Un duel entre opérateurs télécoms et GAFA ?

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(Crédits : DR)
Entre les opérateurs de services qui offrent les communications via internet et les Opérateurs télécom le feu couve et Whatsapps joue avec les étincelles. Par Jean-David Benichou, fondateur et PDG de ViaDialog

Whatsapp,  Messenger, Facetime, Telegram sont des services utilisés dans le monde entier à partir d'un smartphone, d'une tablette ou d'un ordinateur. Ils fournissent toute la panoplie des canaux de communications : voix, video, chat, pour des communications interpersonnelles et de groupe.

Pourtant aucune des sociétés qui éditent ces applications n'est un opérateur de télécommunication. Toutes utilisent les infrastructures des 1000 opérateurs fixes et mobiles dans le monde et sont désignées sous le nom d'opérateur "OTT" (over the top) puisqu'elles utilisent le réseau Web pour proposer des services Telecom.

 Pour créer un compte et être identifié sur ces réseaux, il faut un pseudo. Les opérateurs télécom, eux, attribuent des numéros de téléphone. Et la bataille fait rage pour savoir à qui « appartient » le client. Entre les opérateurs de services OTT et les Opérateurs télécom le feu couve et Whatsapps joue avec les étincelles. Le réseau a en effet annoncé fin août 2016 qu'il partagerait désormais les numéros de téléphone de ses utilisateurs avec sa maison mère, Facebook. Loin d'être anodine, cette décision montre l'enjeu qui se cristallise autour du binôme « numéro de téléphone/pseudo ».

 Une asymétrie d'obligations entre opérateurs télécom et OTT

 Les opérateurs télécom sont astreints à un grand nombre d'obligations liées à la régulation de leurs services. Cela concerne aussi bien l'obligation de couverture de réseau fixe ou mobile par exemple que la mise à disposition de service universel comme les annuaires. Ils sont également soumis à des règles strictes concernant l'utilisation qu'ils font des données de leurs clients. De leur côté, les opérateurs OTT semblent beaucoup plus libres d'exploiter ces données.

 Whatsapp et Facebook comptent bien d'ailleurs se servir des numéros de téléphone de leurs utilisateurs comme ressource pour leur stratégie publicitaire. Le numéro de téléphone leur servira d'identifiant pour constituer des profils de consommateur. Ceux-ci seront alimentés par les intérêts exprimés par un utilisateur lors d'une conversation Whatsapp par exemple.

On peut ainsi imaginer que lorsque le mot taxi est écrit au cours d'une conversation Whatsapp, le chatbot d'une société de taxi lui enverra automatiquement une proposition de course en utilisant le GPS du téléphone comme adresse de départ. Cette situation d'obligations asymétriques est-elle appelée à perdurer ? Attardons-nous sur les cas des interceptions légales et de la publicité sur mobile.

 Le cas des interceptions légales

 Tout opérateur télécom doit avoir les moyens de se soumettre aux interceptions légales plus communément connues sous le nom « d'écoutes ». Il s'agit pour les forces de l'ordre d'intercepter les communications de personnes considérées comme suspectes sur un réseau public. C'est incontestablement un sujet d'actualité.

Les applications comme Whatsapp ou Telegram ne sont pas aujourd'hui sujettes à ce type d'obligation. Elles permettent dans les faits de communiquer au-dessus des réseaux telecom mais de manière cryptée et inaccessible puisque les clés de cryptage sont stockées sur des serveurs multiples et inaccessibles aux requêtes des justices européennes. Si demain les opérateurs OTT sont assujettis au statut d'opérateurs télécom - au moins pour le pool des utilisateurs d'un pays donné - ils seront dans l'obligation de fournir des accès pour les interceptions légales. Et donc de modifier encore une fois leurs conditions de confidentialité.

Ce changement ira peut-être de pair avec une plus grande souplesse accordée aux opérateurs télécom concernant l'utilisation des métadonnées des appels - c'est-à-dire par exemple le numéro de téléphone, le lieu depuis lequel ou l'heure à laquelle un appel a été passé. Cela leur permettra de construire des services plus intelligents et donc d'être plus concurrentiels face aux acteurs OTT.

 L'enjeu de la publicité sur mobile

 On observe par ailleurs que les opérateurs télécom européens commencent à se mettre en ordre de bataille en ce qui concerne le marché de la publicité mobile.

Ils partent du constat que le poids des pages web mobiles peut provenir à près de 80 % des publicités et que cela contribue à grever les forfaits de leurs clients. Certains opérateurs s'orientent donc vers des solutions consistant à bloquer ces publicités au niveau du réseau, via la technologie de société comme la startup israélienne Shine. Les Mo ou Go consommés en publicité ne seront plus décomptés du forfait de l'internaute, mais facturés directement à l'annonceur commanditaire de la publicité.

En février 2016, Orange Digital Ventures investissait d'ailleurs dans DataMi, un des spécialistes de ce type de services aussi désignés sous le nom de « sponsored data ». Il ne s'agit pour le moment, que d'un investissement via le fonds d'Orange mais c'est peut-être un signe avant-coureur à surveiller.



Jean-David Benichou est le fondateur et PDG de ViaDialog, entreprise spécialisée dans les solutions multicanales de gestion de la relation client. ViaDialog fournit des plateformes dans le cloud pour traiter les flux de communication quel que soit le canal par lequel le client contacte l'entreprise : appel, chat, réseaux sociaux, vidéo...

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Commentaires
a écrit le 11/05/2017 à 16:53 :
Quels sont les enjeux des nouveaux services Over The Top (OTT) sur le secteur des télécommunications?

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