Les déficiences économiques de nos dirigeants politiques

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(Crédits : DR)
OPINION. La "japanification" de nos économies occidentales dont je parle et que je décris depuis des années atteint aujourd'hui son point culminant, car les deux banques centrales les plus influentes du monde -BCE et Fed- (re) sortent la grosse artillerie dans le but de faire davantage pression sur leurs taux d'intérêt. Par Michel Santi, économiste(*).

 Les débats houleux - parfois haineux - envers les banques centrales accusées de tous les maux, taxées d'être - à cause de leur politique monétaire hyper laxiste - responsables du nouveau ralentissement économique : cette stigmatisation bien légère et tout compte fait populiste de la BCE et de la Réserve Fédérale passe complètement à côté d'une dimension cruciale qui, elle, est à la source de la récession. À savoir que la politique monétaire, censée contrôler et réguler le flux des financements, se grippe dès lors que les gens et que les entreprises ne cherchent plus à s'endetter. Ainsi, la croissance japonaise insignifiante et l'absence d'inflation au Japon entre 1990 et 2010, soit pendant près de 20 ans, furent le résultat d'une disparition des emprunteurs, et non d'un manque de prêteurs...

En effet, l'appétit pour le crédit se tarit dans ce pays suite à l'implosion de la bulle nippone qui vit les prix de l'immobilier commercial s'effondrer de 90% dans les années 1990. Ce retour brutal au niveau des prix du début des années 1970 détruisit bien-sûr la santé financière de tous les propriétaires de l'époque qui avaient quasiment tous acquis leurs biens par le biais de financements qu'ils devaient néanmoins continuer à honorer et ce tandis que la valeur de leurs propriétés avait fondu. Vingt 20 ans ne furent pas de trop pour que ces débiteurs sinistrés s'acquittent de leurs remboursements et retrouvent un peu de couleur et de robustesse financière. Pour autant, et même dans un contexte de taux 0 tel qu'il fut instauré par le Japon dès la fin des années 1990, une économie implose quand tous les débiteurs remboursent leurs dettes en même temps et que plus personne n'emprunte. Ce principe de base fut décrit par Keynes, car - ma dépense étant votre revenu - la croissance économique se fige dès lors que nul ne consomme et que nul ne s'endette pour compenser ceux qui repaient leurs dettes et qui stoppent tout investissement. La politique monétaire de la banque centrale qui, grâce au levier du taux, met à disposition des liquidités est hélas peu efficiente en présence d'une telle spirale déflationniste.

Aujourd'hui, en dépit d'un taux de chômage exceptionnel au Japon de 2.3% et d'un secteur privé ayant nettoyé tous ses bilans, les entreprises de ce pays n'empruntent toujours pas à cause du traumatisme sévère des vingt années écoulées. Les États-Unis, quant à eux, subirent l'effondrement de leur PIB de près de 50% entre 1929 et 1933. La conséquence fut que toute la génération qui souffrit de la Grande Dépression qui fut réduite à rembourser des emprunts contractés en échange d'actifs ayant disparu refusa toute nouvelle dette pour le restant de sa vie. De nos jours, les effets conjugués de la crise des subprimes de 2007, du crédit de 2008 et des dettes souveraines européennes dès 2010 furent l'évaporation de la propension des ménages et des entreprises à s'endetter. En dépit des taux 0, voire négatifs dans certains pays comme la Suisse, le Japon et certains pays scandinaves, ces intervenants sont devenus nets épargnants.

C'est donc l'Etat qui doit prendre la relève et devenir net emprunteur, mais nos responsables politiques bénéficient de si peu de formation économique qu'ils ne comprennent rien à ces mécanismes et qu'ils s'obstinent donc dans une consolidation fiscale qui nuira davantage et à l'économie et à l'emploi. La ruée des investisseurs et des épargnants vers les Bons du Trésor de nos pays - qui comprime tous les jours un peu plus les taux d'emprunt des dettes souveraines - devrait pourtant interpeller nos responsables, car l'Etat se doit de nager à contre-courant et se transformer dans une telle conjoncture en emprunteur de dernier ressort. C'est à ce prix-là que la japanification de l'Occident sera évitée, et que la politique monétaire des banques centrales traditionnelle reprendra alors ses droits.

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(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d'Art Trading & Finance.
Il vient de publier "Fauteuil 37" préfacé par Edgar Morin.
Sa page Facebook et son fil Twitter.

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Commentaires
a écrit le 17/09/2019 à 7:27 :
Au contraire de ce que dit l'article, j'avais lu qu'il y avait de plus en plus de dette (public et privée). Concernant la France, la réduction du déficit et des dépenses publique me paraît plutôt nécessaire quand la situation économique n'est pas mauvaise. Et la réduction du déficit n'est pas fait à un rythme eleve6en France !
a écrit le 16/09/2019 à 17:47 :
Au lieu d'emprunter pour payer des fonctionnaires, ne serait il pas plus intelligent de le faire pour rendre de la compétitivité aux entreprises en leur supprimant les charges sociales!
a écrit le 16/09/2019 à 11:41 :
La politique est un métier, enfermé dans des écoles ou il y a toujours les mêmes.
Le manque d'innovation est a l'image de tout cela, donc rien de nouveau !!!!

Et le fait de ne pas avoir de visionnaires confirme que la politique est a présent un métier, du fait aussi d'avoir a présent en particulier en France une négation des lobbies permet a chacun de trôner.....

C'est comme les stock options, plus on en donne, plus les individus évite la prise de décision donc la prise de risque et l'anticipation !!!!!

Du coup ils sont de fait a l'image de l'économie. Et tant que l'on regardera celui qui porte le projet et pas le projet lui même rien ne changera et la japonisation se fera simplement car justement la politique est un métier, voir avec l'histoire de balkany, cela ne rend pas l'individu honnête bien au contraire.

Il ne restera qu'a faire un parapluie monétaire ah ah ah ah
a écrit le 16/09/2019 à 10:14 :
Les données sur l'endettement privé en France sont exactement à l'opposé de ce que dit l'auteur. Il augmente au fil des ans.
La dette des ménages et des entreprises réunies représente aujourd'hui 133% du PIB (soit nettement plus, par exemple, que la dette publique qui frôle les 100%). C'est 15 points de plus que la moyenne de la zone euro. Et la tendance ne semble pas s'inverser, la machine continuant à s'emballer selon les derniers chiffres de janvier 2019 (+6%), concernant tous les domaines de l'endettement privé, des entreprises aux crédits à la consommation en passant par l'emprunt immobilier dont la durée ne cesse de s'accroître.
a écrit le 16/09/2019 à 9:48 :
l'Economie, c'est comme la guerre, trop sérieux pour être confiée a des économistes, qui sont de toute manières pas capables de s'entendre entre eux.

Le rôle de l'état en démocratie est relativement simple à comprendre. Il doit préserver ce qui fait que la France est un pays souverain, uni, et démocratique, et laisser le reste aux mains des français.
Quitte à graisser quelques rouages ici et là et freiner d'autres initiatives par ailleurs si elles sont nocives pour la collectivité.

Pour en revenir au texte, il ne me semble pas que la BCE soit en Europe victime d'attaques aussi violentes que la FED de la part de Trump.

La politique suivi par la BCE a été critiquée souvent pour son obsession anti-inflation et la gestion de la crise grecque mais elle a permit la survie de l'Euro et est plutôt bien acceptée au bout du compte.

Pour ce qui est de la japanisation, je ne sais même pas si une tentative de comparaison entre une entité à 27 états et ce pays a quelque pertinence.
a écrit le 16/09/2019 à 9:29 :
"et que la politique monétaire des banques centrales traditionnelle reprendra alors ses droits"

La copulation politico-affairiste est bien trop importante pour attendre quoi que ce soit de productif dans ce domaine là, à force de tout faire seulement pour leurs seuls intérêts ils ont tout cassé, on perdra beaucoup moins de temps à utiliser des monnaies plus crédibles car moins soumise à la corruption comme la Libra.

Quand je disais que l'oligarchie financière sciait l'énorme branche sur laquelle elle était assise...
a écrit le 16/09/2019 à 9:24 :
Excellent papier
Réponse de le 16/09/2019 à 10:15 :
mais totalement faux.
Les chiffres contredisent l'auteur.

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