Métavers : le nouvel Eldorado de la finance ?

OPINION. Quelles stratégies pour les groupes bancaires à mettre en place pour occuper le terrain virtuel du Métavers ? Avec quelles nouvelles sources de revenus possibles ? (*) Par Anne-Claire Bennevault, fondatrice de BNVLT et SPAK.

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Anne-Claire Bennevault, fondatrice de BNVLT et de SPAK.
Anne-Claire Bennevault, fondatrice de BNVLT et de SPAK. (Crédits : dr)

Il est déjà sur toutes les lèvres, il sera bientôt à portée de tous les clics. Le Métavers (Metaverse en anglais) poursuit son irrésistible ascension depuis le début de l'année. Objet de convoitise aux possibilités quasi-infinies, il fascine autant qu'il effraye tant son fonctionnement et son langage se refusent aux non-initiés. Rappel des faits : le métavers est un univers virtuel et totalement immersif dans lequel chaque utilisateur peut se connecter via un avatar ou un hologramme en 3D. Au sein de cet univers, il est possible d'acheter de la monnaie virtuelle, d'organiser des réunions, faire son shopping dans des boutiques, assister à un cours de yoga, un concert... Pour les investisseurs, une telle plateforme est la promesse de possibilités marketing inouïes : publicité, achats, abonnements et fidélisation. Pour les utilisateurs, une expérience sociale unique et grisante : le tout sans devoir quitter son domicile.

L'origine du Métavers

Le principe de Métavers est bien connu de tous grâce à la fiction. Il est réellement défini pour la première fois dans le roman de Neal Stephenson : le Samouraï Virtuel (1992). Quelques années plus tard au cinéma la saga chorégraphiée Matrix ouvrait une brèche dans le monde de la réalité alternative. Plus proche de nous, la très ambitieuse série Upload (Amazon Prime) imaginait un lien unique entre le monde réel et l'au-delà. Dans l'univers du jeu vidéo des mastodontes comme Fortnite ou Second Life se partagent déjà la part du lion. Côté réseaux, en janvier 2021, le groupe Facebook se rebaptisait à la surprise générale Meta. Preuve s'il en est de l'orientation stratégique très marquée de ce poids-lourds des GAFA.

Mais ce qui est nouveau, c'est l'intérêt que porte le monde de la finance pour le métavers. Fini le temps ou cette réalité alternative - voire réalité augmentée à l'aide d'un casque - était réservée aux geeks enfermés dans leur chambre. Le Métavers, c'est tendance ! Mais qu'est-ce qui a changé alors ? Les perspectives économiques ! Déjà estimé à 500 milliards de dollars en 2020, le potentiel de ce marché pourrait atteindre 800 milliards de dollars d'ici 2024 selon le très sérieux Bloomberg, voire même 2.000 milliards en 2030. Une croissance vertigineuse qui aide à démocratiser à vitesse grand V ce qui s'adressait à une niche il y a dix ans encore.

Cryptomonnaie et secteur bancaire, deux mondes conciliables ?

Au milieu de ce subit regain d'intérêt certaines plateformes possédant leur propre écosystème se distinguent particulièrement : Sandbox, Decentraland et Roblox. Pour les deux premières, elles s'articulent autour d'une même blockchain : l'Ethereum. Avec cette monnaie virtuelle, que vous pouvez diviser en jetons (tokens), il vous sera possible d'acheter des parcelles de terrain virtuel sur lesquelles implanter votre boutique pixélisée, ou des produits NFT. L'acronyme désigne les Non Fungible Token, un titre de propriété non interchangeable que vous pourrez acheter avec votre cryptomonnaie.

Jusqu'à présent, c'était justement l'ombre envahissante de la cryptomonnaie et l'absence de régulation internationale qui freinaient les géants de la finance à pousser leurs investissements. Une barrière qui pourrait bientôt tomber à terme à en croire le projet en cours de réglementation européen baptisé MiCa (Markets in Crypto-Assests). Son objectif ? Réguler le marché des acteurs de la cryptomonnaie, mais aussi lui apporter une stabilité financière et un cadre juridique protégeant ses consommateurs.

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En attendant d'y voir plus clair, il s'agit pour les banques de ne pas rater le coche et de se positionner pour obtenir une part du gâteau avant que la crypto-levure le fasse gonfler. La JP Morgan et la banque espagnole Caixa ont misé sur Decentraland. Côté Sandbox, on peut noter les investissements récents d'HSBC, Standard Chartered ou la fintech Kard. Avec quelles stratégies ? Rien n'est encore acté mais la possibilité d'ouvrir des agences sur le métavers peut laisser supposer une refonte importante de la relation client, tout comme la réduction des agences traditionnelles et donc des économies de loyers (et de collaborateurs ?) considérables.

Dans un premier temps, il s'agira pour les banques traditionnelles d'accompagner dans un cadre plus normalisé toutes les microtransactions financières du métavers. Faciliter ces paiements, leur trouver un modèle économique viable, pérenne et sécurisé pour leurs utilisateurs. Côté français, l'heure est encore à la frilosité et les grandes enseignes tardent à se positionner, attendant d'avoir plus de recul.

L'avenir nous dira si la demande de la clientèle pour le métavers est aussi forte qu'escomptée mais certains grands groupes financiers placent d'ores et déjà leurs pions, pour ne pas rester sur la touche lorsque le marché sera en plein boom. Restera alors à juger si l'Eldorado virtuel était une vraie mine d'or.

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Commentaire 1
à écrit le 07/05/2022 à 12:20
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Que petit à petit la finance se dirige vers le virtuel est une bonne chose mais si elle pouvait n'être que là ce serait beaucoup mieux. A dividendes virtuels dégâts virtuels ils sont fait beaucoup trop de mal au réel ces écervelés qu'ils nous laissen...

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