La scierie Oriel se rapproche de la grande distribution

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(Crédits : Olivier Mirguet)
SÉRIE D'ÉTÉ - Filière bois vosgienne 3/5 | La scierie Oriel a adapté ses outillages aux besoins du négoce et des grandes surfaces de bricolage. Mais les fluctuations de la matière première rendent l'avenir incertain.

Sous le hangar de la scierie Oriel, dans la zone industrielle de Corcieux (Vosges), les déligneuses, les scies à ruban et les empileuses produisent un vacarme infernal. La poussière du bois s'infiltre partout et l'air pique la gorge. Perchés au-dessus des grumes, les employés qui pilotent les chariots de découpe se rafraîchissent autant qu'ils peuvent avec un petit climatiseur installé à leurs pieds. Gérald Oriel, le président de cette entreprise de 41 salariés, décrit ces conditions difficiles :

"La scierie est un métier ingrat. Le matériau est magnifique, mais sa gestion est complexe".

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Quand il a repris la société familiale fondée en 1960, ce jeune entrepreneur (42 ans) armé d'un DESS en productique a engagé une modernisation "selon les standards de l'industrie automobile". Avec une idée en tête : rendre l'organisation compatible avec les exigences de l'assurance qualité et des flux tendus. Les conditions de travail se sont améliorées. Les postes sans valeur ajoutée ont été automatisés. Mais pas assez.

"Pour augmenter la valeur ajoutée, il n'y a pas d'autre choix que d'investir sans cesse. Les clients attendent la fourniture de sections de bois plus petites ou plus travaillées", explique Gérald Oriel.

Finie l'époque où l'entreprise ne produisait que des planches pour les menuisiers et les charpentiers des environs. Les machines à commande numérique ont été calibrées pour fabriquer toutes les typologies de sections. De la poutre et du madrier jusqu'aux voliges et aux liteaux, correspondant à des épaisseurs de moins de 30 millimètres.

"Nous investissons entre 300.000 et 400.000 euros par an pour améliorer la qualité, installer des élévateurs", poursuit Gérald Oriel.

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L'investissement cumulé représente 15 millions d'euros de matériel. Au cours des derniers exercices, l'entreprise dont les capitaux sont toujours restés familiaux s'est efforcée d'augmenter ses fonds propres. Ils s'établissent désormais à 2,7 millions d'euros. Le chiffre d'affaires atteindra 9 millions d'euros en 2019.

Pour mieux exploiter un potentiel de 64.000 mètres cubes de grumes de résineux issues de la région, correspondant à sa capacité actuelle de sciage, l'entreprise s'apprête à passer encore une fois la vitesse supérieure.

"Nous n'exploitons que deux petits séchoirs qui fonctionnent au gaz. C'est insuffisant. Nous allons acquérir un nouveau séchoir en 2021, alimenté par de la biomasse et à l'eau chaude. Ce sera un gros investissement : 4 millions d'euros", annonce Gérald Oriel.

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La clientèle attend des délais raccourcis, de l'ordre de douze jours entre la prise de commande et la livraison dans les grandes surfaces de bricolage. Leroy Merlin, client de référence depuis trois ans, a imposé ses exigences. Oriel n'a eu d'autre choix que de s'y plier. Mais pas toute seule :

"Nous avons créé Fibre Premium, un groupement de ventes avec six confrères locaux et trois autres scieries dans le Massif central, en Isère et en Haute-Savoie", explique Gérald Oriel.

Les partenaires ont établi une société ad hoc et mutualisé leurs achats de grumes, défini un colisage uniforme, harmonisé leurs politiques de qualité et leurs formations. Quand Gérald Oriel a accédé à la direction générale de Fibre Premium, il a décidé, pour diversifier les débouchés, de participer à des salons professionnels : Batimat, le Carrefour international du Bois. Le pari semble réussi. Ensemble, les neuf scieurs indépendants réalisent 30 millions d'euros de chiffre d'affaires avec les grandes surfaces de bricolage et le négoce.

"Il est essentiel de se regrouper. Les scieurs font le choix de l'organisation professionnelle, la branche régionale de la Fédération nationale du bois", rappelle Gérald Oriel.

Pour la deuxième année consécutive, la profession craint d'être ébranlée par une crise sanitaire : les forêts vosgiennes soumises au stress hydrique avec la sécheresse ont vu proliférer les bois scolytés. Cet été, les scieurs ont boudé ces épicéas attaqués par des insectes parasites qui creusent des galeries sous l'écorce et rendent le bois impropre à la transformation. Les prix de leur matière première risquent de s'envoler. La réaction viendra des exploitants, en amont. Mais Gérald Oriel est inquiet. En 2009 déjà, la crise des subprimes et ses conséquences sur le marché de la construction avaient placé l'entreprise en difficulté : le secteur de la construction était à cette époque son principal client.

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