Numérique, formation et handicap, une opportunité pour l'économie française

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(Crédits : Reuters)
OPINION. Sur le marché du travail, les personnes en situation de handicap sont pénalisées, comme l'attestent de nombreux indicateurs. Mais grâce à la révolution numérique, elles devraient pouvoir accéder à des emplois plus qualifiés et contribuer à accompagner l'économie française dans sa transformation digitale. Par Alain Assouline, président du réseau des écoles WebForce3 (*), fondateur du programme Handi4Change.

Un demi-million de personnes en situation de handicap sont sans emploi car, entre autres raisons, les dispositifs de formation ne sont pas adaptés. Pour elles, le taux de chômage est de 19%, soit deux fois plus que la moyenne nationale. Et leur période d'inactivité est plus longue : 824 jours de chômage en moyenne pour les personnes handicapées inactives, soit près de 200 jours de plus que pour l'ensemble de la population sans emploi[1]. Cette situation, chronique et aberrante, ajoute de l'exclusion économique et sociale au handicap. Peu visible, elle donne le sentiment de ne pas être une priorité politique, alors qu'elle relève d'une injustice grave entre actifs. Pourtant, plutôt que de céder au fatalisme, des opportunités existent pour enrayer ce phénomène.

Un angle mort de l'économie sociale ?

La question de l'accès des personnes en situation de handicap à la formation et à l'emploi pose la question de leur pleine citoyenneté. Et plus largement du rapport au travail, rémunérateur, émancipateur et créateur de lien social. Même lorsqu'elles travaillent, elles occupent plus souvent un emploi d'ouvrier non qualifié et moins souvent de cadre, travaillent plus souvent à temps partiel et sont plus souvent en situation de sous-emploi[2]. En parallèle, le manque d'accès à la formation des personnes handicapées en France est criant dans les formations traditionnelles. Et pas toujours considéré à sa juste importance dans les formations émergentes qui vont façonner le tissu économique des années avenir.

L'économie numérique cherche des travailleurs qualifiés

Les personnes en situation de handicap pourraient pour beaucoup d'entre elles accompagner l'économie française dans sa transformation digitale. Car on a beau crier que le numérique détruit des emplois, la réalité est différente.

Le numérique crée des emplois, et pourrait en créer encore beaucoup plus. Loin de l'eldorado du codeur star vendant sa virtuosité au plus offrant, c'est toute l'économie, TPE, ETI, grands groupes et services publics, qui a besoin aujourd'hui de talents formés à des métiers du digital ou à des fonctions transverses dans ces métiers.

Ceux-ci sont bien plus variés et massifs qu'on veut le croire : développeurs bien sûr, mais aussi chefs de projet digital, techniciens cybersécurité, administrateurs de réseau, ou encore dans le marketing digital. Sans parler des experts analystes de données, blockchain ou intelligence artificielle... Ces fonctions seront demain dans toutes les entreprises. Certaines n'existent pas encore, d'autres existent mais ne sont pas formalisées ou n'obéissent pas à une nomenclature traditionnelle, et manquent de visibilité. Mais c'est une certitude : les entreprises du numérique de toutes tailles se plaignent de manque de main d'œuvre, de niveau Bac + 2 à Bac + 5. Sans parler de toutes les entreprises et services publics qui introduisent toujours plus de numérique dans leur fonctionnement.

Alors que Cédric O, secrétaire d'Etat chargé du Numérique, rappelait récemment que 80.000 emplois étaient à pourvoir en France dans les seuls métiers du numérique, on peut se demander comment le numérique n'a pas encore été l'objet de toutes les attentions pour résoudre le sous-emploi des personnes handicapées.

Accompagnement vers l'emploi et digital sont des alliés naturels

La France dispose de nombreux savoir-faire et parmi eux l'accompagnement des publics éloignés de l'emploi. Les initiatives pour les décrocheurs, chômeurs longue durée, personnes discriminées ou fragiles, se sont développées, ont été évaluées. Nombreuses sont celles qui ont prouvé leur efficacité. Avec un principe clef : l'adaptabilité.

Pour les personnes en situation de handicap, il est quelquefois difficile de se rendre sur le lieu de formation quand on est en fauteuil, difficile de suivre le rythme lorsqu'on a des troubles de l'attention, difficile de s'intégrer à un groupe quand on a des troubles du comportement.

La digitalisation des processus de formation offre de nombreuses opportunités permettant d'aménager les emplois du temps, de proposer des rediffusions, des exercices en ligne, des échanges avec des professeurs de grande qualité, de s'évaluer dans un groupe de niveau en temps réel... Autant d'outils qui peuvent être réinvestis afin de rendre possible la formation des personnes en situation de handicap ayant simplement besoin d'une gestion du temps et de modalités de formation différentes et adaptées.

Changer les mentalités pour le bénéfice de tous

Il existe enfin un saut intellectuel à franchir par des personnes en situation de handicap sur leur capacité à évoluer vers des emplois innovants, des emplois qui sont au cœur de l'évolution de l'entreprise de demain. Et en cela de lutter contre leurs croyances limitatives, quelles que soient l'origine de ces dernières. Et au reste de la société, d'y voir une opportunité rare de faire entrer dans l'entreprise toujours plus de diversité. Car embaucher ces personnes, c'est pallier le besoin de main d'œuvre, mais c'est aussi bénéficier de leurs compétences, de leur engagement souvent exceptionnel, de leur parcours et de leur regard singulier au sein du groupe.

[1] D'après le bilan au 1er semestre 2018 du marché du travail des personnes handicapées par l'Agefiph

[2] Etude de la Dares, Ministère du Travail, 2015

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(*) WebForce3

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Commentaires
a écrit le 12/11/2019 à 16:50 :
Un angle mort de l'économie sociale ?

A partir du moment ou l'état est dans le déni du handicape, disons qu'il est difficile de penser qu'il (l'état) ne fera que produire de l'économie en dehors de ces questions.

L'insertion, les financements, franchement c'est une ritournelle!

J'ai eu l'occasion de le voir dans la techno, c'est une question de personne, et non d'opportunité.

Et comme tout les matins je vois une personne aveugle que j'aide a traverser a un feu avec plusieurs routes, a paris et qu'elle doit attendre que quelqu'une passe a côté d'elle, car pas d'avertisseur sonore, disons que venir ensuite expliquer que ce serait une opportunité, pour qui?

Cela fait bien longtemps que l'état et l'économie marginalise le handicape, alors les beaux mots, c'est bon pour la com, les faits démontrent ne serait ce qu'a l'école, comment cette mystification langagière donnera du vide.

Sinon oui pour les start up et autres entreprises qui aurons les fonds pour faire, mais dire n'est pas faire.

faire face mieux vivre avec le handicap 2017

"Plus de 510 000 travailleurs en situation de handicap étaient inscrits à Pôle Emploi en décembre 2017. En un an, leur nombre a augmenté deux fois plus vite que celui de l’ensemble des demandeurs d’emploi."

talenteo:

"Celles qui ont un emploi:Elles sont 938 000 … sur 2,7 millions de personnes
reconnues handicapées. (casi 40% au chômage).

Le niveau d’éducation est révélateur: seulement 24% ont une qualification niveau Bac ou plus (alors que 49% de la population a un niveau d’étude supérieur).

Le taux de chômeurs handicapés augmente: + 4,7% par rapport à 2016, et donc 513 505 personnes sont sans travail (à fin 2017). 49% de ces demandeurs d’emploi ont 50 ans et plus (contre 25% pour la population globale).

L’inégalité se fait également ressentir quant à la durée du chômage: 57% sont sans emploi depuis 1 an (45% pour la globalité des demandeurs), et ils restent plus longtemps au chômage: 804 jours contre 602 pour les valides.

Si elles sont majoritairement dans le privé (70%), 119 051 personnes travaillent dans un ESAT et 34 229 dans une Entreprise Adaptée. Seulement 8% travaillent en indépendant.

Bon, il me semble que les chiffres parlent d'eux mêmes !!!
a écrit le 12/11/2019 à 12:58 :
Le robot commandant de chez amazone a besoin d'un humain en totale possession de ses moyens pour l’exploiter jusqu'à ce qu'ils soit rincé.

La robotique, le numérique il y avait la théorie... et maintenant nous avons la pratique.

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