S'inspirer d'expériences étrangères pour faire évoluer le système de gouvernance de santé français
Loïc Chabanier et Aurélien Bouchet

Photo d'illustration
DR
Loïc Chabanier et Aurélien Bouchet

Photo d'illustration
DR
Alors que l'égalité d'accès aux soins est au cœur des préoccupations, le nombre de médecins baisse, du fait notamment de la politique du numerus clausus engagée dans les années 80. Le constat fait par « Défi métiers » est aussi inquiétant : la carrière des aides-soignants et des infirmiers en Île-de-France est inférieure à 15 ans !
Le gouvernement actuel hérite d'une situation compliquée résultant de choix politiques faits depuis plus de 20 ans. Le numerus clausus a été supprimé à compter de la rentrée 2020. Avec le Ségur de la Santé, l'Etat s'est engagé à investir massivement et revaloriser les salaires du personnel hospitalier.
Ces mesures sont loin d'être suffisantes. Le système de santé pourrait être plus efficace et reste miné par un manque de lisibilité et de dialogue. En cause ? L'excès de centralisation de la gouvernance et du pilotage opérationnel. Un rapport récent de la commission des affaires sociales sur les agences régionales de santé souligne leur gigantisme géographique qui les éloigne du terrain en reléguant au second plan l'échelon local.
Une évolution de gouvernance est nécessaire, mais le sens et le contenu de celle-ci restent à préciser.
Pour éclairer les pistes d'évolution du système français et nourrir la réflexion, nous avons réalisé un benchmark des pratiques de 7 pays de l'OCDE (France, Suède, Espagne, Italie, Angleterre, Allemagne et Québec) qui offre une vision de la diversité des systèmes de santé. Quelles sont nos principales conclusions ?
Les systèmes de santé étudiés sont plus décentralisés qu'en France. Le pilotage et l'organisation sont délégués à l'échelon régional ou local pour adapter les politiques au terrain et rendre plus pertinente l'utilisation des fonds. L'exécutif national garde un rôle essentiel dans l'orientation stratégique. La cohérence nationale est assurée par la contractualisation entre les différents échelons.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Le maillage des entités décentralisées correspond souvent à la structure institutionnelle des pays, mais ce n'est pas toujours le cas. Ainsi, la Suède, état unitaire par excellence, a un système de santé décentralisé avec un degré d'autonomie équivalent à celui des Länder allemands.
La décentralisation implique un réel transfert de ressources de façon à donner une forte autonomie dans leur allocation. Il ressort ainsi que dans ces systèmes décentralisés, le triptyque autonomie financière, contractualisation et la responsabilisation est indissociable et constitue le prérequis à l'efficacité du système sanitaire.
La décentralisation peut aussi accentuer les inégalités entre territoires. L'échelon national doit donc veiller à adapter le système de santé pour corriger ces inégalités ou optimiser les ressources rares.
Gouvernance santé proche des territoires, organisation territoriale des acteurs, autonomie financière, démocratie sanitaire sont autant de leviers d'amélioration du système de santé qui ressortent de ce benchmark.
Il appartiendra aux pouvoirs publics de tirer des conclusions et de prendre les décisions en matière de gouvernance santé. Pour notre part, nous identifions trois pistes à mener en parallèle :
La campagne présidentielle qui s'engage est l'occasion de « planter le décor » en posant les enjeux pour la France. Quel qu'il soit, le prochain exécutif devra faire preuve de courage dans la prise de décision, et se doter de compétences de pilotage à la hauteur de la complexité de cette transformation.
Loïc Chabanier et Aurélien Bouchet
OPINION. « Face aux GAFAM, la souveraineté numérique passera par l’interopérabilité »
OPINION. « Si le G7 veut corriger les déséquilibres économiques mondiaux, il doit commencer par traiter ceux dont il est directement responsable »
OPINION. « Torture animale en ligne : la France ne peut pas rester spectatrice du commerce de la cruauté »
OPINION. IPO de SpaceX : « La souveraineté ne se décrète pas, elle se finance »