Quelles conséquences le Covid-19 aura-t-il sur les retraites en 2020 ?

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(Crédits : Reuters)
OPINION. Chaque année avant le 15 juin, un rapport annuel doit être produit par le COR (Conseil d'Orientation des Retraites) pour dresser un bilan sur l'ensemble des thématiques liées à la retraite. Ce document est fondé sur des indicateurs de suivi et de pilotage visant à mesurer l'adéquation du système à ses objectifs. Cependant, cette année, en raison des incertitudes provoquées par la crise sanitaire et économique liée à la Covid-19, le rapport de juin n’a pas pu être établi. En conséquence, le 11 juin dernier, le COR s’est réuni pour identifier et mesurer les premiers impacts de la crise sur le système de retraite. Face à la situation actuelle, quels sont les résultats des analyses menées par le COR ? Peut-on déjà identifier les impacts de la Covid-19 sur notre système de retraite ? Par Aurélie Sutter, consultante mc2i (*)

À l'issue de la réunion du 11 juin, un premier bilan a été partagé. Le COR est formel, il s'agit d'éléments de réflexion qui sont accompagnés de fortes incertitudes (les premiers résultats étant liés à des estimations provisoires, qui sont elles-mêmes fondées sur des données susceptibles d'évoluer). Un autre rapport est donc prévu en novembre 2020 (si la situation le permet) pour cadrer les premiers impacts.

De lourdes pertes à prévoir

Dans ce premier bilan, l'impact de la crise est identifié au niveau des ressources du système de retraite. En effet, avec le report des cotisations sociales qui est devenu possible pour les entreprises et jusqu'à 36 mois, le COR estime une perte, dès 2020, de 6,7 milliards d'euros pour la retraite. L'exonération totale des cotisations patronales annoncées et compensées par l'État, engendre également 1,3 milliards d'euros de perte pour la retraite (sans impact pour les droits individuels). Au total, l'estimation du COR est de - 25,7 milliards d'euros en juin 2020 (la baisse était de - 1,5 milliards d'euros en 2019).

En complément, une surmortalité liée au Covid a été observée en mars et avril 2020. Le bilan de l'INSEE du 18 mai dernier indique 21.000 décès pour les prestataires du Régime Général (droits propres) et 6.000 décès pour les droits dérivés. Ce constat n'intègre donc pas une éventuelle sous-mortalité ou surmortalité pour le reste de l'année 2020. Avec ces premières données, des hypothèses se dessinent sur les prestations, mais aussi sur les pensions de réversion. En effet, ces décès entraîneraient ainsi une baisse des prestations de 106 millions d'euros en 2020. Et, côté réversion, une hausse de liquidations de pensions avec une estimation de 18 millions de prestations supplémentaires sur 2020.

Vers un meilleur niveau de vie pour les retraités ?

Un autre impact a été relevé sur le niveau de vie des retraités. Il pourrait s'avérer meilleur que celui de l'ensemble de la société, en raison de la crise sanitaire qui s'installe. Les premières estimations indiquent que la rémunération moyenne nette baisserait de 5,3% entre 2019 et 2020. Tandis que la pension moyenne nette des retraités serait en hausse de 1,2%. Le niveau de vie des retraités par rapport à celui de l'ensemble de la population serait ainsi en hausse en 2020. Il passerait de 105% en 2019 à 110% en 2020.

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Niveau de vie moyen selon l'âge rapporté
à celui de l'ensemble de la population en 2016

Lecture : en 2016, le niveau de vie moyen des personnes âgées de 60 à 64 ans s'élève à 115,9 % du niveau de vie moyen de l'ensemble de la population.

Source du graphique : INSEE-DGFiP-CNAF-CNAV-CCMSA, enquêtes Revenus fiscaux et sociaux 2016.

Les effets inattendus sur les demandes de droits à la retraite

Les demandes de droits à la retraite, du fait du confinement ont diminué. La CNAV estime qu'environ 27.000 dossiers n'auraient pas été déposés. Par rapport à 2019, on dénote 20 à 25% de demandes en moins. Les assurés auraient décalé leur départ du fait du confinement. Dans certains régimes (IRCANTEC par exemple), il n'est pas possible d'effectuer de démarche en ligne mais uniquement par téléphone. Ainsi, du fait de cette contrainte et de l'arrêt des agents, la CNAV estime qu'environ 14.000 dossiers n'ont pas été déposés.

Ces impacts sont entourés d'hypothèses sur 2020 et ne tiennent pas compte pour le moment, de la fin d'année et de l'épidémie qui continue de progresser sur le territoire. Le COR insiste tout au long de son bilan sur le fait qu'il est particulièrement difficile de se projeter dans l'avenir et donc d'aboutir à des conclusions. D'une part, parce qu'il n'existe pas de repère historique mais aussi parce qu'il est compliqué d'obtenir des données précises. En effet, l'INSEE n'a pas publié l'ensemble des indices habituels en raison de la crise. À la place, des notes ont été diffusées et elles ne permettent pas d'étudier précisément les conséquences sur notre système de retraite. Des scénarios hypothétiques sont cependant à l'étude en fonction d'une reprise économique avec un PIB qui reprend son niveau d'avant crise en 2032 et a contrario, un PIB qui ne retrouve jamais son niveau d'avant crise. Ces deux projections ne sont pas détaillées pour le moment dans ce premier rapport, c'est pourquoi il convient d'attendre le deuxième de novembre. On peut cependant, déjà supposer que dans les deux études, il s'agit bien d'une crise qui s'installe.

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(1)  Le Conseil d'orientation des retraites (COR) est une instance indépendante et pluraliste d'expertise et de concertation. Créé en 2000, il est chargé d'analyser et de suivre les perspectives à moyen et long terme du système de retraite français. Qu'il s'agisse de l'équilibre financier, des montants des pensions ou encore de l'âge et la durée d'assurance, Le COR établit des diagnostics et des bilans sur l'ensemble des thématiques de la retraite. Ces analyses peuvent être amenées à éclairer, voir orienter les parlementaires car elles sont liées à l'évolution de la société. Il peut ainsi avoir une influence dans l'actualité politique mais aussi dans l'étude des impacts d'une crise.

Le COR est composé de 40 membres, placés auprès du Premier ministre. On y retrouve des parlementaires, des représentants d'organisations professionnelles et syndicales, mais aussi des retraités ou encore des familles de membres de l'administration et d'experts. La loi assigne au Conseil de décrire les perspectives à moyen et long terme des régimes de retraites obligatoires au regard des évolutions économiques, sociales et démographiques. Les conditions requises pour assurer la viabilité financière à terme de ces régimes doivent être également identifiées, notamment au travers des réformes.

Sources : https://www.cor-retraites.fr/presentation
Réunion du Conseil du 11 juin 2020 Rapport Retraites et COVID-19 : point de situation
CNAV, DSPR, note 2020-DSPR-036, 03/06/2020
Rapport annuel du COR - Juin 2019

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(*) Par Aurélie SUTTER, Consultante mc2i

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Commentaires
a écrit le 16/10/2020 à 10:10 :
14000 dossiers de retraite non demandés , demander sa retraite en ligne avec France connect une vraie galére , en plus vu le nombre de justificatifs a joindre la demande bug il faut sauvegarder et recommencer plusieurs fois et une assistante virtuelle pour vous aider, comment ne pas abandonner.
Merci a nos administrations, les assistantes sociales sont débordées.
a écrit le 16/10/2020 à 8:46 :
Depuis au moins une décennie, ce pays utilise tous les motifs, moyens et arguments possibles pour réduire la retraite des citoyens dans le privé. C'est lamentable quand on sait que la valorisation de AGIRC-ARRCO en onze ans a été de 4.28 %.
C'est vraiment étonnant que cette réduction ne touche jamais les nantis: sénateurs, députés, anciens présidents, Haut fonctionnaires, les régimes spéciaux, etc...
a écrit le 15/10/2020 à 13:54 :
106 milliards d'euros pour 21 000 décès. je ne pensais pas qu'il y avait 21 000 retraites chapeaux en France...
Réponse de le 15/10/2020 à 20:25 :
Je suis a la retraite depuis 2017 et avc cet crise du covid 19 je pense que le gouverneur actuel voudrais que on meurent pour leur faire des économies même pour ceux qui ne gagnent que 1000€ ppar mois aillant cotisé 43ans de bons et loyaux services ...a part sa tout va TB en France
a écrit le 15/10/2020 à 10:42 :
Le chômage partiel sera pris en compte pour la retraite de base dit Pénicaud. Le gouvernement va modifier les règles du chômage partiel pour que les salariés concernés acquièrent "des droits à la retraite de base" de la Sécurité sociale, a annoncé mercredi la ministre du Travail, Muriel Pénicaud ,c'était le.6 mai 2020 ,depuis toujours aucun décret sur le sujet.

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