POLITISCOPE. En s'internationalisant, le conflit en Libye donne lieu à une redistribution des cartes. La Turquie qui veut devenir le leader régional joue un rôle actif en soutenant le président Fayez el-Sarraj contre l'opposition menée par le maréchal Haftar. La France qui a longtemps soutenu ce dernier est de plus en plus isolée dans le camp occidental. L'Europe, divisée, laisse la Russie, les Etats-Unis et la Turquie se partager l'influence géopolitique sur le pays.C'est l'escalade. À l'ombre du covid-19, la guerre totale s'installe de jour en jour en Libye. Un scénario à la syrienne est aujourd'hui dans toutes les têtes, tellement l'internationalisation du conflit libyen est patente. Avant-hier, les Etats-Unis dénonçaient l'utilisation de Mig russes par le maréchal Haftar. Hier, la Turquie, engagée auprès du gouvernement d'union national (GNA), installé à Tripoli, reconnaissait la perte de plusieurs drones en action autour de Tripoli, ainsi que d'une frégate qui aurait été attaquée par un sous-marin égyptien. Dans un récent rapport, l'Onu s'inquiétait également des livraisons d'armes effectuées par la Turquie ou du soutien financier du Qatar pour les troupes du président Fayez el-Sarraj. Ainsi, la semaine dernière, Trump et Macron dénonçaient timidement les « ingérences » étrangères.
À l'inverse, le porte-parole de la présidence turque critiquait les partisans du maréchal Haftar, homme fort de l'Est et du sud Libyen, soutenu par les Emirats Arabes Unis, l'Arabie Saoudite, et bien sûr l'Egypte. Ces trois Etats luttent contre les frères musulmans et la politique hégémonique de la Turquie en Méditerranée et au Moyen-Orient. Haftar, qui a été contraint de se replier ces derniers jours alors qu'il a lancé une grande offensive depuis près d'un an sur Tripoli, bénéficiait jusqu'à présent du soutien de Vladimir Poutine et, dans une moindre mesure, de la France...
"En état de mort cérébrale"
Justement, dans le viseur de Recep Tayyip Erdogan, on trouve Emmanuel Macron. Cela fait déjà plusieurs mois que les relations entre la France et la Turquie se sont considérablement dégradées. En novembre dernier, le responsable turc s'en prenait ainsi très directement au président français dans l'un de ses discours : « Il dit que l'Otan est en train de vivre une situation de mort cérébrale, je m'adresse depuis la Turquie à monsieur Macron, et je le redirai à l'Otan, vous devriez d'abord vérifier si vous n'êtes pas en état de mort cérébrale ». Cette phrase choc faisait suite à l'interview d'Emmanuel Macron dans The Economist, dans laquelle il avait notamment critiqué l'offensive turque dans le nord est de la Syrie contre les Kurdes, sans aucune concertation avec les alliés, en dehors de l'approbation de Trump.