Les statistiques pour guérir du Covid-19

 |   |  504  mots
(Crédits : Reuters)
IDEE. Alors que l'épidémie de Covid-19 se propage un peu partout dans le monde, les laboratoires essaient de trouver un traitement le plus rapidement possible. Pourtant, malgré les moyens colossaux mobilisés, l'arrivée d'un traitement pourrait être très longue, à moins d'utiliser les dernières avancées statistiques. Explications. Par Jean-Pierre Florens, professeur émérite de mathématiques à la Toulouse School of Economics et membre de l'Institut Universitaire de France

Il est très difficile d'évaluer empiriquement l'efficacité et les inconvénients d'un traitement. En dehors de l'effet placebo bien connu, le problème principal consiste à distinguer l'effet du traitement du mécanisme de choix des patients traités. De manière caricaturale, un traitement apparaitra efficace s'il est administré à des malades peu atteints dont les chances de guérison sont élevées. On parle dans ce cas de biais de sélection dans le choix des individus traités ou non traités. La pratique courante pour éviter cette difficulté est d'effectuer des essais « randomisés » dans lesquels le groupe des patients traités et le groupe témoin des patients non traités sont tirés au sort. On renforce ce mécanisme en imposant aux  médecins prescripteurs d'ignorer quel patient est traité et quel patient est non traité. On parle alors d'essai en double aveugle.

Un problème éthique

Si cette construction est intellectuellement satisfaisante, elle est difficile, si ce n'est impossible, à mettre en œuvre. La première difficulté est d'ordre éthique : dans le cas d'affections graves mettant en jeu la vie des patients est-il acceptable de priver un malade d'un traitement dont on pense, à priori, qu'il est bénéfique ? Ne doit-on pas au moins donner le choix du traitement au malade ce qui naturellement détruirait la procédure d'affectation par tirage au sort ? On peut contourner cet obstacle en demandant au patient son consentement à participer à l'essai et on peut imposer de soigner le groupe témoin par les meilleurs procédés autres que celui dont on veut examiner l'effet.

Un défi statistique

La seconde difficulté est d'ordre statistique. Sauf pour des échantillons très grands, il est vraisemblable que les personnes traitées et le groupe témoin n'auront pas les mêmes caractéristiques, même si le choix des groupes relève d'un tirage stratifié (par âge, sexe). Plutôt que de comparer l'effet du traitement chez les personnes traitées et non traitées, il faut se demander comment auraient évolué les patients traités, s'ils ne l'avaient pas été, et quelle aurait été l'évolution du groupe témoin si ses membres avaient reçu le traitement. On introduit ici des évènements par nature inobservables (« counterfactuals » dans la littérature anglo-saxonne).

Des solutions récentes

Il faut toutefois noter que les statisticiens (J. Robins et J. Heckman notamment) ont développé des méthodes permettant de résoudre ce problème de représentativité. Très schématiquement, il s'agit d'intégrer dans la procédure d'évaluation la distribution des caractéristiques des patients de chaque groupe, ainsi que le mécanisme d'affectation entre les groupes. Dans une situation dramatique, telle que nous la connaissons aujourd'hui, ces méthodes d'évaluation de traitements pourraient être utilisées sur des échantillons de petite taille, avec d'éventuels biais de sélection. Les techniques statistiques pourraient ainsi accélérer la découverte d'un traitement, à condition qu'on les utilise correctement.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 07/04/2020 à 18:15 :
Pendant ce temps :

Le fondateur du groupe de chimie SNF, à Andrézieux-Bouthéon (Loire), a été placé lundi en garde à vue puis relâché. Il est soupçonné de proposer de la chloroquine aux salariés de sa société pouvant souffrir du Covid-19, selon des sources judiciaire et syndicale.
René Pich, 79 ans, également directeur général délégué de SNF, a été entendu par les gendarmes de la brigade de recherches de Montbrison, dans le cadre d'une enquête pour « exercice illégal de la pharmacie et de la médecine », ouverte par le parquet de Saint-Etienne.

« L'enquête a été ouverte à la suite d'un signalement effectué le 31 mars par l'inspection du travail de la Loire », a précisé à l'AFP le procureur de la République de Saint-Etienne, David Charmatz.

Elle suit une note de M. Pich, datée du 18 mars, informant l'encadrement de SNF que l'entreprise avait fait l'acquisition de comprimés de phosphate de chloroquine. Le document, dont l'AFP a obtenu copie, invite les cadres à faire une demande « auprès de la direction pour la délivrance du produit » en cas de symptômes du Covid-19 chez un salarié. La posologie à suivre y est même indiquée.
a écrit le 07/04/2020 à 16:15 :
PAS UN MOT sur le traitement pratiqué avec succès, notamment à l'IHU Méditerranée de Marseille (évitons de donner le nom du Professeur praticien et directeur, ça donne des boutons aux bien-pensants officiels). Évidemment, c'est un traitement facile et très bon marché, donc il NE PEUT PAS intéresser l'industrie pharmaceutique, et donc il NE DOIT PAS intéresser le public. Les malades NE DOIVENT PAS être détectés (pas seulement diagnostiqués !), ni traités, mais rester chez eux enfermés.
-> Quelles conséquences ? les malades voient leurs forces diminuer, contaminent les bien-portants, les plus faibles s'affaiblissent jusqu'à être envoyés vers les Urgences hospitalières : là ils ne peuvent pas tous être pris en charge et meurent par centaines.
Pour faire monter la peur, faut ce qu'il faut !
-> Enfin, dans quelques mois, au bout de dizaines de milliers de morts anonymes (avec quelques morts célèbres, authentifiés ou non, pour la notoriété), une entreprise pharmaceutique bien connue nous imposera un vaccin à 500 balles, à l'efficacité inconnue, mais présenté comme la solution miracle, avec rosette à la clé pour le PDG.
Là on voit bien pour qui roule LT.
Et si les moutons commençaient par se réveiller ?
a écrit le 07/04/2020 à 13:52 :
Je n’ai confiance sur aucun statistique et aucun chiffres communiqués de manière internationale.

Tous les pouvoirs sont imbriqués les uns et les autres et tous ont peur de perdre leur place après la pandémie.( politiques, lobbys... financiers ... pharmaceutiques...scientifiques...)

Par contre je crois à ce que je vois :
Cette épidémie ressemble à une épidémie saisonnière ( le temps influence le virus )car après 3 mois d’intenses actions la Chine semble aller dans le bon sens .
a écrit le 07/04/2020 à 11:44 :
Mouais, bof, encore un article mal renseigné qui va générer de fausses rumeurs....

En médecine lors de tests, les patients ne reçoivent jamais de placebo totalement neutre ( ou molécules non-actives ), mais un ancien traitement dont le rapport bénéfices/"risques d'effets secondaires" est connu.

Et on analyse le rapport bénéfices/risques que la nouvelle molécule apporte par rapport à l'ancienne ( qui est active !)...

Notre Professeur de statistiques devait encore plus s'amuser car c'est un peu plus compliqué statistiquement parlant, et avec moins de risques Ethique :-), qu'un simple test : molécule active/placebo neutre...

Ouf...pouvez corriger svp !
a écrit le 07/04/2020 à 10:49 :
La cupidité obscurantiste du secteur y est forcément pour quelque chose également dans cette drôle de lenteur alors que nous sommes en 2020, à savoir un siècle après la grippe espagnole les moyens technologiques étant sans commune mesure actuellement.

SI les labos dépensaient moins en "communication" mot dans lequel se trouve la corruption des acteurs de la santé, et plus en recherche ils seraient plus efficaces, essayer de les faire passer pour des héros comme le font les médias de masse abondamment est aussi grotesque que douteux.
Réponse de le 07/04/2020 à 12:53 :
Le bon traitement aurait dû être trouvé en 3 jours ? Tellement on est devenus "savants" (impression de toute puissance sur la Nature, au lieu de se sentir tout petits et fragiles, par humilité). Pour le virus suivant assez différent de celui là on verra si on trouve encore plus vite un traitement (qu'il faut décider, tester, constater ses défauts , etc). Ça me fait penser à l'assistant de maths à l'école de chimie, il disait que les exercices qu'on leur donnait lors de ses études, c'était toujours un cas particulier pour lequel les règles juste apprises ne marchaient pas.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :