Fini le stress devant la poubelle jaune, les centres de « sur-tri » des déchets plastiques arrivent

À partir du 1er janvier prochain, tous les Français devront jeter la totalité de leurs emballages plastiques dans le bac jaune. Cette massification du tri va générer une augmentation considérable de la collecte de déchets mais aussi un problème pour les nombreux centres de tri classiques pas encore équipés pour trier des flux de plastiques très mélangés. C'est pourquoi l’État lance, via l'éco-organisme Citéo, la construction des trois premiers centres de « sur-tri » équipés de systèmes optiques de pointe dont celui mis en service par Bourgogne Recyclage (18 millions d'euros d'investissement) à Ruffey-lès-Beaune sera opérationnel dès 2023.
Actuellement, seules deux sortes de plastiques sont correctement recyclés (triés et valorisés, c'est-à-dire rapportant de l'argent) dans les centres classiques, les PET et les PEHD - grosso modo les bouteilles d'eau et de soda, et les flacons (de lessive, de shampoing, par exemple). Photo d'illustration : stockage de bouteilles et flacons plastiques triés et compressés dans un centre de tri classique près de Laval, en octobre 2011.
Actuellement, seules deux sortes de plastiques sont correctement recyclés (triés et valorisés, c'est-à-dire rapportant de l'argent) dans les centres classiques, les PET et les PEHD - grosso modo les bouteilles d'eau et de soda, et les flacons (de lessive, de shampoing, par exemple). Photo d'illustration : stockage de bouteilles et flacons plastiques triés et compressés dans un centre de tri classique près de Laval, en octobre 2011. (Crédits : Reuters)

C'est une révolution dans la collecte de déchets qui se prépare. À partir du 1er janvier prochain, les consignes de tri des déchets ménagers seront « simplifiées » et « harmonisées ». Comprendre : il n'y aura plus d'hésitation possible entre les différents bacs, on devra jeter dans le bac de tri jaune absolument tous les emballages plastiques. Sont concernées les bouteilles en plastique et les canettes en aluminium, comme d'habitude, mais désormais aussi tout le reste : du pot de yaourt à la barquette alimentaire en passant par le sachet de surgelés, le blister de médicaments, la boîte à œufs, le papier aluminium, le film alimentaire, le sac plastique ou encore la capsule de café en aluminium... Ça s'appelle « l'extension des consignes de tri », mais en fait, pour comprendre la finalité du concept, cela revient à parler de « massification de la collecte de déchets ménagers ».

La France a un taux de recyclage des plastiques de seulement 26%

Jusqu'ici, seules quelques sortes de plastiques  (PET, PEHD... soit les bouteilles et les flacons en plastique) devaient être triées et bénéficiaient d'une filière de valorisation ad hoc. Or, en France, on jette chaque année entre 1,9 million de tonnes (chiffres du gouvernement) et 4,5 millions (chiffres de l'ONG WWF) de tonnes de déchets plastiques, avec un taux de recyclage de seulement 26% (30% en 2021, selon Citéo), le reste servant à la valorisation énergétique/incinération (43%), ou terminant enfoui dans des décharges (32%). Et l'Île-de-France contribue lourdement à faire plonger la moyenne: seulement 14% des déchets en plastique produits par les ménages et les entreprises franciliennes sont collectés pour être recyclés, selon une étude de l'Observatoire régional des déchets d'Ile-de-France (Ordif).

La France est ainsi l'un des pays européens qui recycle le moins les plastiques, et le gouvernement a décidé d'accélérer en visant 100% de recyclage des plastiques en 2025.

Mais cette mise en œuvre volontariste de l'une des orientations de la loi Transition Énergétique pour la Croissance Verte de 2015 (LTECV) présente de nombreuses difficultés.

« À l'heure actuelle, seuls deux tiers des collectivités sont préparés, très peu en Côte-d'Or et en Saône-et-Loire », précise Geoffroy Secula, codirigeant avec son frère Guillaume de Bourgogne Recyclage (100 millions de chiffre d'affaires, 320 salariés).

Cette entreprise, qui valorise 650.000 tonnes de déchets par an, vient de remporter un appel à manifestation d'intérêt (AMI) pour ouvrir un centre de sur-tri à Ruffey-Lès-Beaune.

Bourgogne Recyclage va ouvrir le grand centre de sur-tri de France

Cet appel à manifestation d'intérêt avait été lancé en juillet 2021 par l'éco-organisme Citeo, entreprise à mission, sans but lucratif, créée par des acteurs du secteur de la grande consommation et de la distribution afin de réduire l'impact environnemental de leurs emballages.

L'objectif de cet AMI est de créer sur le territoire national une capacité de traitement de 75.000 tonnes induite par ce déploiement. Citéo a désigné trois lauréats à l'issue de sa consultation : Suez, à Razimont (Vosges), Environnement Massif Central, à Mende (Lozère), et Bourgogne Recyclage, à Ruffey-Lès-Beaune (Côte-d'Or).

« Nous créons l'unité la plus importante, d'une capacité de 30.000 tonnes par an, et qui sera atteinte dès l'entrée en service », précise Geoffroy Sécula, codirigeant de Bourgogne Recyclage.

Des centres de "sur-tri" pour séparer des flux de plastiques très mélangés

Afin de réaliser la séparation de tous ces emballages plastiques, le tri se fera désormais en deux étapes. La première étape sera assurée par le centre de tri des collectivités locales qui produiront un premier tri regroupant différents plastiques rigides appelé « flux développement ».

Ce flux développement sera ensuite envoyé, sous forme de balles, dans des centres de « sur-tri », tel que celui qui se construit sur le site de Bourgogne Recyclage, permettant de séparer les différentes familles de plastiques pour les orienter vers leurs filières de recyclage respectives (filières existantes ou en développement).

Ainsi, alors que les centres classiques trient essentiellement 2 sortes de plastiques (PET et PEHD), le futur centre de sur tri de Bourgogne Recyclage pourra trier sept sortes de plastiques différents - sans compter qu'à terme les capacités de sélection du centre pourront atteindre jusqu'à 12 matières distinctes, en fonction des évolutions des marchés et de la société.

« L'intérêt de cette nouvelle réglementation est de construire des centres de tri spécialisés qui soient adaptables dans le futur aux nouveaux plastiques mis sur le marché », précise Geoffroy Secula. « Mais également de s'assurer que l'ensemble des plastiques seront recyclés afin de diminuer l'incinération, encore trop présente aujourd'hui », poursuit-il.

Des matières recyclées... et après ?

Pour construire ce nouveau bâtiment de 3.200 m2, Bourgogne Recyclage a fait appel à une entreprise beaunoise, Néos, qui conçoit et réalise des installations de traitement de déchets solides. Le nouveau centre de sur-tri abritera un équipement de pointe : « Nous nous appuierons sur un process industriel complexe comprenant 15 machines de tri optique pour obtenir une séparation poussée de l'ensemble des plastiques », précise Geoffroy Secula.

Chaque résine de plastique possède sa propre filière de recyclage et de réemploi. Le rôle de Citéo est de les rediriger alors vers les filières de valorisation, principalement la regranulation en plastiques.

« Les matières recyclées sont destinées à redevenir des emballages plastiques alimentaires », explique Éric Fromont, directeur déploiement projets collecte et tri chez Citeo.

Ce nouveau centre de sur-tri profitera au développement du tissu industriel régional. Les entreprises ne devront plus aller chercher la matière première à des centaines de kilomètres. Parmi eux, Plastipak de Sainte-Marie-La-Blanche, leader européen dans le recyclage de bouteilles plastiques.

Autre bénéficiaire : les collectivités, qui s'appuyaient jusque-là sur les centres de tri classique de Dijon, en Côte-d'Or, et de Torcy, en Saône-et-Loire, pourront compléter leur recyclage avec ce nouvel acteur local.

Les premières tonnes sur-triées par cette installation sont attendues pour mai 2023. « Grâce à ce projet, près de 30 emplois pérennes et non délocalisables vont être créés », assure Geoffroy Secula.

Un acteur majeur de la restructuration nationale

Au travers de ce « laboratoire de pointe », capable de recycler demain tous les emballages plastiques, l'ambition des dirigeants de Bourgogne Recyclage est de faire de la région Bourgogne-Franche-Comté « le fer de lance du recyclage des plastiques ». Au 1er octobre, ces derniers ont d'ailleurs repris Passard (10 millions d'euros de chiffre d'affaires), un récupérateur de déchets, notamment les ferrailles et métaux non-ferreux, situé au Creusot et à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire). Avec ce rachat, Geoffroy et Guillaume Sécula placent désormais leur groupe familial comme un acteur majeur de la restructuration nationale du secteur des traitements des déchets.

___

ANNEXE

« Les filières de recyclage de déchets en France métropolitaine », rapport à Madame la Ministre de la Transition écologique et solidaire, janvier 2020 (169 p., format PDF, téléchargeable sur le site du gouvernement)

Banque des Territoires | Partenaires

Les territoires qui se renouvellent face à la crise

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 5
à écrit le 25/11/2022 à 14:30
Signaler
J'ai 20kg de CDROM à 'recycler', ça sera pris en compte un jour (je crois que c'est du polycarbonate) ? J'avais trouvé une adresse censée les gérer mais pas eu de réponse. J'ai conservé mes pots de yaourt en PS, non gérés, pour les mettre dans le co...

à écrit le 25/11/2022 à 12:08
Signaler
Dans ma ville, il n’y a pas de poubelles jaunes ! Des vertes, des bleues, des grises, oui ! Alors commençons par unifier le code couleurs, si l’on veut trier plus efficacement ……

le 25/11/2022 à 14:21
Signaler
Près de Paris j'ai vu (avant de déménager) des poubelles bleues avec une déclinaison sous forme d'un logo ajouté. Tout bleu (économies ?). Pas pratique pour ne pas se tromper, il faut bien lire avant. En Sardaigne, j'ai vu une fois une rangée de, je...

à écrit le 25/11/2022 à 11:29
Signaler
La France un pays capitaliste et libéral quelle farce ! Officiellement à 57 / 58 % de dépense public sur le PIB , je ne vois absolument rien de capitaliste ou de libéral dans le système français. Le "capitalisme de connivence français" est au capital...

à écrit le 25/11/2022 à 8:29
Signaler
"C'est une révolution dans la collecte de déchets qui se prépare" Non cela aurait du être dès le départ, ils tatonnent, ils font n'importe quoi et ils font payer aux citoyens leurs incompétences et compromissions. Les poubelles ne deviennent elles pa...

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.