Le bonheur est dans l'ETI

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OPINION. Elles sont partout. Pourtant, elles avancent dans l'ombre. Elles ne publient pas de communiqué de presse à chaque levée de fonds et la stabilité de leur management, comme les trains qui arrivent à l'heure, ne suscitent que peu de commentaires et analyses. Elles ? Ce sont les entreprises de taille intermédiaire (ETI) françaises. Par Arnaud Gobet (*)

Rarement sous les feux de la rampe, ces sociétés au capital majoritairement familial font pourtant tourner l'économie du pays. Largement méconnu du grand public, le terme même d'ETI recouvre pourtant un terreau entrepreneurial d'une grande richesse. Ce dernier représente en effet 35 % du chiffre d'affaires total des entreprises françaises, et concentre 25 % de l'emploi salarié de l'Hexagone. Structures humaines à taille humaine, ces entreprises constituent un champ extraordinaire d'épanouissement pour leurs collaborateurs en leur offrant un cadre où la liberté d'entreprendre et l'autonomie constituent des valeurs clés.

Dans un contexte général de concentration des plus gros acteurs, dans l'industrie comme dans les services, ces libertés se trouvent considérablement entravées par des process où le pouvoir de décision se trouve trop peu délégué et ankylosé par une structure extrêmement hiérarchisée. Dans une ETI, la proximité d'un cadre avec la direction rime souvent pour lui avec une accessibilité à l'actionnaire, qui se trouve souvent être le dirigeant lui-même. Au même titre qu'elle cultive en permanence une relation de confiance, une telle organisation réduit considérablement la chaîne de décision. En ce sens, les entreprises de taille intermédiaires constituent un modèle d'agilité, car elles n'ont de compte à rendre à personne, sinon à leurs clients.

Si les grands groupes et startups font rêver les jeunes diplômés, force est de constater que le modèle d'entreprise familiale n'est guère valorisé dans le cadre de leurs études. Les jeunes générations doivent le savoir : l'heure n'est plus au paternalisme tel qu'observé il y a 100 ans. Or, ce n'est qu'une fois leur carrière entamée, et après une ou plusieurs expériences diverses, que les cadres s'intéressent au modèle des ETI. Ce phénomène, relativement nouveau, est propice à l'expression collective de talents. Plus qu'un second souffle dans une carrière, il témoigne d'une volonté d'entreprendre que nos voisins européens ont bien compris puisque leurs réseaux d'ETI sont 2 à 2,5 fois plus important que le nôtre. Pour toutes ces raisons, il est impératif que les écoles forment des cadres aux profils recherchés par les entreprises de taille intermédiaire. La valeur n'y attend pas le nombre des années. La reconnaissance des talents est souvent bien plus rapide dans ces entreprises que dans des grands groupes, où les systèmes d'avancement et de rémunération répondent à un processus normé, dont l'avantage est peut-être de laisser entrevoir une échéance, mais aussi - c'est le revers de la médaille - de corseter l'énergie d'entreprendre.

Malgré eux, car c'est la faute de leur taille et non des personnes qui les composent, les grands groupes font occuper "un poste" à chacun de leur collaborateur tandis que les ETI pensent davantage leur recrutement en matière de personne et de personnalités qui façonneront ce "poste". Une valeur humaine, source d'épanouissement professionnel, qui contribue largement à l'actuel dynamisme économique des entreprises de taille intermédiaire.

En outre, les ETI sont des acteurs majeurs de l'aménagement du territoire en termes d'emploi. Alors qu'une seule société du CAC 40 enregistre son siège social hors d'Ile-de-France, la majorité des ETI sont provinciales. Elles participent en outre à cultiver un savoir-faire industriel français largement reconnu à l'étranger puisqu'elles contribuent, en volume, pour un tiers à l'effort national d'exportation.

Dans un contexte de forte volatilité des marchés boursiers, parfois décorrélés de la réalité des marchés de l'entreprise, les sociétés à capitaux familiaux n'affichent souvent pas de croissances explosives, mais - est-ce vraiment un défaut ? - une croissance durable liée à des valeurs d'engagement de long terme et le souci permanent de la pérennité de l'emploi.

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(*) Arnaud Gobet, président du Groupe INNOTHERA, ETI familiale de santé, indépendante et centenaire, qui développe, fabrique en France et commercialise dans le monde des médicaments, des dispositifs médicaux ainsi que des textiles intelligents et connectés.

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Commentaires
a écrit le 26/04/2019 à 8:28 :
Je croyais naïvement que la discrimination par la personnalité était interdites dans le recrutement. Les compétences sont pourtant le seul critère légal de sélection d'un candidat. La discrimination par la personnalité se serait donc substituée à la discrimination ethnique. Pas étonnant que les ETI aient du mal à recruter et se plaignent du manque de candidats "qualifiés". Il ne faut donc pas s'étonner du nombre de diplômés au chômage qui n'ont pas la "bonne personnalité".

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