Un an après son élection, quel bilan économique pour le maire écologiste de Tours ?

SÉRIE D'ÉTÉ : UN AN DE MÉTROPOLE OU DE MAIRIE ÉCOLOGISTE (4/5) Emmanuel Denis, maire écologiste de Tours, dresse un bilan économique mesuré de la première année de son mandat. Passée la crise sanitaire, il compte accélérer sur les projets structurants de son programme de 2020.

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Emmanuel Denis n'est pas de ceux qui, au sein d'Europe Ecologie Les Verts (EELV), prônent la décroissance économique.
Emmanuel Denis n'est pas de ceux qui, au sein d'Europe Ecologie Les Verts (EELV), prônent la décroissance économique. (Crédits : Reuters)

Si la santé du tissu commercial tourangeau est suivie comme le lait sur le feu par la municipalité " il n'y a pas d'alerte majeure vis-à-vis des fermetures de magasins, même s'il faut attendre l'automne pour effectuer un vrai bilan", assure Emmanuel Denis". Ce statu quo relatif permet à la ville, dirigée depuis un an par une coalition regroupant les Verts et la gauche, de commencer à imprimer sa marque sur le développement du commerce, l'un de ses objectifs majeurs. En substance, il s'agit de soutenir les commerces dans tous les quartiers et non pas seulement ceux du centre-ville de Tours. Dans ce contexte, la ville vient de lancer une étude pour créer une foncière commerciale. Financé avec l'aide de la Banque des territoires, ce nouveau véhicule d'investissement sera piloté par la Société d'Equipement de Touraine (SET). Objectif, à partir de 2022, accompagner financièrement les enseignes sur le territoire de la commune, y compris en évitant leur fermeture. Le lancement d'une telle structure, encouragé par le plan de Bercy de création cette année 100 foncières sur le territoire national, est conçu comme un outil d'aménagement des quartiers.

« La présence de commerces, mais aussi d'équipements publics et d'espaces verts, se situe au centre de la démarche de la municipalité", explique Emmanuel Denis. L'actuelle majorité a par ailleurs commencé à détricoter les actions menées par la précédente équipe municipale du centre et de la droite. Lancé par son prédécesseur, Christophe Bouchet, le plan Etincelle en faveur des TPE (1,5 million d'euros) a été abandonné.

« Conçu sous forme de bons d'achats, il avait pourtant bénéficié à quelque 360 magasins », regrette un élu tourangeau aujourd'hui dans l'opposition. Ce changement de cap commercial est également illustré avec l'arrêt du projet de réaménagement des Halles de Tours, haut lieu des métiers de bouche dans la capitale de la Touraine. « Confié au promoteur national Icade, Il s'agissait avant tout d'un projet immobilier, de surcroît mené sans concertation avec les commerçants, constate Emmanuel Denis. A sa place, les Halles deviendront l'un des trois lieux totems de la Cité de la gastronomie. A la clé, un réaménagement des étages du bâtiment pour accueillir des ateliers de dégustation, un incubateur de startups sur la Food tech, ainsi que des conférences autour de la nourriture et des aliments ».

La ville de Tours reste en revanche partie prenante, avec la CCI d'Indre-et-Loire, de la future "marketplace" des commerçants non seulement tourangeaux mais aussi de l'agglomération. Elle financera un tiers de l'investissement de 100 000 euros, le reste étant pris en charge par la métropole, dont l'équipe municipale tourangelle a démissionné mi-juillet. Lancé en juin 2020, juste après le premier confinement, ce projet verra enfin le jour au printemps 2022 après plus d'un an de tractations. Sélectionnée pour cet appel d'offres, la société parisienne Wishibam mettra en place un levier numérique conçu comme une alternative locale d'achats face aux géants du e-commerce comme Amazon.

Développement économique ciblé

Œuvrer en faveur de l'économie de demain. Cadre du secteur privé au sein de l'entreprise à capitaux franco-italiens ST Microlectronics, Emmanuel Denis n'est pas de ceux qui, au sein d'Europe Ecologie Les Verts (EELV), prônent la décroissance économique. Pour autant, l'attractivité de Tours doit, d'après lui, s'exercer prioritairement vis-à-vis des entreprises opérant dans l'économie d'avenir. La ville soutient ainsi le projet de Health Tech Station consacré aux biotechnologies et aux dispositifs médicaux. Prévu dans un bâtiment de 9.000 m2 qui sera construit au second semestre dans l'ancien quartier des casernes, ce dispositif disposera de salles blanches et accueillera, en principe, une cinquantaine de startups spécialisées dans la Health tech. Plusieurs jeunes pousses, comme Mabsilico, Mcsaf et Igyxos, auraient donné leur accord de principe pour s'y installer.

Développée par le fonds Brains Venture pour un montant d'investissement programmé de 20 millions d'euros, la nouvelle implantation, prévue en 2022, sera aidée financièrement par la ville de Tours. Le tropisme de l'équipe municipale pour l'économie responsable s'exprime également côté formation. L'école d'ingénieurs Polytech Tours est ainsi encouragée à inscrire dans son programme de 2022 une nouvelle option consacrée à la Low tech. Au futur menu des étudiants, l'apprentissage des technologies à faible consommation d'énergie et de ressources. « Nous consolidons conjointement l'implantation d'entreprises déjà établies, à l'instar de Vermon, remarque Emmanuel Denis. Ce fournisseur de matériel médical et chirurgical pourra étendre son activité grâce à l'acquisition de son site auprès de Ligeris, le bailleur de la ville ».

Urbanisme et transition énergétique

A côté de l'attractivité commerciale et économique de la ville, l'urbanisme et la rénovation énergétique des bâtiments communaux constituent aussi une priorité centrale du maire de Tours. Et il a pris soin, après un an d'exercice, de fixer les nouvelles règles du jeu vis-à-vis des promoteurs immobiliers. Lors d'une réunion le 26 juin, « la municipalité a mis en avant sa volonté de construire une ville résiliente, aimable, et sensible au défi du dérèglement climatique, explique Emmanuel Denis. Nos interlocuteurs l'ont bien compris et se sont globalement inscrits dans cette stratégie ». La concertation avec les riverains des projets immobiliers figure aussi noir sur blanc dans le nouveau référentiel « en faveur d'un urbanisme écologique et solidaire ». Sur ce terrain-là non plus, la mairie n'a pas tardé à annuler certains projets de l'équipe précédente, comme le réaménagement de la place de la tranchée, au nord de Tours. Quitte à payer des pénalités aux entreprises. La ville s'est parallèlement attelée à la rénovation, y compris énergétique, des écoles. « Hormis l'école Michelet, dont nous allons achever les travaux, rien n'avait été programmé par nos prédécesseurs, constate Emmanuel Denis. A la fin du mandat en 2026, onze établissements auront au contraire été rénovés pour un montant total d'investissement de 70 millions d'euros. Tours contribue ainsi à diminuer sa dette environnementale et à ne pas aggraver ses créances actuelles, qui sont de l'ordre de 200 millions d'euros ».

Développement des mobilités douces

S'inscrivant au cœur du programme écologiste d'Emmanuel Denis, le développement des mobilités douces a également commencé à devenir une réalité...non sans soubresauts. La décision subite du maire, quelques semaines après son investiture, d'interdire à la circulation automobile sur l'un des quatre ponts de la ville a causé embouteillages et mécontentements de la part des habitants de l'agglomération mais aussi de certains Tourangeaux.

Une "posture idéologique" dénoncée par les opposants locaux. Emmanuel Denis, qui a dû rouvrir le pont Wilson en raison des nombreux travaux d'été paralysant le trafic sur d'autres artères de Tours, préfère mettre en avant l'efficience des actions menées en faveur du vélo. En douze mois d'exercice, le maire, cycliste lui-même, aura fait construire 10 nouveaux kilomètres de pistes cyclables. La ville a également favorisé l'achat de 1.500 vélos via une aide totale de 300 000 euros. Pour diminuer les émissions de CO2, la municipalité développe conjointement les transports en commun mais délaisse quelque peu son aéroport régional. Emmanuel Denis, qui a démissionné avec fracas en décembre 2020 du syndicat mixte gestionnaire de l'aéroport, affirme vouloir sortir du système Ryanair et trouver d'autres modèles d'exploitation que les subventions aux compagnies.

« Tours est déjà très bien desservie par le TGV », assure in fine le maire. Sans se lancer dans les diatribes anti-aéronautiques de sa consœur EELV de Poitiers, Léonore Moncond'huy, Emmanuel Denis ne fait manifestement pas du développement des installations aéroportuaires une priorité de son mandat. « L'attractivité de Tours en pâtira inévitablement, constate le même opposant. Des solutions existent pourtant, à mettre en œuvre avec la métropole ». Problème, les élus tourangeaux de gauche du conseil métropolitain ont démissionné mi-juillet de leur mandat, après l'élection d'un nouveau président, le maire LR de Joué-lès-Tours. Frédéric Augis ne réservait à Tours que cinq vice-présidences (dont deux à des élus de droite) sur 20. Le camouflet avalé, Emmanuel Denis attend une meilleure proposition et n'imagine pas l'avenir d'une métropole en opposition frontale avec sa ville centre. « Ce serait suicidaire pour tout le territoire », conclut le maire de Tours

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