Bretagne : la Glaz économie affiche 21 projets d'innovation numérique en expérimentation

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L'application mobile WaryMe, co-fondée par Boris Berger à Rennes, permet, en cas d'une menace d'intrusion ou d'attentat, d'alerter rapidement les personnes en charge de la sécurité d'un site.
L'application mobile WaryMe, co-fondée par Boris Berger à Rennes, permet, en cas d'une menace d'intrusion ou d'attentat, d'alerter rapidement les personnes en charge de la sécurité d'un site. (Crédits : WaryMe)
Dans les biotechnologies, l'agroalimentaire durable, l'optronique de défense, ou encore la sécurité, la stratégie économique de la Bretagne, ou Glaz économie, fait la part belle au numérique et au croisement des filières. Suite à deux appels à projets collaboratifs, 21 projets associant startups ou PME avec des laboratoires et/ou des « expérimentateurs » publics ou privés sont actuellement en cours sur l'ensemble du territoire. Objectif : déboucher sur une commercialisation et la création d'activités.

Sur des théâtres d'affrontement, pouvoir disposer de sang en poudre est potentiellement une solution jugée intéressante pour les armées. Sur ce sujet de recherche, Hemarina a d'ailleurs eu des contacts avec l'US Navy.

Spécialisée dans la mise au point de transporteurs d'oxygène d'origine marine, la pépite morlaisienne de biotechnologies travaille depuis 2007 sur les vertus des propriétés des hémoglobines extra-cellulaires du ver arénicole. Les molécules de cet invertébré marin, reconnaissable aux tortillons qu'il laisse sur les plages bretonnes, peuvent en effet se substituer aux globules rouges comme transporteur d'oxygène universel (O négatif), voire comme substitut sanguin - dans l'optique d'une meilleure préservation des greffons, par exemple. Elles peuvent aussi être lyophilisées.

Alors que le sang humain ne se conserve que 42 jours, Hemarina veut donc aller plus loin dans ses recherches. C'est tout l'objet du projet Hemlyo. Labellisé par les pôles de compétitivité Atlanpole Biothérapies et Images & Réseaux, il fait collaborer la PME avec le laboratoire Orphy de l'Université de Bretagne Occidentale à Brest et la société Lyofal de Salon-de-Provence, spécialisée dans la lyophilisation de substances sensibles. Doté de 543.369 € dont 244.331 € financés par la Région Bretagne (avec 0,3 M€ des collectivités), Hemlyo fait partie des sept projets financés en 2017 dans le cadre de l'appel à projets "Innovation collaborative au croisement des filières".

Création d'activités dans sept domaines d'innovation

Lancé en février 2017 avec l'appui de fonds européens (Feder), cet appel à projets a « pour objectif de créer des synergies entre PME et laboratoires de recherche pour développer des projets créateurs d'activités dans sept domaines d'innovation stratégiques identifiés dans la Glaz Economie », fait valoir la Région Bretagne.

La stratégie économique du territoire vise en effet à favoriser les innovations sociales et citoyennes, mais également celles de la chaîne agro-alimentaire durable, des activités maritimes, des technologies numériques, de la santé et du bien-être, des technologies de pointe appliquées à l'industrie, et de l'ingénierie écologique et énergétique. Hemlyo est l'un des trois projets de biotechnologies de cette session 2017, pour laquelle le montant total d'aides s'élève à 3,28 millions d'euros, dont 1,5 million d'euros issu du Feder. Vint-six partenaires, comme le groupe Roullier, Kheris, INSA Rennes, Sabella ou l'Ecole navale, sont impliqués sur l'ensemble du territoire breton. Chaque projet est labellisé par un ou plusieurs des pôles de compétitivité bretons (Atlanpole Biotherapies, EMC2, iD4CAR, Images & Réseaux, Pôle Mer Bretagne Atlantique, Valorial et Végépolys). Une troisième édition de cet appel à projets vient d'être lancée en vue d'une sélection au second semestre 2018.

14 prototypes testés en conditions réelles

Si le croisement des filières est une préoccupation forte de la région, l'innovation numérique porte aussi en elle son lot d'expérimentations. La thématique a fait l'objet au printemps dernier d'un appel à projets dédié et visant à « encourager les collaborations des PME bretonnes du numérique avec des testeurs de solutions ». Les 14 projets retenus ont été annoncés avant Noël.

Chaque consortium est composé a minima d'une PME implantée en Bretagne et porteuse du projet, et d'un « expérimentateur », une entreprise, une association voire une collectivité, bretonne ou pas. Au total, les projets associent 17 structures diverses. Leurs prototypes seront testés en conditions réelles sur une durée de 24 mois maximum et sur tout le territoire, avant une mise en commercialisation éventuelle.

Globalement soutenus à hauteur de 784.000 €, ces 14 projets bénéficient de l'accompagnement de l'une des sept technopoles bretonnes. Le Conseil régional précise:

« Les cinq initiatives nécessitant un développement important vont recevoir 426.000 € d'avances remboursables (à taux nul), tandis que les neuf autres projets se partageront 358.000 € de subventions. Pour présélectionner les dossiers, un comité d'expertise s'est appuyé sur plusieurs critères tels que l'impact pour le territoire, le caractère innovant, la pertinence du consortium, ou du positionnement sur le marché visé, la viabilité et le réalisme technique, les retombées économiques... »

Parmi les avances remboursables les plus élevées figurent celles accordées à Inpixal à Rennes, soutenue à hauteur de 114.804 € et à Voxpass à Lannion, qui a reçu 80.555 €. Spécialisée dans la vidéosurveillance et l'optronique de défense, Inpixal va tester au sein de la Compagnie française du thon océanique à Concarneau son projet Supermar : un système de veille et d'analyse automatique anti-piraterie destiné aux navires opérant en zones à risques. De son côté, Voxpass expérimentera avec l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, son application Clin-Diag de traduction simultanée en consultation médicale pour la prise en charge des patients allophones.

WaryMe : appli mobile de sécurité personnelle

Une des plus fortes subventions (50.000 €) a été allouée au système d'alerte décentralisée de la rennaise WaryMe. Son application mobile de sécurité personnelle vise à renforcer la sécurité des établissements d'enseignement ou les collectivités face à une menace d'intrusion-attentat ou à un risque majeur. Elle aide à réduire les délais de réaction et assiste le chef d'établissement et l'équipe de gestion de crise dans la mise en place des procédures de sûreté.

Actuellement testée à l'Agrocampus Ouest de Rennes et d'Angers jusqu'à la fin 2018, l'application est déployée depuis septembre auprès d'une vingtaine d'utilisateurs. D'ici à juin 2018, 350 en seront équipés.

Boris Berger, un des deux co-fondateurs de WaryMe, indique :

« Équiper 350 personnes sur les deux établissements permet d'avoir un quadrillage suffisant pour que les informations soient relayées efficacement sur le campus. Mais le nombre d'utilisateurs à la fin de l'expérimentation pourrait être plus élevé car les étudiants ont manifesté leur intérêt pour en être équipés. »

WaryMe intéresse aussi les entreprises comme Enedis (ex-ERDF), qui teste l'application à Rennes et à Saint-Malo. La technologie peut aussi être utilisée dans d'autres contextes y compris des lieux publics tels que des centres commerciaux ou des réseaux de transports. WaryMe, qui est accompagnée par SNCF Développement, l'incubateur de la SNCF, propose d'ailleurs un dispositif d'alerte dans un bus. En cas d'agression ou de harcèlement par exemple.

Par Pascale Paoli-Lebailly, 
correspondante de La Tribune pour la région Bretagne

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