de Trump n'a rien à voir avec l'état de l'économie du pays, car la politique étrangère américaine à l'égard du Moyen-Orient, en particulier l'Iran, est basée sur les intérêts américains dans la région. Il n'y aura pas de changement significatif pour l'Iran, car c'est le gouvernement qui est à l'origine des maux économiques et de l'inflation dans le pays. »

En général, les sanctions ne sont efficaces que lorsque les capacités de production nationale sont détruites. En effet, notre capacité de production s'est détériorée et le pays est devenu dépendant des importations. Le volume des importations est passé de 16 milliards de dollars en 2005 à 90 milliards de dollars en 2011. Cette tendance a continué et les sources de production sont perdues chaque jour. Cela a rendu le pays plus dépendant des chaînes d'approvisionnement étrangères. Les gains en devises provenant de ces importations sont principalement allés dans les coffres des gardiens de la révolution, l'armée parallèle du régime, qui contrôlent plus de la moitié de l'économie iranienne et de ses importations ainsi que tous les piliers du pays. Cependant, les gardiens de la révolution ne sont pas disposés à renoncer à ces énormes profits.

En 2018 et 2019, selon la banque centrale iranienne, le pays a obtenu 180 milliards de dollars pour ses exportations, mais la façon dont cette manne a été utilisée reste opaque. On estime qu'avec cette somme il aurait été possible de fournir les produits essentiels à la population pour trois ans, jusqu'à 35 milliards de dollars chaque année.

Ces revenus étranges sont entrés dans les coffres d'institutions privées qui se gardent bien de ne pas perdre ces ressources financières substantielles. Cette année, environ 143 milliard dollars sont allés renflouer les caisses des dirigeants qui contrôlent la sidérurgie, le pétrochimie et les mines. Malheureusement, les réseaux mafieux de l'économie poursuivent des intérêts spécifiques et ne permettent aucun changement dans un système rongé par la corruption et l'influence des gardiens de la révolution à la solde du Guide suprême.

Les Iraniens veulent prendre leur destin en main

Après l'entrée en vigueur du JCPOA en 2015, l'accord a permis de débloquer plus de 150 milliards de dollars d'argent iranien bloqué. Le régime a vendu au moins deux millions de barils de pétrole par jour jusqu'à ce que les États-Unis se retirent de l'accord et que les sanctions prennent effet. Les questions concernant l'utilisation de ces fonds continuent d'affluer alors que le régime prétend manquer de ressources pour faire face aux problèmes critiques de l'Iran, notamment la grave crise du coronavirus. Celle-ci a causé la morts de plus de 160.200 Iraniens selon l'opposition, et 42.941 selon Téhéran qui a cherché dès le début de la pandémie à minimiser la crise et maquiller les chiffres.

La population a dénoncé surtout les politiques belligérantes et expansionnistes du régime qui utilise les ressources du pays pour financer à cher prix les divers groupes extrémistes au Moyen-Orient (Liban, Syrie, Yémen, Irak, Afghanistan...). Les manifestants lors des soulèvement de 2017 et 2019 ont scandé « lâchez la Syrie, occupez-vous de nous », un pays où les pasdaran sont intervenus directement en Syrie en y dépensant des dizaines de milliards de dollars.

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Alors qu'on commémore la mémoire des 1.500 tués des manifestations de novembre dernier, l'opinion iranienne a perdu tout espoir de réforme qui viendrait de l'intérieur du régime. Reste un changement qui viendrait par les Iraniens eux-mêmes qui sont de plus en plus nombreux à s'organiser autour des unités de résistance qui appellent au renversement du régime. Alors que la situation se détériore rapidement dans le pays, les Iraniens veulent prendre leur destin en main.

Hamid Enayat (*)

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