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Nationaliser l'assurance-chômage, une autre promesse non tenue

Marc Guyot et Radu Vranceanu

Publié le 13 mars 2018 à 08:59 - Mis à jour le 13 mars 2018 à 09:18

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Lors de la campagne électorale, le candidat Emmanuel Macron avait indiqué son souhait de nationaliser l'assurance-chômage. Après des semaines de discussions avec les syndicats, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, vient de rendre sa copie de la réforme à suivre. La proposition phare ne figure pas, les syndicats ayant encore une fois, comme pour la réforme du code de travail et la fameuse inversion des normes, imposé leur volonté. Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, professeurs à l'ESSEC.

La nationalisation de l'Assurance chômage est une mesure de bon sens. Actuellement, l'Assurance chômage (UNEDIC) est gérée de manière paritaire par les représentants des employeurs (MEDEF, CGPME, U2P, ...) et les grands syndicats employés nationaux (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, FO). Ils décident de la politique d'indemnisation du chômage, en s'appuyant sur les ressources de l'UNEDIC, financée par des prélèvements obligatoires sur les salaires.

Quelle serait la légitimité des employeurs à gérer l'UNEDIC ? Il apparaît en effet étrange de confier aux représentants des firmes, qui embauchent et licencient, la responsabilité de gérer le système d'assurance pour le compte des licenciés de la même façon qu'il serait surprenant que Renault ou Peugeot soient en charge de la gestion de l'assurance auto, payée par chaque automobiliste. Dans la mesure où le chômage joue un rôle dans les conditions de recrutement des entreprises, celles-ci ne peuvent pas ne pas avoir un biais vers leurs intérêts lorsqu'elles négocient le niveau de l'allocation chômage. Un aspect de ce conflit d'intérêt peut être, entre autres, mis en lumière avec la théorie du salaire d'efficience. La peur du chômage, faiblement indemnisé, devrait inciter les employés à fournir un effort plus important sur le lieu du travail. Par ailleurs, parmi les 25 représentants des employeurs, le MEDEF représente la partie la plus importante. Cette organisation patronale étant fortement orientée vers la protection des intérêts des grands groupes industriels, un nouveau conflit d'intérêt apparaît. L'expérience nous montre que leur désir de maintenir la concurrence à un niveau faible peut inciter ces entreprises à faire des concessions salariales aux syndicats, tout en embauchant avec célérité et en délocalisant les usines quand les opportunités se présentent.

Faiblesse du taux de syndicalisation

L'autre partie prenante dans la gouvernance de l'Unedic, les grands syndicats employés, a comme objectif la protection des salariés et non la protection des chômeurs ou la réduction du chômage. La concurrence existant entre ces syndicats les conduit à rivaliser entre eux par l'exigence continuelle d'augmentations de salaires. Cette forte pression salariale déconnectée des conditions de l'activité des entreprises a pu détériorer la compétitivité de certaines firmes, avec un impact négatif sur l'emploi. La faiblesse du taux de syndicalisation en France, 11% dont 8,7% dans le secteur privé, renforce cette concurrence entre syndicats pour attirer les votes. Les chômeurs de leur côté ne paient pas de cotisation et ne participent pas aux élections syndicales. Les syndicats n'ont donc aucune incitation à considérer la lutte contre le chômage comme une priorité.

Selon nous, deux solutions permettraient d'augmenter l'efficacité de la gestion de l'assurance chômage. L'une serait de déléguer la gestion de l'assurance-chômage au secteur privé, avec une règlementation appropriée. Très probablement, la France n'est pas prête pour ce type de délégation de service public. L'autre solution était celle envisagée par Emmanuel Macron, soit d'étatiser l'assurance chômage. La lutte contre la précarité de revenus fait partie des objectifs de l'Etat, il est donc normal qu'il s'attelle à cette tâche. Cette action aurait comme conséquence de confier la gestion de l'assurance chômage à un acteur qui n'a pas de conflit d'intérêt avec la mission attribuée. Si le MEDEF et les syndicats s'y sont logiquement farouchement opposés, c'est parce qu'ils voient disparaitre une source d'influence et de pouvoir de négociation, qu'ils peuvent utiliser pour des intérêts spécifiques, au service des actionnaires et des salariés protégés par le CDI à la française, ainsi que pour sauvegarder leurs propres emplois.

Pression conjointe des syndicats et du MEDEF

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Malheureusement, sur ce point, comme sur le niveau prioritaire de la négociation collective et la simplification du code du travail, Emmanuel Macron a dû abandonner ses engagements de campagne sous la pression conjointe des syndicats et du MEDEF. Depuis son élection, le président Macron et son gouvernement ont entrepris un grand nombre de petites reformes, des réformes qui vont dans le bon sens mais qui sont bien trop timides pour être efficaces. Les réformes courageuses dont le pays a besoin semblent être remises à plus tard avec cette stratégie de petits pas, alors même que l'environnement macroéconomique est fortement porteur. Il est à craindre que la fenêtre d'opportunité de réforme se referme et ce gouvernement en portera la responsabilité. Des dirigeants politiques comme Gerhard Schroeder et tout dernièrement Matteo Renzi ont perdu les élections, mais sont rentrés dans l'histoire comme des vrais réformateurs. Il est temps pour Emmanuel Macron de choisir la marque qu'il veut laisser dans l'histoire.

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