Un système de santé devenu inéquitable

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(Crédits : DR)
Les Français n'ont plus accès aux soins de manière équitable. Notamment en raison d'une tarification unique sur le territoire de la consultation du généraliste, qui n'a aucun sens économique. Par Cyrille Chartier-Kastler, fondateur de GoodValueforMoney.eu

« La santé pour tous » vise à donner à chaque français la capacité financière à payer ses dépenses de soins. « Les soins pour tous » répond à la vraie question pratique à laquelle tout français est désormais confronté, à savoir de pouvoir trouver un médecin compétent, rapidement disponible et proche géographiquement.

L'assurance maladie évite deux sujets tabou

A force de vouloir répondre à des objectifs contradictoires, notre système de santé est devenu en réalité largement inéquitable. L'écart d'espérance de vie (évaluée entre 6 et 7 années) entre un non-cadre et un cadre ne s'explique pas que par le caractère généralement plus dur physiquement du travail exercé ; il correspond malheureusement aussi à une inégalité dans l'accès au système de soins.
En limitant le coût de la consultation d'un médecin généraliste conventionné (secteur 1) à 23 euros, la Sécurité Sociale répond à un objectif économique de maîtrise des dépenses de soins au plan national. Ce faisant, l'Assurance Maladie met deux côtés deux sujets tabous :
1°) Vouloir payer une consultation le même montant France entière n'a aucun sens. Le coût de la vie, le coût des loyers, les conditions d'exercice n'ont rien à voir entre un généraliste installé en région parisienne et celui implanté dans une moyenne ville de province. Pourquoi ne pourrions-nous pas instaurer plusieurs prix de consultation en fonction du coût local de la vie et d'installation du médecin ? Ne pas le faire aujourd'hui revient à accepter des déserts médicaux de médecins conventionnés demain (en particulier dans les grandes villes).
2°) Pour s'en sortir financièrement avec 23 euros par consultation, un médecin généraliste n'a pas d'autre choix que de prendre désormais quatre patients par heure (voire cinq). Peut-on alors encore parler de médecine dans ces conditions ? Rappelons que l'écoute et l'auscultation font partie des soins.

Un médecin en région parisienne ne peut vivre avec le remboursement sécu

Sauf à faire preuve d'un altruisme aigu, un médecin généraliste conventionné en région parisienne ne peut pas (plus) s'en sortir financièrement. A titre de comparaison, l'heure de main d'œuvre automobile à Paris est souvent facturée 100 euros TTC. Prenant conscience de cette situation et des risques qu'elle comporte, la Mairie de Paris a d'ailleurs lancé le plan « Paris Med' » permettant à des médecins généralistes de bénéficier d'une aide à l'installation pouvant aller jusqu'à 15 000 euros.

L'autre grand sujet d'accès aux soins concerne l'obtention d'un rendez-vous auprès d'un « bon » spécialiste, dans un délai de deux à trois semaines et pas trop loin de chez soi. Face à cette question, notre pays est rentré dans une logique de « passe-droits ». Celui qui a un médecin dans ses connaissances peut s'en sortir. Si tel n'est pas le cas, il faudra généralement attendre entre 3 et 6 mois. Est-ce réellement la santé pour tous ?
En région parisienne, il y a facilement un délai d'attente de 3 mois pour obtenir un rendez-vous avec un ophtalmologiste. Mieux vaut ne pas avoir une vue qui évolue trop rapidement !

 Face à une situation de « désertification », le département de l'Allier propose à des étudiants en médecine une bourse d'études de 38 400 euros (au global) pour leur période d'internat, la contrepartie étant un engagement à s'installer dans une partie « désertique » en médecin du département.
Tout un chacun a le droit d'être bien soigné, pour un coût raisonnable, par un praticien compétent et qui gagne correctement sa vie. Ne pourrait-on pas (enfin) poser les vraies questions et les instruire plutôt que de tenir des discours souvent trop velléitaires et déconnectés des réalités ?

Cyrille Chartier-Kastler
Fondateur de GoodValueforMoney.eu

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Commentaires
a écrit le 26/07/2015 à 9:01 :
La question en soulève beaucoup d'autres relatives aux services publics en général. Tout d'abord il faudrait séparer la prestation d'assurance (environ 220 euros par mois et par français pour la CPAM) de la solidarité (mécanisme fiscal algébrique qui prélève 12% des salaires ou revenus via la CSG ou des cotisations non contributives pour donner 220 euros à chacun). L'assurance maladie comme tout service public pourrait donc tout à fait être payante et même dépéréquée...Car la question de la dépéréquation territoriale se pose pour tous les services publics : une école à 10 élèves par classe ou un raccordement HD coûte évidemment plus cher en zone non dense qu'en ville (ici c'est l'inverse des tarifs des médecins). Alors il y a peut-être une solution globale simple : facturons les services publics à leur vrai coût dépéréqué suivant des tarifs de marché (par des redevances donc en abandonnant le financement par l'impôt)....mais organisons un jeu à somme nulle global entre personnes physiques par l'impôt et une allocation universelle national globale : si une personne s'installe en ville ou à la campagne, elle aura à chaque fois des avantages mais aussi des inconvénients car elle paiera directement toutes les conséquences de son choix (un loyer plus faible autorise des dépenses de réseau et de médecine plus élevées).
a écrit le 21/07/2015 à 14:00 :
Il a raison (comme souvent).
Réponse de le 30/07/2015 à 15:15 :
@jean boyin: une opnion est une opinion et pas une vérité universelle :-)
a écrit le 21/07/2015 à 9:22 :
Depuis 20 ans la médecine s'est féminisé a 75%. Les femmes ne peuvent pas tout assumer le travail, les enfants, les honoraires de misère. Elles décrochent vite et cherche le salariat ou la temps partiel en banlieue. Dans 5 ans, la courbe de Gauss avancera sur la chute: plus d'anesthésistes, ni de chirurgiens, ni d'accoucheurs..ce sont les derniers hommes qui restent dans les spécialités abandonnées par les femmes. Rétablir la parité homme/ femme aux concours de médecine est la seule solution aux déserts médicaux. Mais la bien pensance veille..
Réponse de le 26/07/2015 à 19:42 :
@Mogador: 1) que vient faire la loi de Gauss et Poisson, qui concerne les probabilités, dans cet article ? 2) la parité est un sujet cher aux socialo-communistes et on en connaît les résultats: le bac pour tous, merci Jospin, et on a des bacs +2 qui ne savent ni lire, ni écrire correctement et qui rabaisse donc la valeur du diplôme. On est tous égaux avec la même tenue comme en Corée du Nord, on mange tous un bol de riz par jour avec un peu de sauce le dimanche pour ceux qui sont bien vus par le parti. Quel modèle de société franchement !!! Bon, ils sont tous égaux dans la misère :-) Le PS et consorts feraient mieux de s'occuper de l'égalité de tous devant la loi au lieu de leur démagogie permanente !!!
a écrit le 20/07/2015 à 16:16 :
c'est quoi Goodvalueformoney? un organisme qui fait du lobbying et qui veut casser la sécu comme en rêve les assureurs. cela mériterait d'être précisé avant d'écouter les arguments de ce Monsieur.
a écrit le 20/07/2015 à 15:18 :
Non mais sérieusement désertification des grandes villes ?
Ce sont les seuls qui ont encore des médecins... en ville de provinces y a plus personne... sur Rennes un ophtalmo c'est 6 mois à 1 an !
a écrit le 20/07/2015 à 15:18 :
Non mais sérieusement désertification des grandes villes ?
Ce sont les seuls qui ont encore des médecins... en ville de provinces y a plus personne... sur Rennes un ophtalmo c'est 6 mois à 1 an !
a écrit le 19/07/2015 à 19:04 :
Il a raison. C'est trop nul. Les médecins devaient être commissionnés sur les médicaments qu'ils prescrivent.

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