OPINION - L’examen de la loi de programmation militaire intervient dans un contexte de montée des tensions internationales qui implique de se préparer aux conflits de haute intensité. Ce texte doit être l’occasion de débattre pour repenser les approches de l’innovation dans le secteur de la défense et chercher des réponses aux besoins des forces armées françaises alliant l’agilité, la performance opérationnelle et l’efficacité économique. Par Patrick Gaillard, directeur général de Turgis et Gaillard, et...Actuellement en cours d'examen au Sénat, la loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit une forte hausse du budget de l'armée (413,3 milliards d'euros sur sept ans), afin de répondre aux faiblesses capacitaires mises en lumière par le conflit en Ukraine. Le débat autour du projet se cristallise également entre les notions de « masse » et de « cohérence ». Tandis qu'une partie des acteurs du secteur encouragent l'armée à se doter d'un maximum d'équipements, d'autres estiment qu'il faut déjà garantir l'utilisation des moyens existants (entretien, entraînement...).
Une réponse partielle à ces débats pourrait résider dans la promotion et la valorisation de la notion d'innovation d'architecture, au service d'une réponse plus agile et plus efficace aux besoins capacitaires actuels et futurs des opérationnels.
Canon Caesar, une innovation devenue un best-seller
Comme l'Exocet lors de la guerre des Malouines, la guerre en Ukraine met en lumière le succès et l'efficacité du Caesar, le système d'artillerie de 155 mm sur camion. Pourtant ce matériel n'était pas jugé nécessaire par les armées lorsqu'il a été conçu. Dans les années 90, la nouvelle entreprise Giat Industries (désormais plus connue sous le nom de Nexter), mise en difficulté par les « dividendes de la paix » et la baisse des budgets, doit absolument renforcer ses positions à l'export, sur un marché concurrentiel de matériels relativement comparables.
La direction des programmes d'artillerie propose alors d'améliorer les performances du canon tracté TRF1 et de simplifier drastiquement son architecture en adaptant directement le canon sur le camion tracteur, le rendant par là même plus mobile, aérotransportable et sensiblement moins cher. Le coût de la mobilité propre du TRF1 lui permettant de se déplacer de quelques centaines de mètres était en effet du même ordre que celui du camion. A l'époque, l'Armée de Terre, satisfaite avec ses équipements existants, n'avait exprimé aucun besoin pour un tel matériel. L'équipe d'ingénieurs du Giat réussit néanmoins cette prouesse technique et développe un prototype de Camion Equipé d'un Système d'Artillerie qui sera exposé au salon Eurosatory de 1994 et baptisé Caesar.