Les banques à l’heure de vérité

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Stéphanie Flacher.
Stéphanie Flacher. (Crédits : Olivier Ezratty / FaisTonReseau)
OPINION. Où en sont les banques dans leur transformation ? Ont-elles saisi que les évolutions allaient bien au-delà de l'implantation de nouvelles technologies et qu’il s'agit avant tout d'un profond changement de paradigme économique, selon Stéphanie Flacher, consultante en stratégie de la transformation, après dix-neuf ans de responsabilités dans le secteur bancaire.

A la une de nos journaux, il est question d'un avenir sombre pour le secteur bancaire : "hémorragie dans le secteur bancaire", "les suppressions d'emplois s'accélèrent", "un tiers des banques pourraient fermer en cas de crise", "les banques sous pression des taux bas", etc.

Les banques sont-elles la sidérurgie du 21e siècle?

Certainement oui, mais, avec elles, c'est l'ensemble de l'économie qui est concerné si nous restons dans un état d'esprit devenu caduque dans notre monde désormais connecté.

Nos vieux modèles sont morts. Pas seulement parce qu'ils aboutissent à une impasse financière, climatique, politique, sociale et économique. Mais parce que l'insertion croissante des technologies dans tous les aspects de nos vies se traduit par un bouleversement sans précédent de nos rapports à l'espace et au temps. En réalité, cette fois-ci, tout change.

Pour la première fois depuis des millénaires, le digital permet de traverser les frontières physiques. Avec ses plateformes marchandes intégrées, il réduit les circuits et rend standard le temps-réel.

La technologie induit une modification profonde du rapport à l'espace et au temps.

Nous sommes désormais entrés dans l'économie robotisée et digitalisée. Dans cette économie, les rôles clés sont attribués au big data, à l'intelligence artificielle, aux objets connectés, aux technologies distribuées blockchain, au cloud, à la 5G.

Ici, à l'échelle de la planète, les flux de production et de consommation deviennent temps-réel, sur-mesure, à la demande, et ce au niveau utilisateurs et transactions. Les circuits sont courts, les réconciliations entre les ressources et les besoins sont optimisées. Et cela change tout.

Dans ces espaces numérisés automatisés, la mesure de la richesse est moins fondée sur la propriété des ressources que sur leur utilité économique. La mesure du succès et des richesses se fait moins par la propriété, la production et l'accumulation des ressources, que par nos contributions individuelles et collectives à leur usage. La consommation est à la demande, la facturation est à l'usage.

Dans l'économie de l'utilisateur, la logique productive qui prévalait s'inverse.

L'utilité et l'usage créent la richesse, et non la production et la propriété. La révolution technologique contraint à un changement complet de paradigme. Et ce nouveau paradigme va s'établir sur de nouvelles fondations : nouveaux business modèles, nouvelles organisations, nouveaux systèmes de mesure et de redistribution des richesses, nouvelles gouvernances.

Que sera une banque du 21e siècle dans le monde connecté?

Imaginons. Dans nos espaces connectés, l'offre et la demande sont réconciliables en instantané, de niveau utilisateurs et transactions. L'argent n'existe plus que sous une forme traçable et qualifiée, c'est-à-dire rattaché à un actif immatériel ou matériel. C'est la fin de l'argent en tant que finalité et outil de captation de ressources réservées aux élites. La révolution n'est pas dans l'émergence d'un « internet de l'argent », mais dans un internet des échanges et des usages sécurisés et qualifiés.

Dans ce contexte, le rôle d'intermédiation des valeurs (financement, gestion des avoirs) n'est plus du ressort exclusif des banques. Ce rôle est transféré aux plateformes sectorielles de distribution de produits et de services situées plus en amont des chaînes de valeur. Au cœur des flux, ces plateformes marchandes sont davantage à même d'assurer l'intermédiation et la couverture entre les besoins et les ressources, et elles seront réglementées dans cette optique.

Dans le cyber espace, en revanche, les banques administreront la confiance.

Les banques renouent avec leur ADN, quasi régalien, de tiers de confiance.

Les infrastructures technologiques d'échange de valeur économique, au cœur des liens entre humains, seront des biens communs qui nécessiteront des règles, des contrôles et des arbitrages.

Les banques s'équiperont techniquement et organiseront leurs corps de métier pour encadrer l'intention des algorithmes et des protocoles, mesurer leur impact, sécuriser et conserver les preuves digitales des transactions, développer les applications de gestion des services clés (identités, accès aux actifs digitaux, intégrité des données, mesure des contributions, gestion des prélèvements obligatoires, etc), arbitrer les conflits, encadrer les fraudes, programmer les plateformes d'échanges de valeurs digitales (matérialisées par des tokens ou des crypto-quelque chose), etc.

Les banques-tiers-de-confiance orchestrent l'économie programmable, selon les préférences votées par les citoyens.

Les banques assureront cette responsabilité dans une logique symbiotique, en respectant en permanence trois principes simples et biologiques :

chaque flux est à la fois bon pour soi, bon pour l'autre, bon pour la planète. Sinon, on ne le fait pas.

Fin de la dictature des mathématiques financières, des asymétries d'information, fin de la logique d'accumulation et de rareté des actifs pour pousser les profits financiers, fin de l'économie des bulles et de la dette.

Place à la contribution aux communs et aux mathématiques qualitatives. Place à la gestion inclusive de l'abondance et des biens communs, désormais permise par nos connaissances et par les progrès technologiques.

Il n'est pas interdit d'anticiper.

Il n'est pas interdit d'engager le changement de paradigme.

Pour la banque d'un monde connecté.

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Commentaires
a écrit le 23/10/2019 à 11:26 :
Les banques garantes de la confiance ! Merci, j'ai bien ri.
a écrit le 23/10/2019 à 10:24 :
C'est bien beau tout ça mais la finance s'est intéressé à l'IA comme un moyen d'augmenter la rentabilité, ce qui n'est pas faux. Le problème c'est que l'IA va uberiser le système financier. C'est ce qui va se passer, davantage de mathématiques financières, davantage d'algorithmes, moins d'humain. Les élites de la finance pensaient que l'IA ne pouvait pas remplacer les élites , grosse erreur.
a écrit le 23/10/2019 à 9:26 :
Deux mots opposés "banque" et "vérité", deux phénomènes qui ne peuvent pas coexister en harmonie, la preuve le monde est à feu et à sang de leur seul fait.
a écrit le 22/10/2019 à 20:17 :
Sans doute les nouveaux maîtres. Sidérurgie, vous allez loin ! Ils ne fabriquent rien hormis des mécanismes financiers a coup de surcouts facturer au marché réel.

Tant que la monnaie sera physique, l'individu conservera sa liberté !! après, cela dépendra de celui qui a les clefs du pays! Mais si celui qui l'a l'est aussi?

C'est une grande question des 20 prochaines années, et donc comment va se porter le regard.

Et au vue de 2008 et disons du terrain..... Il vaut mieux vivre en ville!!! et surtout pas dans les quartiers de périphérie !!

De cette façon cela accélère tout le monde dans le grand tout.

Attendons d'y être pour faire le constat?
a écrit le 22/10/2019 à 17:36 :
y a 20 ans je connaissais bien un gars dans un directoire d'une banque
en gros, il m'expliquait que les clients, il s'en foutait, ce qui l'interessais, c'etait les fonctions financiers ( oui je sais c'est assez antinomique avec le ' votre argent m'interesse' de bnp)
je jubile a l'idee de voir tous ces etablissements engloutir des sommes colossales en datascience, un parce que le client n'est toujours pas la premiere preoccupation, et que deux vu comme elles s'y prennent, je doute qu'elles arrive a grand chose
et le fait que les postes au marketing sont en general des voies de garages pour des cadres qu'on n'a pas pu/voulu virer, he ben ca va pas aider!
alors la transformation............

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