L'Europe surmontera-t-elle la crise des migrants ?

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La fermeture des frontières en Europe serait une catastrophe pour l'économie. Prétendre que la solution viendra du Moyen-Orient est illusoire. L'Europe doit réagir. Par Stéphanie Lhomme, Directrice régionale Europe & Afrique et Directrice Générale France - Control Risks

L'actualité européenne au 1er semestre de 2015 a été largement dominée par la crise de la zone euro et en particulier son impact sur la Grèce. Avec la stabilité plus ou moins revenue sur la situation grecque, la panique s'est dissipée et la crise de l'euro a disparu du paysage médiatique ; les théories de la fin proche de l'Union Européenne n'intéressaient plus guère. Mais depuis une autre crise européenne s'est développée, existentielle celle-ci et porteuse d'un risque inédit sur l'environnement politique et économique dans l'UE en 2016 et pour les années à venir, la crise des migrants.

Les contrôles aux frontières, une menace pour l'économie

Si les flux de migrants ne cessent pas et si les États européens ne peuvent s'accorder rapidement sur un système aux frontières efficace, la pression sur Schengen sera insupportable et probablement fatale. Certains états en sortiront et réintroduiront le contrôle à leurs frontières de manière unilatérale et incitant les États voisins à faire de même. Or, pour les entreprises et le peuple européens, c'est aujourd'hui une plus grande menace pour le fonctionnement de l'économie que la sortie éventuelle d'un ou même plusieurs pays de la zone euro. Les entreprises dépendent fortement de leurs chaînes d'approvisionnement, les biens se déplaçant rapidement et avec fluidité à travers les frontières nationales, sans arrêt ni droits de douane. Une remise en cause de cette libre circulation pénaliserait l'économie globalement et rapidement.

 Qui protégera Schengen?

En outre, les européens ont pris l'habitude de passer les frontières, désormais quasi invisibles, au quotidien. 10% de la population de la zone Schengen habite à moins d'une heure d'une frontière nationale et la traverse librement, inconsciemment pour se rendre au travail, se détendre, faire les boutiques, c'est désormais un style de vie. Rétablir des contrôles aux frontières aurait en fait des conséquences plus importantes que le rétablissement de monnaies locales, en particulier à l'ère des paiements électroniques. Le paradoxe est que Schengen est désormais pris pour acquis, mais que peu de personnalités influentes sont prêtes à s'exprimer et clamer qu'elles feront tout ce qui est nécessaire pour le protéger, comme le chef de la BCE Mario Draghi l'a fait avec l'euro.

Il est peu probable que la problématique Schengen soit une cause que les peuples européens vont prendre à cœur. Mais il sera pourtant essentiel pour eux de le faire. Angela Merkel vient encore de parler de « solidarité » européenne. Aspiration ou réalité ? Présente ou passée ?

 Trouver une issue à la crise

Si l'on peut espérer que les flux de migrants ralentiront avec l'hiver, un arrêt complet est peu probable, et en tout cas ne serait qu'un répit temporaire. Répit qui permettrait peut-être aux gouvernements européens et à l'UE de trouver une issue efficace et appropriée à cette grave crise ; prétendre que la solution viendra du Moyen-Orient est illusoire. Cette crise est partout et nulle part en même temps - omniprésente dans notre presse quotidienne mais réelle sur des terrains et frontières lointains. Ce n'est pas un hasard si nous en avons mesuré l'importance et les potentielles conséquences quand elle s'est rapprochée de nos gares, de notre tunnel sous la manche, de nos ports ou de nos grandes villes en particulier en saison de vacances. Beaucoup cependant en sous-estiment l'ampleur et la complexité, par peur sans doute; la réduisant à un sujet de sécurité aux frontières, de règles de droit, de conflit lointain ou de crise humanitaire.

Un soutien faible de l'opinion allemande

C'est en fait tous ces sujets à la fois, interconnectés et interdépendants : la décision de l'Allemagne de donner l'asile aux réfugiés syriens a déplacé le débat sur le terrain de la moralité. Au lendemain du congrès de la CDU, c'est un million de réfugiés que le pays a accueilli. Cependant le soutien de l'opinion publique reste faible en Allemagne et plus faible encore dans les pays d'Europe centrale, passages obligatoires des migrants. Les contrôles et restrictions aux frontières sont progressivement réapparus avec la suspension provisoire des accords de Schengen. Cette hésitation et les désaccords n'ont fait que s'accentuer depuis les attentats de Paris en novembre 2015 et la révélation que certains des assaillants sont entrés en Europe via la Grèce, comme de simples migrants et avaient circulaient souvent et librement entre la France et la Belgique.

La crise des migrants menace l'UE à bien d'autres égards. L'incapacité de l'Union Européenne à s'accorder sur une solution acceptable par tous et efficace va remettre en cause sa crédibilité en tant qu'institution. Ce sera d'autant plus vrai dans les pays qui ont déjà accumulé des griefs envers l'Europe : dans ceux qui la tiennent responsable des politiques d'austérité et de leurs conséquences sur les peuples, comme la Grèce, ou le Royaume Uni où un referendum sur le sujet de la sortie de l'UE ne cesse d'être repoussé.

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a écrit le 02/03/2016 à 12:42 :
La catastrophe des migrants est du principalement à ces commissaires Européens qui pensent que pour que l'Europe aille bien il faut ouvrir les vannes et laisser le flot de réfugiés entrer illégalement en Europe et se laisser entretenir alors que cette Europe ne peu rien leur offrir avec ses millions de Chômeurs qui ont recourt aux aides sociales pendant des années . La commission Européenne est incapable de gérer cette situation , l'Allemagne le pays le plus prospère aura vite compris que cette solution est très dangereuse et risque de détruire même l'Allemagne qui est le pays le plus dynamique d'Europe.
a écrit le 16/01/2016 à 14:01 :
Ils ne craignent pas la mort , nous oui et de plus nous sommes devenus lâches au point que nous n'osons même plus nous défendre dans la rue ou dans les transports , eux n'éprouvent aucune peur et n'hésitent pas à utiliser la violence . ils sentent notre lâcheté et en profitent . nous ne pouvons donc que perdre . C'est foutu !
a écrit le 16/01/2016 à 13:54 :
La réponse à cette question est clairement non . Ne serait-ce que par la plus grande superficie de l'Afrique et du Moyen-Orient par rapport à l'Europe. D'autre part ces gens sont habitués à des conditions de vie très dures et ne craignent pas la mort pour atteindre leurs objectifs . La violence fait partie de leur quotidien. Nous , nous avons été habitué à beaucoup plus de confort et de protection , ce qui fait que nous sommes devenus faibles , veules et lâches et ils le savent bien en voyant nos non-réactions . Et c'est dans la nature humaine : si mon adversaire ne se défend pas et ne dit rien , pourquoi n'exigerais-je pas toujours plus?
A terme , toute le population d ' Afrique et du Moyen-Orient sera en Europe à ce rythme là . La maigre consolation est que quand ils seront tous là, nous pourrons émigrer en Afrique puisqu'il n'y aura plus personne !
a écrit le 13/01/2016 à 21:16 :
L'accueil des migrants venus du Moyen-Orient signe le début de la fin du 2ème saint empire germanique.
Réponse de le 02/03/2016 à 12:51 :
L’accueil des migrants signe l'incapacité de Bruxelles à résoudre la plus grave crise Européenne , personne ne s'y retrouvera et l'Europe est en train de devenir une communauté qui subie la violation de son territoire grâce à cette immense idiotie qui se nomme Schengen qui est en passe de devenir un désastre humanitaire mais plus sérieux, c'est la civilisation de cette Europe est maintenant grâce surtout à la France le plus grand pays Islamique d'Europe avec ses centaines de Mosquées à travers le pays.
a écrit le 13/01/2016 à 6:48 :
Fermetures des frontières moratoire de Schengen l homme intellectuelle statisticien ralbol le Europe en danger immigration arrière et terrorisme STOP )))))))))))) ?
a écrit le 12/01/2016 à 14:27 :
Le Multi-Culturalisme, ça ne marche pas et ça ne marchera jamais !
( Angela Merkel / 2010 ).
a écrit le 12/01/2016 à 14:15 :
Stéphanie Lhomme n'a pas du passer son réveillon a la gare de Cologne.Ni mettre beaucoup les pieds dans les "cités"
Réponse de le 12/01/2016 à 15:51 :
Trés bien vu.
a écrit le 12/01/2016 à 14:06 :
"c'est un million de réfugiés que le pays a accueilli".

Oui, enfin surtout du côté Est , maligne la Merkel.
a écrit le 12/01/2016 à 11:07 :
Un si long article sur les "migrants" et pas un mot de la problématique culturelle , encore moins sur la question cultuelle ? De qui se moque - t - on ?
a écrit le 12/01/2016 à 11:06 :
c est sur que les recents evenements a cologne, francfort, hambourg zurich ... montrent tout l interet a recueillir ces refugiés. meme si une infime minorite fout le bordel, on est pas capable de la renvoyer dans son pays (les pauvres ils risqueraient d y passer un sale quart d heure)
a écrit le 12/01/2016 à 9:02 :
Tant qu'on conserve la libre circulation de l'optimisation fiscale ...
a écrit le 12/01/2016 à 8:59 :
Bien sur que non, la crise va perdurer et montée en puissance , car les problèmes augmentent maintenant qu'ils sont là... les viole de masse,(Cologne) les attentats en France... ,sont des indicateurs validés...
Réponse de le 02/03/2016 à 13:00 :
Il ne faut laisser Merkel , cette brave femme mais incapable de voire ce que l'Europe est en train de devenir , tant que l'Allemagne est prospère elle ne fera rien mais continuera l'appel d'air et profitera de immigrants aux bas salaires mais se moque des autres pays qui subissent cette invasion. Quand aux commissaires Européennes il faut les virer les mettre au travail car ils n'ont rien fait face à cette invasion mais ils payeront lourd bientôt.
a écrit le 12/01/2016 à 8:55 :
Si les migrants sont le révélateur de l'inconsistance de l'UE et provoquent sont éclatement eh bien "vive les migrants"!
a écrit le 12/01/2016 à 7:57 :
En censurant toute information contraire au bonheur que pourrai nous amener le dogme de l'UE de Bruxelles, il sera possible de nous transformer en mouton!
a écrit le 12/01/2016 à 7:22 :
Il est grand temps de fermer les frontières
Réponse de le 13/01/2016 à 17:34 :
ça ne serait pas une bonne idée. On pénalise ainsi les européens et on ne résout RIEN sur la question de l'immigration.

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