Le pouvoir de l'art (et inversement)

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Fraîchement élu à la tête du pays, celui-ci n'aura pas tardé à utiliser les codes de la communication mitterrandienne au soir de son élection pour se glisser dans la peau d'un chef d'Etat.
Fraîchement élu à la tête du pays, celui-ci n'aura pas tardé à utiliser les codes de la communication mitterrandienne au soir de son élection pour se glisser dans la peau d'un chef d'Etat. (Crédits : Reuters)
Les présidents se sont voulus aussi des bâtisseurs, s'exprimant à travers des choix architecturaux. Jusqu'à François Hollande, qui a brillé par son absence: l'heure serait aux industriels amateurs d'art, tels François Pinault et Bernard Arnault. Par Nicolas Lefèvre, directeur de la stratégie au sein de l'agence de communication internationale Lewis.

 A l'issue d'une campagne électorale extraordinaire à bien des égards, Emmanuel Macron vient de s'imposer, le 7 mai 2017, comme le nouveau Président de la République française. Fraîchement élu à la tête du pays, celui-ci n'aura pas tardé à utiliser les codes de la communication mitterrandienne au soir de son élection pour se glisser dans la peau d'un chef d'Etat. L'esplanade du Louvre est en effet l'un des symboles des travaux architecturaux d'envergure orchestrés par François Mitterrand en son temps pour marquer son passage dans l'histoire en lettres capitales. Coup de projecteur sur les grands bâtisseurs de la Vème République.

 Le Centre Pompidou : un concept révolutionnaire dès 1969

Georges Pompidou, deuxième Président, décida à l'époque de faire du plateau Beaubourg un centre culturel pluridisciplinaire d'un type entièrement nouveau. Situé en plein cœur de Paris, il se veut être à la fois une bibliothèque de lecture publique, un musée national d'art moderne et un centre de création musicale. Un concours international inédit d'idées est alors organisé auprès d'architectes du monde entier. Présidé par l'architecte-ingénieur Jean Prouvé, le jury international sélectionna le projet de trois architectes associés : deux Italiens, Renzo Piano et Gianfranco Franchini, et un Anglais, Richard Rogers, alors quasi-inconnus.

 Objet de curiosité décrié au moment de son inauguration le 31 janvier 1977 - les parisiens n'hésitant pas à comparer le centre Pompidou à une « raffinerie de pétrole » - ce monument est aujourd'hui considéré comme l'une des plus belles réussites architecturales du XXème siècle.Entre 3,5 et 3,8 millions de visiteurs se pressent chaque année dans ce lieu culturel parisien branché, comme l'a attesté son quarantième anniversaire récemment fêté en grande pompe.

 De la gare au musée d'Orsay en 1977

Décision officielle fut prise en conseil interministériel le 20 octobre 1977, à l'initiative du Président Valéry Giscard d'Estaing de transformer la gare d'Orsay en musée. A l'origine, le bâtiment dessiné par l'architecte Victor Laloux était destiné à accueillir les voyageurs transportés par la compagnie des chemins de fer d'Orléans pendant l'Exposition universelle de 1900. Menacée de démolition en 1970, la gare doit être remplacée par un hôtel international. En 1978, Orsay est classée monument historique. Un concours est lancé et la transformation en musée confiée à trois jeunes architectes, Pierre Colboc, Renaud Bardon et Jean-Paul Philippon. Le musée d'Orsay est inauguré le 1er décembre 1986 par le Président de la République, François Mitterrand, en compagnie de son Premier Ministre, Jacques Chirac.

François Mitterrand et la démesure architecturale

Passionné d'art moderne, François Mitterrand a mené au pas de charge une politique culturelle et urbaine centrée sur les « grands travaux » : la pyramide du Louvre bien entendu, mais aussi l'Opéra-Bastille, La Grande Arche de la Défense, la BNF ou encore l'Institut du Monde Arabe pour n'en citer que quelques-uns. Main dans la main avec son ministre de la Culture Jack Lang, François Mitterrand a réalisé au cours de ses deux mandats présidentiels des prouesses architecturales.

Actualité oblige, attardons-nous sur le projet du Grand Louvre avec la pyramide. « Je souhaite que le Louvre devienne le premier musée du monde, non seulement par l'ampleur de ses valeurs et de ses collections, mais aussi par la qualité même de sa conception et l'originalité de sa muséographie », avait déclaré le président Mitterrand. Initié dès 1981, il avait pour mission de rendre au Louvre son aile Richelieu, alors occupée par le Ministère des Finances. Confiée à l'architecte sino-américain leoh Ming Pei qui a conçu une immense pyramide inversée réalisée en verre et en métal de plus de vingt mètres de haut pour offrir un immense puits de lumière au public, celle-ci fut inaugurée en 1988. Férocement décriée en son temps pour sa modernité et ses plans futuristes, elle est aujourd'hui devenue l'un des hauts lieux du tourisme culturel français, accueillant 9,3 millions de visiteurs tous les ans.

Jacques Chirac ou le dialogue des cultures

Jacques Chirac est à l'origine de la construction du musée du quai Branly qui a fêté l'année dernière son dixième anniversaire. Fasciné par les arts premiers, il avait annoncé dès le 7 octobre 1996 sa décision de créer un musée des arts et civilisations d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques dans Paris. Dans un premier temps, il s'agissait de réhabiliter le palais de Chaillot. Très vite, l'équipe s'est orientée vers la création d'un site autonome, à deux pas de la Tour Eiffel. C'est l'architecte Jean Nouvel qui l'a pilotée durant la cohabitation. Egalement né dans la polémique, ce musée des arts du bout du monde a depuis séduit près de 15 millions de personnes, majoritairement des jeunes. Le musée du quai Branly a été rebaptisé « Quai Branly - Jacques Chirac » en juin 2016.

La fin de la politique culturelle audacieuse à la française ?

Force est de constater un arrêt net de cette politique volontariste et ambitieuse des paris culturels exceptionnels depuis Chirac. Ce pouvoir appartient désormais aux industriels, à l'image de la Fondation Louis Vuitton de Bernard Arnault imaginée par Frank Gehry ou de la Halle Freyssinet de Xavier Niel devenue Station F. A l'ère du numérique, des selfies et de Snapchat, l'empreinte contemporaine des hommes politiques est devenue éphémère !

Nicolas Lefèvre est directeur de la stratégie au sein de l'agence de communication internationale LEWIS. Il est titulaire d'une Maîtrise d'Histoire Contemporaine.

@Nico_Lefevre_FR

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