Les tests au cœur de la gestion de long terme de l'épidémie Covid-19

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« Nous avons un message simple pour tous les pays du monde : testez, testez, testez », martèle le directeur général de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus.
« Nous avons un message simple pour tous les pays du monde : testez, testez, testez », martèle le directeur général de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus. (Crédits : Reuters)
OPINION. Les tests ne sont pas prioritaires, entend-on en France. Pourtant, il ne sera pas possible de relâcher ce confinement strict, sans risquer de voir l'épidémie s'envoler à nouveau dans des pays épuisés. Par Cécile Philippe, Institut économique Molinari.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) s'époumone à répéter que la capacité à faire des tests à grande échelle est une priorité. Dans conférence de presse lundi 16 mars (8.20), le directeur général de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus affirme : « Nous avons un message simple pour tous les pays du monde : testez, testez, testez ». Il ajoute qu'il est impossible de se battre à l'aveugle contre ce virus.  Or, on continue à entendre en France que les tests ne sont pas prioritaires. Ce raisonnement à courte vue est inadapté à la longue crise sanitaire et économique à laquelle nous devons faire face. Si on veut que le confinement, coûteux mais nécessaire, auquel des millions d'individus se soumettent actuellement soit utile, il faut plus de tests. Ils sont indispensables pour préparer activement le moment où il sera possible de relâcher ce confinement strict, sans risquer de voir l'épidémie s'envoler à nouveau dans des pays épuisés. D'un point de vue économique, cela signifie qu'allouer des moyens à cet objectif a du sens. Certains acteurs, comme le laboratoire Roche, ont heureusement compris l'importance de cette démarche. Il faut aussi que les politiques en fassent une priorité. A l'heure qu'il est, cela ne semble pas encore être le cas.

L'exemple de la Corée du sud

Aujourd'hui, le pays qui semble gérer la crise sanitaire de manière la plus efficace est la Corée du sud. Comme je l'ai expliqué dans plusieurs articles, les Coréens étaient prêts à l'éventualité d'une épidémie depuis leur expérience du MERS en 2015. Aux premiers signes, ils ont dégainé leur arsenal de tests. Bravo à eux. Trop tard pour nous ? Pas si vite. Il est probable que la Corée du sud aura moins de décès qu'ailleurs et moins de dommages collatéraux, car ils n'ont pas eu besoin de mettre leur économie à l'arrêt. Mais ne nous y trompons pas : leur capacité de tests leur est tout aussi utile aujourd'hui qu'au début. Elle permet, au fur et à mesure du déploiement de l'épidémie, de maintenir la contagion sous contrôle. C'est une stratégie à long terme. Et c'est ce dont nous avons impérativement besoin, le plus rapidement possible dans nos pays européens, pour tenir dans la durée.

Les mesures de confinement actuelles sont nécessaires pour limiter, autant que possible, la saturation du système de santé. En effet, le covid-19 est bien plus consommateur de lits d'hôpitaux que n'importe quel autre virus. Comme l'expliquent Nicholas Nassim Taleb et Joseph Norman, des mesures coûteuses sont impératives pour ne pas saturer le système de soins. Taleb et Normann prennent l'image de la salle de cinéma en feu, dont il faut sortir en urgence et qui n'est dotée que d'une petite porte. La petite porte aujourd'hui, c'est celle du système des soins intensifs. On ne pourra pas la passer tous ensemble. Rester confinés chacun chez soi limite la propagation du virus. C'est un geste qui, indépendamment de l'obligation, relève de la responsabilité individuelle. C'est aussi une marque de respect vis-à-vis des soignants et des autres en général.

Le scénario de Neil Ferguson

Ce confinement n'est cependant pas viable à long terme puisque nos économies sont en partie à l'arrêt. Il va falloir, à un moment donné, se remettre à travailler. Pour ce faire nous devrons ressortir, en courant le risque qu'une nouvelle vague de contamination conduise à nouveau au confinement. C'est le scénario évoqué par le professeur en médecine Neil Ferguson, inspirant nombre de prises de décision récentes.

A défaut de pouvoir tabler sur une immunité de groupe, la meilleure planche de salut est probablement le vaccin. Or, les nombreuses équipes de chercheurs qui travaillent sur la mise au point de vaccins, misent sur un horizon incompressible de 18 mois. Il faudra pouvoir attendre jusque-là, à savoir remettre progressivement nos économies en marche dès lors que les mesures de confinement auront ralenti l'engorgement des services de santé. Pour que ces mesures de confinement soient vraiment utiles, il faut que nos pays soient en ordre de bataille pour tester les individus de façon massive lorsqu'elles cesseront. Ce sera crucial pour garder la contagion sous contrôle, sans recourir aux mesures drastiques que nous subissons actuellement. Comme les Coréens, nous pourrons réserver le confinement aux malades, au lieu de l'appliquer de façon aveugle faute de pouvoir discriminer. Nous pourrons reprendre nos activités, diverses et variées, indispensables au fonctionnement de nos sociétés.

Un gage de confiance

Cette capacité de test est un gage de confiance dans des économies gagnées par la défiance que suscite une épidémie. Comme le rappelle Paul Seabright dans La société des inconnus, notre niveau de coopération entre individus ne partageant pas de liens du sang est presque miraculeux. Dans le monde animal, il est inhabituel entre espèces. L'espèce humaine est tout à la fois extrêmement sociale et extrêmement antisociale. Ces tendances opposées nous sont tout aussi naturelles l'une que l'autre. Fort heureusement, nous arrivons généralement à surmonter nos instincts naturels dans la plupart des cas. Cependant, dans une situation d'épidémie, l'autre devient un danger. Par conséquent, il devient crucial de trouver un moyen de reconstruire cette confiance. La pratique de tests à grande échelle est de nature à redonner cette confiance et préserver le lien social.

Les tests sont aussi cruciaux pour minimiser les risques pris par ceux qui sont quotidiennement en première ligne pour la collectivité. Bien sûr, le confinement n'a rien de drôle. Il faut jongler entre le télétravail, les enfants, le rangement, l'hygiène etc. Mais cela reste facile par rapport aux praticiens s'exposant dans les laboratoires, les cabinets médicaux, les hôpitaux, les installations nucléaires et stratégiques ou les chaines d'alimentation assurant notre survie au quotidien. Nous sommes de plus en plus nombreux à exprimer la reconnaissance qui leur est due, comme l'illustrent les séances d'applaudissements à la nuit tombée. Ces applaudissements seront peu de chose s'ils ne sont pas accompagnés des moyens permettant d'éviter une nouvelle phase de saturation à l'issue de la période de confinement. Il ne faudrait pas que ceux en première ligne, perdent confiance ou s'épuisent faute de support.

Il n'est pas trop tard

Par conséquent, et contrairement à ce que l'on entend trop souvent, il n'est évidemment pas trop tard. Il est de la première importance de tester les gens à grande échelle. Des nouvelles très positives arrivent du laboratoire Roche, qui vient de développer un test automatisé dix fois plus rapide. Le déploiement de cette innovation technique implique de lever les contraintes pesant sur les laboratoires de ville qui, à l'heure actuelle, ne sont pas en capacité de tester massivement de façon sécurisée. Il faut qu'ils puissent faire les tests sans risquer de contaminer leur clientèle et leur personnel. Il faut qu'ils puissent se protéger et donc disposer de matériel : combinaisons, gants, masques, matériel de désinfection. Spontanément, des entreprises comme LVMH et Pernod Ricard ont proposé leur services, mais à ce stade tous les éléments permettant de déployer des tests à grande échelle ne sont pas en place. Alors que certains parlent déjà de mise en jeu des responsabilités politiques, il est temps de corriger cette anomalie en nous dotant des armes dont nous avons besoin dans ce combat pour notre survie à tous.

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a écrit le 23/03/2020 à 9:12 :
En fait de TEST LIBRE de "mes-dits-ca-ment", rien ne vous empêche de tester celui-ci, comme moi :
"Pour ceux qui croient au lien énergétique et spirituel de la corde d'argent reliant le chakra coronal (corona...vire US ?) en haut de leur aura, je suggère un alignement à la source de lumière haute en soi, la voyant descendre dans le niveau physique !

C'est ce que je viens de tester une nouvelle fois avec succès, alors que soudainement fiévreux, avec cette source vue (voulue) active tel un tube de lumière / compassion..., toute indisposition vite disparue, en me voulant voire "Phare de Lumière" vers ce monde...!"
___ Même à mes presque 75 ans, cela fonctionne !
a écrit le 21/03/2020 à 20:18 :
Analyse totalement superficielle, en début d'épidémie.... attendons la fin de celle-ci pour en tirer les conclusions.
a écrit le 21/03/2020 à 19:38 :
Peux-t-on demander aux personnes qui n'ont absolument aucune expertise médicale, sanitaire ou épidémiolique (comme l'auteur de cet article) de s'abstenir en cette période de crise de publier ce genre d'article qui ne fait qu'alimenter la désinformation et la polémique? Ce que nous avons besoin à l'heure actuelle, c'est que chacun d'entre nous respecte le confinement et aide son voisin quand nécessaire. Nous n'avons absolument pas besoin d'entendre ce genre d'opinion, qui ne fait que distraire de l'urgence de ce qui doit être fait.
a écrit le 21/03/2020 à 16:28 :
En dehors de notre capacité sanitaire à réagir (S'EN Y TAIRE ?), le confinement de longue durée de toutes les populations remet en question complètement la solvabilité et le fonctionnement de toute notre économie, des types d'échanges monétaires crus valables jusqu'à présent...! ____ Comme le "présent que l'on se fait, que l'on a imaginé" en rémunérant un certain travail risquera de devenir caduc pour beaucoup, cela rapidement...; et que la planche à billets le permettant n'est qu'une convention mondiale d'un mode d'échanges qui peut changer...; la question d'un Revenu Universel de Base devra vite être posé par les médias, les syndicats, les entreprises proche de la faillite, pour éviter que toute notre société, excessivement artificielle, ne s'écroule très rapidement, trop de suicides à la clef ! Attention..., l'on y est déjà pour bien des métiers et professions, surtout chez les jeunes qui débutent souvent mal payés !§!
a écrit le 21/03/2020 à 16:17 :
Mais si on teste en france. On va lancer des tests sur des masques alternatifs pour savoir si une grande poche en tissu rembourrée de coton ou gaze ou de feutrine ou n'importe quoi ça peut retenir des postillons et eviter de contaminer les autres. Comme ça les gens pourront porter des masques alternatifs sans risque de se prendre une prune par la police pour absence de marquage CE reglementaire dessus.

Nulle survie de la nation sans le cofrac

Y a une faute dans votre article, c'est le gag de confiance, un gag c'est masculin

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