Un défi majeur de notre temps

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OPINION. Mais où est l'inflation? Par Michel Santi, économiste*.

Alors que les Etats-Unis jouissent d'une de leur plus longue période d'expansion économique, et tandis qu'ils sont quasiment au stade du plein emploi car leur taux de chômage est le meilleur depuis une cinquantaine d'années, l'inflation y est en même temps insignifiante. Refera-t-elle un jour son retour au sein de nos nations développées aux économies intégrées ?

Voilà pourquoi Donald Trump peut critiquer sa banque centrale car l'absence d'inflation peut lui faire dire que « si la Fed avait fait correctement son job, la bourse serait plus haute de 5.000 à 10.000 points et le PIB. serait supérieur à 4% au lieu de 3%... ». De fait, les banques centrales sont aujourd'hui critiquées tant sur leur flanc droit que gauche pour ne pas agir de manière plus déterminée dans la relance de la croissance, à présent que les menaces inflationnistes ont disparu des radars. Ayant combattu le spectre de l'inflation des décennies durant, ayant même provoqué des récessions pour avoir usé parfois sans discernement de leurs munitions pour en venir à bout, elles sont aujourd'hui désarmées car les centaines et les milliers de milliards crées pour combattre crise et déflation depuis 2007 n'ont eu que fort peu d'effet sur la hausse des prix et des salaires. Tout le combustible utilisé n'a donc pas réussi à rallumer la fusée, et elles ne sont plus aujourd'hui en mesure d'avoir des taux d'intérêt inférieurs au taux de l'inflation pour relancer crédits, investissements et économie tout simplement car leurs taux sont à zéro !

C'est donc l'ensemble de la profession auxquels appartiennent les banquiers centraux qui est remise en question : non seulement pour avoir échoué à raviver les économies, mais également - et peut-être surtout - car l'inflation moribonde ne les rend plus indispensables... Sont-ils donc condamnés à perdre leur indépendance gagnée au fil des années et à leur corps défendant pour s'aligner et se coordonner avec les exécutifs politiques disposant, eux, du levier de la fiscalité et de la dépense publique afin de relancer ensemble la machine ? Trump - qui soutient des outsiders comme candidats au Directoire de la Réserve Fédérale qu'il n'a de cesse de critiquer depuis quelques mois pour ne pas jouer à fond le jeu de la relance - serait-il donc un visionnaire ? En tout cas, l'accélération des dépenses fédérales et des investissements publics US sont de facto une piste très valable pour ressusciter l'inflation, tandis que par ailleurs les allemands et les hollandais n'ont toujours rien compris aux mécanismes macro économiques, eux qui se pavanent comme des coqs pour n'avoir quasiment pas de dettes quand cette posture leur permettrait précisément de dépenser plus et de contribuer ainsi efficacement à étinceler la fusée.

Autrement dit, pas de retour de l'inflation sans volonté politique. Et même à double titre : je m'explique. Si l'on fait abstraction du dogmatisme des fourmis du Nord de l'Europe et de leur obstination quasi morbide à multiplier les excédents, il est possible d'affirmer que l'inflation a disparu, broyée sous les poids conjugués de la globalisation et de la robotisation.qui se sont liguées contre les travailleurs et qui leur ont supprimé leurs capacités de négociation et de pression salariales. Ce n'est donc pas les banques centrales, c'est le capitalisme qui a tué l'inflation.

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(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d'Art Trading & Finance.
Il vient de publier "Fauteuil 37" préfacé par Edgar Morin.
Sa page Facebook et son fil Twitter.

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Commentaires
a écrit le 25/04/2019 à 15:25 :
Dis Monsieur c'est quoi l'inflation?
Dans notre economie "moderne" où tous les prix sont galvaudés soit a la baisse par des subventions (prix alimentaires avec la pac, transports par subventions locales, aides sociales...) ou majorés par des taxes (energie, logement...), où plus aucun prix ne correspond ni a un rapport offre/demande ni même prix de revient plus marge.

Tout notre modele economique repose sur l'observation du 19eme siecle, debut 20eme, periode quand même un peu speciale dans l'histoire et absolument non comparable avec la periode actuelle. l'economie n'est plus "naturelle" avec des intervenants differents, le pib n'a de sens que dans un systeme a peu pres fermé (velocité de ce qui rentre et sort, richesse par les vitres cassées ou par externalités negatives), presence de nouveaux intervenants, hypertrophie de la sphere financiere, "trappe a liquidités" des paradis fiscaux...
La menagere est le cadet des soucis de l'economie, mais on veut toujours l'aligner sur son pas. Mario rachete de la dette publique et nous dit de regarder le prix de la botte de poireaux, stupefaction
Et que dire de la deflation technologique, il y a deja plus de 20 ans la verte envergure s'interrogeait dans son discours sur le rapport au prix dans le temps d'un metre de tissu, du fer laminé a froid, d'un logiciel et d'une operation de la cataracte, il n'est malheureusement pas allé plus loin dans la remise en cause de théories qui ont rang de dogmes
Non vraiment, l'inflation est un non probleme, c'est la mesure de l'economie le vrai probleme.
Nos economistes sont surement de bons éléves, mais qu'est ce qu'ils ont eu de mauvais professeurs
a écrit le 23/04/2019 à 20:39 :
c'est pas le role de la fed de faire monter la bourse ( meme si l'effet richesse peut jouer aux etats unis)
quand on cree des bulles, elles eclatent; le but de la fed c'est une offre de monnaie compatible avec la croissance ( oui bon , que la croissance soit environ a son potentiel)
tous ces apprentis sorciers qui jouent avec de la dynamite sont les premiers a se defroquer quand ca derouille
ca me rappelle himmler attrape pitoyablement sur un velo avec l'uniforme d'un autre soldat!
a écrit le 23/04/2019 à 20:07 :
Il reste une importante inflation en termes de logement...
a écrit le 23/04/2019 à 19:10 :
Ou est l’inflation ?
Sous les chiffres négatifs virtuels ?
a écrit le 23/04/2019 à 11:37 :
C est faux de dire qu il n y a plus d inflation. L inflation des prix des objets courant a en effet disparut (le prix du pain ou des voiture n augmente pas comme dans les annees 70) mais l inflation des actifs est un reel Probleme. Regardez le niveau de la bourse ou plus preocupant celui de l immobilier. Les acheteurs doivent engloutir toujours plus d argent pour se loger et s endetter sur des durees de plus en plus longue. le jour ou la bulle va exploser, combien vont se retrouver en difficulté (ex achat d une maison 100 avec 20 d apport et 80 de credit. si la maison vaut plus que 80 ils ont carbonisé tout leur apport personnel. Si c est 75 ils ont meme plus de quoi rembourser le credit !)
Réponse de le 23/04/2019 à 12:30 :
A cela vous pouvez rajouter l’inflation des services induite par l’inflation de l’immobilier et des charges et taxes...des dépenses contraintes en fait
a écrit le 23/04/2019 à 11:34 :
Quand on perd de vue que la monnaie n'est qu'un simple moyen d'échange, que sa thésaurisation et création doivent se compenser et que le moteur, pour permettre l'accélération de sa circulation, est la confiance dans l'avenir.. nous échafaudons des théories! L'UE et l'euro sont des théories!
a écrit le 23/04/2019 à 10:52 :
"non seulement pour avoir échoué à raviver les économies"

On leur demande la lune faut dire, les gars ils doivent générer de la croissance tout en couvrant les hémorragies des finances publiques du fait de l'évasion fiscale autorisée par nos politiciens corrompus aux mégas riches, on se demande surtout comment ils se sont crus capables de compenser une telle aberration !?

L'inflation, elle aussi donc, est dans les caisses des paradis fiscaux.

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