Startup Nation, accoucheras-tu d'une licorne à cheminée ?

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(Crédits : Reuters)
Stabilisation de la part de l'industrie dans le PIB, relance des investissements étrangers, solde d'usines construites enfin redevenu positif en 2017 : c'est un fait, l'industrie française va mieux ! Par Michaël Valentin, directeur associé d'OPEO et Renan Devillières, CEO et cofondateur d'OPEO Startup Studio

À l'heure de ce regain de santé des plus encourageants, le secteur de la tech affiche, quant à lui une forme olympique. L'existence d'entreprises françaises en hyper-croissance ou l'affirmation de la France en tant que hub incontournable dans l'Internet des objets permettent d'en prendre la mesure. La France prend la tête des investissements en Europe, devant la Grande-Bretagne. La Startup Nation promise par Emmanuel Macron semble bel et bien en voie d'advenir !

Et si cet incroyable dynamisme pouvait atteindre l'Ancien Monde pour créer un effet de levier ? Le moment semble venu de briser les frontières pour profiter pleinement des atouts de nouveaux modèles qui connaissent aujourd'hui un succès flamboyant.

Les Licornes, moteurs indispensables à la croissance de demain

Celles qui l'appliquent le mieux portent un nom qui reflète davantage leur rareté que leur redoutable force : Licorne. Ces jeunes entreprises valorisées à plus d'un milliard d'euros sont les moteurs indispensables pour préparer l'avenir et acquérir des positions dominantes sur de nouveaux marchés, dont certains demeurent encore insoupçonnés. Grâce à l'essor des plateformes, elles sont même capables de créer des quasi-monopoles qui irriguent l'ensemble de la société. Aux États-Unis, les GAFAM en donnent un exemple éloquent. Ces géants représentent aujourd'hui une part croissante du PIB — rappelons qu'Amazon et Apple combiné égalent le PIB français en capitalisation boursière — et de la croissance dans un pays où le quasi-plein emploi est devenu une réalité : le secteur digital explique 50% des créations d'emploi en 2017 aux USA, alors qu'il ne représente que 15% du PIB !

Vision très forte et communication millimétrée pour attirer les talents (Storymaking), exploitation du mode réseau pour rendre le produit viral (Traction tentaculaire), Intégration verticale et horizontale pour accélérer les process, obsession de la satisfaction utilisateur, modèle d'affaires exponentiel basé sur un endettement fort et une promesse de monopole futur sont les forces de ces pure players. Pourquoi ne pas s'en inspirer pour tirer pleinement profit de la 4e révolution industrielle ?

Hybrider les modèles de l'Ancien et du Nouveau Monde

L'une des clés du 4e âge de l'industrie consiste à hybrider ces modèles avec ceux de l'Ancien Monde pour permettre l'émergence de licornes d'un type nouveau, conjuguant culture digitale et industrielle.

Aux États-Unis, il existe déjà au moins un exemple réussi de cette hybridation. Malgré le temps qu'a mis ce changement à infuser dans le monde industriel : au-delà des controverses, Tesla, avec plus de 50 milliards de dollars de capitalisation, tient le cap et est la première entreprise hors retail et digital à proposer un fascinant exemple de ce modèle hybride. Juste derrière et malgré quelques difficultés, un acteur comme Rubicon propose un nouveau modèle de gestion de déchets en fédérant des acteurs indépendants tout en créant de la performance algorithmique, plus efficacement que les géants du secteur.

Et, en France, qu'en est-il ? Avec l'ensemble des moyens dont elle dispose, l'industrie française est pleinement en mesure de relever ce défi si elle parvient à remplir trois conditions essentielles.

Un défi que l'industrie française peut relever

D'abord, un changement d'état d'esprit est nécessaire et doit irriguer l'ensemble. Ce changement passe par le fait d'accepter la disruption. Il passe également par l'horizontalisation des organisations industrielles et la cultivation, chez les dirigeantes et les dirigeants, des qualités indispensables que sont l'ambition, la réactivité, l'humilité et la connexion aux besoins clients chaque jour. Ce changement implique enfin de placer au cœur des process le test & learn et la user experience dont l'efficacité n'est plus à prouver.

Ensuite, il s'agit de transformer notre rapport au Venture Capital (VC). Contrairement au Capital Investment, aujourd'hui dominant en Europe, la réflexion des VC dépasse le court terme et n'est pas seulement conditionnée par la revente d'actifs : elle valorise l'impact marché et technologique. Les VC sont donc les plus adaptés pour permettre à ces futures licornes d'émerger.

Enfin, la troisième condition est de construire des startups B2B dans l'industrie hors deep tech, ces jeunes pousses exclusivement technologiques. Diriger ainsi l'investissement public et privé vers des modèles d'affaires B2B innovants, et vers leur capacité à fédérer des acteurs traditionnellement peu enclins à cette disruption technologique comme les PME industrielles, contribuera à changer plus rapidement et plus profondément les règles du jeu pour un maximum d'entreprises.

Investir pleinement le 4e âge de l'industrie

Remplir ces conditions revient à investir pleinement le 4e âge de l'industrie. Déjà en marche, il a commencé à produire des licornes qui irrigueront toute l'économie des pays qui auront su permettre leur avènement, sans qu'aucun pays n'ait encore pris de véritable avance.

Le moment est donc idéal, il ne nous reste plus qu'à nous donner les moyens de cette victoire. La bataille du consumer-facing est bien engagée et compliquée à gagner, celle du B2B industriel est largement à notre portée à travers l'hybridation. Si elle ne donne pas naissance à une licorne à cheminée — qui sait ? — elle s'annonce déjà riche en potentialités.

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Commentaires
a écrit le 24/09/2018 à 16:34 :
"Investir pleinement le 4e âge de l'industrie"

Soyons raisonnables, vous êtes multimilliardaire, les politiciens que vous avez acheté vous laissent sortir vos milliards afin de les planquer dans des paradis fiscaux pour ne pas payer d'impôt, pour quelqu'un qui est allergique aux risques par nature, quel est le meilleur placement ?

Plus on possède et plus on est possédé nous disait Nietzsche.
a écrit le 24/09/2018 à 15:17 :
Michel houellebeck :

Plateforme
Les particules élémentaires

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