La blockchain, fer de lance de la souveraineté numérique française

 |   |  1236  mots
(Crédits : FFPB)
TRIBUNE - La France a désormais l'opportunité de se réapproprier une souveraineté fortement érodée par les précédents virages technologiques manqués d'Internet et du Cloud. Pour y parvenir, le député Jean-Michel Mis et l'entrepreneur Rémy Ozcan, tous deux à l'origine de la Fédération française des professionnels de la Blockchain, aux côtés de Goudet Abalé, estiment nécessaire que l'écosystème Blockchain tricolore, dans sa grande diversité, soit défendu d'une seule voix. Dans cette tribune, ils reviennent sur l'enjeu clé de la standardisation et l'impérieuse nécessité de la professionnalisation des acteurs.

Malgré les nombreuses déclarations d'intention, force est de constater qu'une véritable industrie Blockchain unie sous une même bannière française peine à émerger. Condition sine qua none pour que la France puisse faire valoir ses intérêts dans un contexte international hautement compétitif.

La mise en œuvre du cadre réglementaire issu de la loi Pacte et des dispositifs de financement de BPI France ont permis de franchir une première étape dans le développement de l'écosystème. Pour autant, ce dernier n'est ni parvenu à se professionnaliser, ni à s'auto-structurer. Malgré les appels du gouvernement, il n'a jamais été aussi fragmenté, prédominé par les intérêts individuels, freiné dans son développement. Or, en l'absence d'une mobilisation concertée, la France est inaudible à l'échelle supranationale car privée de relais dans les couloirs des institutions européennes. Cette inertie doit cesser. A défaut, il faudra se contenter d'être spectateur de cette révolution qui nous tend les bras.

Lire aussi : Une fédération blockchain va voir le jour en France

Face à ces impératifs, nous avons décidé de créer la Fédération française des professionnels de la Blockchain (FFPB). Cette organisation sera la première fédération française dont la gouvernance reposera sur un système Blockchain. Elle réunira grandes et petites entreprises, universitaires, chercheurs, professions libérales et acteurs publics, tous mus par la volonté de faire de la France une référence internationale dans ce secteur.

La Blockchain, une arme géopolitique de premier plan

L'avènement d'internet et l'émergence des technologies disruptives au XXIème siècle ont érigé l'espace numérique en zone d'influence économique et politique majeure. Dans ce contexte largement dominé par les États-Unis et la Chine, la Blockchain - en tant que technologie d'infrastructure - représente une formidable opportunité de redistribuer les cartes et de réaffirmer la souveraineté de notre nation à travers celle de l'Union européenne. Surtout, en permettant de créer et d'échanger de la valeur à l'échelle internationale, elle offre la possibilité de s'affranchir des accords de Bretton Woods, qui ont placé le billet vert de l'oncle Sam au cœur du système monétaire international. Nous sommes à l'aube d'un nouvel ordre financier mondial, dont cette technologie sera assurément l'un des piliers. À l'image de la Suède, de l'Argentine, et même de la France, de nombreux États l'ont parfaitement compris et explorent la piste d'une crypto-monnaie nationale. En outre, l'annonce du « Libra » de Facebook, épaulé par une vingtaine des plus grandes entreprises mondiales, révèle cette prise de conscience au sein des sociétés.

 La France a désormais l'opportunité de se réapproprier une souveraineté fortement érodée par les précédents virages technologiques manqués d'Internet et du Cloud. Pour y parvenir, il est nécessaire que notre écosystème, dans sa grande diversité, soit défendu d'une seule voix.

La standardisation, enjeu stratégique pour la compétitivité des entreprises Blockchain françaises

Omniprésentes au quotidien, les normes internationales de standardisation (ISO) favorisent l'innovation à l'échelle mondiale. Le respect des mêmes normes par les acteurs des télécommunications a par exemple permis que nous puissions utiliser notre téléphone dans toutes les régions de la planète sans nécessité d'adaptation aux spécificités locales des opérateurs.

Suivant un prisme du « winner takes all »*, l'issue de « l'affrontement des normes » décide de l'industrie la plus avantagée. Nous en voulons pour exemple le protocole TCP/IP qui a érigé les États-Unis en puissance d'Internet incontestée et incontestable, octroyant un avantage compétitif majeur aux entreprises américaines qui l'avaient déjà intégré. Pour les entreprises européennes, la défaite a été double : renoncer à leur protocole et en adopter un nouveau, avec le retard que cela implique. Une nouvelle bataille se joue aujourd'hui : celle de la 5G, qui semble mal engagée pour l'Europe. Demain, celle de la Blockchain. Souhaitons-nous une troisième débâcle ?

La mise en œuvre de standards internationaux Blockchain prenant en compte les normes françaises permettra à toute entreprise française d'utiliser cette technologie dans les meilleures conditions de sécurité et d'interopérabilité afin de commercialiser un produit ou un service à l'échelle internationale.

Dans un monde hyper-connecté et globalisé, la standardisation devient un vecteur de compétitivité pour nos entreprises. Dès lors, elle doit être pleinement assimilée par les entreprises et intégré à la stratégie nationale française.

L'impérieuse nécessité de professionnaliser et structurer l'écosystème Blockchain français

Tandis que l'écosystème allemand est d'ores et déjà rangé en ordre de bataille et pèse, à raison, de tout son poids dans le lobby européen, notre écosystème reste incapable de s'accorder autour de positions claires, solides et pragmatiques. En lieu et place des intérêts purement individuels qui ont animé jusque-là les principaux acteurs de la place, doit émerger un intérêt collectif national visant à ériger la France en acteur européen majeur de la technologie Blockchain. Afin d'y parvenir, nous devons nous structurer, nous professionnaliser et nous unir sous une même bannière. Un constat partagé par l'ensemble des acteurs de l'écosystème lors de la seconde réunion de la Task Force Blockchain du 10 février, à Bercy. Dès lors, l'existence d'une seule et unique fédération professionnelle permettra non seulement d'instaurer un dialogue permanent entre les acteurs mais également avec les instances nationales et européennes.

La Fédération française des Professionnels de la Blockchain sera pleinement et entièrement dédiée à la défense des intérêts des acteurs de notre écosystème. La technologie Blockchain impactant des secteurs extrêmement variés (finance, tourisme, immobilier, gaming, agriculture, énergie, luxe, sport, identité, etc...), l'existence d'une fédération, dotée d'une permanence et adoptant une approche plurisectorielle s'impose d'elle-même. Considérant les spécificités de chaque secteur d'activité, elle aura pour but de les représenter de manière démocratique et transparente grâce à la technologie Blockchain. C'est en respectant ces deux conditions que nous parviendrons à créer un réseau dynamique, robuste sur le plan économique et propice à l'émergence d'acteurs majeurs de l'industrie.

Dans cette perspective, nous invitons toutes celles et ceux qui le souhaitent à rejoindre la seule Fédération Blockchain dont la gouvernance est basée - en toute logique - sur un système Blockchain, efficace et inclusif.

Cette nouvelle décennie doit marquer la réaffirmation de la souveraineté numérique nationale française, dont la Blockchain sera assurément de ses meilleures armes. Ne manquons pas ce nouveau rendez-vous de l'Histoire.

Un communiqué annonçant le lancement officiel de la Fédération française des Professionnels de la Blockchain (FFPB) et indiquant ses parties prenantes sera diffusé prochainement. Les acteurs souhaitant manifester leur souhait d'adhésion peuvent remplir le formulaire de pré-adhésion sur le site-web de la fédération.

Jean-Michel Mis, député et rapporteur de la mission d'information sur les chaînes de blocs, Rémy André Ozcan, directeur général de Crypto4all et Goudet Abalé, cofondateur du média Coined

* (« le gagnant remporte toute la mise »)

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 08/04/2020 à 21:53 :
La Blockchain (comme la 5G évoquée dans l'article) est une technologie superflue dans notre quotidien. Un luxe dont la consommation énergétique nous sera reprochée par les enfants à venir (au Québec, les fermes d'ordinateurs installées pour les blockchains consomment plus d'énergie que l'ensemble des ménages). Les auteurs de cet article feraient mieux d'aller s'inscrire sur le site Wizifarm, nos agriculteurs manquent de bras dans leurs exploitations.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :