Pourquoi la région Bretagne entre au capital du groupe D'Aucy

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« La région investit pour accompagner le développement du groupe D'Aucy et de ses 9.000 agriculteurs » a indiqué Loïg Chesnais-Girard, le président du conseil régional de Bretagne lors de la conférence de presse chez Cocotine PEP. Ici, au côté de Serge le Bartz, président du groupe D'Aucy.
« La région investit pour accompagner le développement du groupe D'Aucy et de ses 9.000 agriculteurs » a indiqué Loïg Chesnais-Girard, le président du conseil régional de Bretagne lors de la conférence de presse chez Cocotine PEP. Ici, au côté de Serge le Bartz, président du groupe D'Aucy. (Crédits : D'Aucy)
Le président de la région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, a officialisé ce jeudi 10 janvier la prise de participation du territoire à hauteur de 2,72% du capital groupe D’Aucy Holding (GDH), soit 5 millions d'euros. Après celle dans YerBreizh (reprise ex-groupe Doux), il s’agit du deuxième investissement du conseil régional dans une entreprise agro-alimentaire locale et privée, dont l’activité est considérée comme porteuse de développement et d’emploi. En toile de fond, la région réaffirme son ambition de devenir « un leader du bien manger en Europe ».

C'est à Ploërmel (Morbihan), à proximité de la future et nouvelle casserie d'œufs Cocotine PEP du groupe D'Aucy, que la région Bretagne a officialisé ce jeudi 10 janvier au matin son entrée au capital de groupe D'Aucy Holding (GDH) à hauteur de 2,72 %, via une participation de 5 millions d'euros.

GDH est la société dans laquelle le groupe agro-alimentaire coopératif, poids lourd de l'alimentation en Bretagne, a regroupé deux de ses quatre activités : D'Aucy Long Life (production de légumes en conserves, de légumes surgelés et de plats cuisinés) et Œufs-food (œufs coquilles et œufs élaborés).

Partenariats stratégiques et qualité alimentaire

Ouverte aux investisseurs souhaitant accompagner son développement et sa stratégie d'investissement en France et à l'international, l'entreprise s'était déjà vue accorder par le conseil régional en 2016 une avance remboursable de 5 millions d'euros afin de financer ses investissements. La région s'était en parallèle portée garante, à 50%, d'un emprunt de 10 millions d'euros. L'avance et l'emprunt ayant été remboursés de manière anticipée, la collectivité a donc « souhaité convertir cette avance remboursable en prise de participation au capital du groupe D'Aucy Holding » précise-t-elle.

Ce faisant, elle devient également membre du comité stratégique et disposera d'un poste de censeur au conseil d'administration (participation au CA avec voix consultative). À ce titre, elle « bénéficiera d'un droit d'information sur l'activité et les décisions du groupe, et pourra faire connaître sa vision stratégique. »

« La région investit pour accompagner le développement du groupe et de ses 9.000 agriculteurs » a indiqué Loïg Chesnais-Girard, le président du conseil régional de Bretagne, lors de la conférence de presse chez Cocotine PEP. « Être actionnaire, c'est faire de la région un partenaire stratégique et c'est accompagner l'entreprise pour qu'elle participe à l'ambition de faire de la Bretagne, une région leader européen du bien-manger. »

Un des grands enjeux économiques affichés par le territoire, qui souhaite contribuer à la révolution alimentaire à venir, est en effet d'accompagner la transition vers une agriculture innovante, diversifiée, moins intensive, qui produit bien et bon.

À l'été 2018, cette ambition avait déjà poussé le conseil régional à franchir un cap, en prenant une première participation de 5% (2 millions d'euros) dans YerBreizh. Sur le long terme, il accompagnera à hauteur de 20,9 millions d'euros le projet industriel du consortium choisi par le tribunal de commerce de Rennes pour la reprise du volailler Doux. À charge de transformer le modèle, d'orienter l'entreprise vers des nouveaux marchés, en France et en Europe, comme celui du poulet frais.

GDH : sortir du modèle de l'œuf de poule en cage

« La région doit être un acteur majeur de l'économie sur son territoire » fait encore valoir Loïg Chesnais-Girard, qui se dit prêt à aider le développement des entreprises qui  se montrent offensives et ambitieuses. Pour le groupe D'Aucy, présidé par Serge le Bartz, un tel soutien du conseil régional, obtenu après audit, va de pair avec l'engagement de développer des filières agricoles et agro-alimentaires créatrices de valeur.

Créée en 1968 et distribuée dans 50 pays, la marque D'Aucy (1,2 milliard d'euros de chiffre d'affaires en 2017, 4.200 salariés) couvre en amont et en aval la production d'œufs, de légumes, de céréales, de viande et leur transformation. Elle s'articule autour de deux coopératives mères, la Cecab et la Coop de Broons (22), et 19 sites de production (France, Hongrie, Espagne) dont 12 sur le territoire armoricain.

L'activité agro-alimentaire de GDH affirme appuyer son développement sur « une innovation forte et la recherche de nouveaux produits élaborés », mais aussi sur « une montée en gamme avec une recherche de qualité et de traçabilité croissantes ». D'ici à 2025, GDH promet ainsi de sortir du modèle de l'œuf de poules en cage pour développer des productions alternatives (plein air, bio, label). Elle investit 16 millions d'euros (dont 2,4 millions proviennent de la région et des fonds européens) dans la modernisation de son site de Ploërmel.

En attendant la concrétisation au 1er juillet 2019 du projet coopératif de rapprochement entre D'Aucy et la coopérative agricole Triskalia, et la fusion de ces groupes en 2020, la région Bretagne s'emploie à montrer que de nouvelles usines se créent en Bretagne.

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Par Pascale Paoli-Lebailly,
correspondante pour La Tribune en région Bretagne

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Commentaires
a écrit le 11/01/2019 à 11:45 :
Scandaleux. Encore une utilisation inapproprié de nos impôts. En quoi une région a-t-elle vocation à être actionnaire d'une entreprise privée, fusse-t-elle un employeur local stratégique? Les investisseurs "professionnels" privés (private equity, fonds patrimoniaux ou fonds régionaux s'il faut une connotation locale) ne manquent pourtant pas en France.
a écrit le 11/01/2019 à 10:32 :
L'argent du contribuable n' rien à faire dans une boite de petits pois
voila un exemple qui explique le manque de confiance que nous accordons maintenant aux politiques
Un ric aurait pu être organiser pour en débattre
l'état n' a pas vocation à faire du commerce
Réponse de le 11/01/2019 à 11:55 :
Bonjour,

pour ma part, je pense le contraire, les régions ont tout à faire dans l'organisation de leur tissu industriel, plus même que l'état, trop loin des préoccupations régionales de l'emploi. Pour étayer mon point, je vous propose de regarder du côté des landers allemands, intelligents actionnaires de leurs entreprises automobiles pour préserver cet emploi clé ou encore de lire cet article "http://www.larevuecadres.fr/la-cogestion-allemande".

Les régions et les municipalités financent l'éducation et administrent les territoires (politiques de transport, de promotion immobilière, etc.). Si elles ne sont pas proches des entreprises (par la montée au capital pour pouvoir connaitre et peser sur les décisions des conseils d'administration), alors elles auront du mal à avoir des politiques d'éducation et d'aménagement du territoire en cohérence avec les besoins des créateurs de valeur, et donc d'emploi. Cela en résultera à une déconnexion (actuellement observée) entre la formation et les besoins du marché du travail, entre des territoires où le chômage est roi et d'autres où la main d’œuvre manque, etc.

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