Robots : gadget ou révolution ?

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Eric Dupuy.
Eric Dupuy. (Crédits : DR)
OPINION. Même si les robots n'ont pas attendu le XXIe siècle pour investir les entreprises, les récents progrès de l'automatisation relancent les interrogations et les craintes sur la place accordée aux robots dans les processus de production voire sur la disparition des emplois humains. Où en sommes-nous réellement ? Par Eric Dupuy, associé France EY.

Robot ? Vous avez dit robot ? Il suffit de prononcer ce mot pour déclencher une palette d'émotions parmi lesquelles l'enthousiasme et la peur. La peur de perdre son emploi essentiellement. Pourtant, les robots n'ont pas attendu le XXIe siècle pour investir les entreprises. Activés par la vapeur, l'électricité et l'informatique, ils ont déjà révolutionné les processus de production. La différence avec le monde d'hier réside dans le fait qu'aujourd'hui les progrès de l'automatisation laissent peut-être pour la première fois entrevoir un monde où les tâches répétitives ne seraient plus l'affaire des hommes et des femmes.

Que faut-il espérer de cette robotisation en marche ? Plus de sens au travail ? Une substitution de l'homme par la machine ? Pour beaucoup, la réponse n'est pas claire. Résultat, parce que nous n'en sommes qu'au début du processus massif d'automatisation, la robotisation attise les passions. Elle biaise les jugements. Encore trop élémentaires pour représenter autre chose qu'un gadget ou une faille de sécurité pour les uns, vecteurs d'un bouleversement des modes de vie et du modèle des entreprises pour les autres, quelle est la place des robots dans l'entreprise aujourd'hui ? Où en sommes-nous réellement ?

Plus de temps pour les tâches à forte valeur ajoutée

Alors qu'il y a seulement un an, les entreprises en étaient encore à tester les technologies de RPA (Robotic Process Automation) en les circonscrivant prudemment à des projets pilotes, elles sont aujourd'hui entrées dans une phase de déploiement effectif, les phases d'essai ayant été concluantes.

Désormais, la plupart des entreprises qui ont sauté le pas comptent des dizaines de robots, installés le plus souvent sur des serveurs ou sur les ordinateurs de leurs salariés. Parce qu'ils prennent en charge certaines tâches jusqu'ici assurées par l'homme, ces logiciels dernier cri offrent aux salariés plus de temps à consacrer aux tâches à forte valeur ajoutée. Loin de la vision selon laquelle ils ne se substitueraient pas complètement aux employés, à ce stade en tout cas, le temps « récupéré » étant inférieur à un ETP (équivalent temps plein).

Si certains grands groupes ont d'ores et déjà intégré 10, 30, 100, jusqu'à 500 robots, rares sont les entreprises qui ont suivi leur exemple. Au-delà de 10 robots, le nombre d'entreprises dans l'aventure chute même brutalement. Un effet de seuil existe, qui pourrait rapidement se transformer en trappe à l'industrialisation.

Si les freins sont psychologiques - que faire des salariés ? -, ils sont également techniques. Opérationnels. En effet, intégrer des robots en grand nombre pose la question de leur coordination et suppose bien souvent de repenser totalement la structure opérationnelle de l'entreprise.

Avec une telle batterie de robots à disposition, le temps et la vitesse d'exécution doivent en effet être envisagés différemment, car leurs capacités de calcul et leurs particularités peuvent être combinées pour effectuer des tâches en des laps de temps très courts ou réallouées en fonction des besoins. Une savante chorégraphie qui nécessite l'installation d'une salle de contrôle spécifique (control room).

Pour tirer tout le bénéfice de la robotisation et le passage à une véritable « équipe virtuelle » les entreprises doivent former leurs collaborateurs mais également penser leurs processus et leurs organisations différemment. Pour accélérer ce mouvement, les aides publiques pourraient être ciblées non pas sur les pilotes ou les petites séries mais également sur le changement d'échelle et la transformation nécessaire que l'on constate à partir d'un certain seuil. Pour casser cet effet de seuil et éviter un effet d'aubaine à contre-emploi, il serait donc plus judicieux de subventionner l'installation d'une salle de contrôle des robots que l'achat de robots à l'unité.

Repenser la structure opérationnelle de l'entreprise

Dans ce cas de figure, faut-il également redouter le remplacement complet de l'homme par la machine ? Mis à part pour les entreprises en difficulté, pour qui ces technologies représentent une ultime chance de survie, en remplaçant purement et simplement l'homme par la machine, l'automatisation est jugée par les entreprises ayant franchi le pas comme un moyen d'améliorer la qualité des processus, de développer de nouvelles compétences des collaborateurs et de redéployer les équipes sur des activités de réflexion, de création et d'interaction que les robots ne peuvent accomplir.

En effet, à condition de transformer l'organisation, l'arrivée des machines peut et doit rimer avec plus d'interaction humaine. Une fois délestés de tâches chronophages mais impératives, nul doute que les hommes et les femmes qui, jusqu'ici, ont fait vivre leur entreprise, puissent contribuer à son renouveau. Tant de métiers, tant de fonctions doivent être réinventées ! De la relation client à la relation fournisseur en passant par la distribution ou la formation des salariés, les domaines bouleversés par les nouvelles technologies ne manquent pas.

Une véritable révolution est à l'œuvre, et pas forcément celle que l'on croit : car il n'est pas uniquement question d'automatiser les processus, il est aussi et surtout question de ré-enchanter le travail.

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Commentaires
a écrit le 19/04/2019 à 12:07 :
Les robots sont une révolution pour l’humanité par leur aptitude à faire un travail précis , sans erreur ( le cas des opérations médicalisés , militaires...)
Ce sont des outils performants et non des gadgets inutiles.
a écrit le 18/04/2019 à 15:45 :
"comptent des dizaines de robots, installés le plus souvent sur des serveurs ou sur les ordinateurs de leurs salariés"
J aimerai bien qu on m explique comment on peut installer un robot sur un serveur ou un ordinateur … surtout que l auteur parle plus loin de salle de controle et de production. On a donc pas affaire a des robots virtuels

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