Paris : château fort ou ville ouverte ?
Patrick Cappelli

Photo d'illustration
GONZALO FUENTES
Patrick Cappelli

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GONZALO FUENTES
Paris doit-elle rester cette ville château fort dont le périphérique serait les douves ? Ou au contraire absorber les communes environnantes, comme elle l'a fait plusieurs fois dans le passé, et assumer son statut de ville-monde ? C'était le thème de la conversation entre Emmanuel Grégoire, premier adjoint à la maire de Paris, et Robin Rivaton, directeur général de Real Estech Europe et auteur de « La ville pour tous » (Éditions de l'Observatoire).
Emmanuel Grégoire a rappelé que Paris n'a cessé de grandir en cercles concentriques, de l'oppidum gallo-romain (ville fortifiée) à la cité moderne, en passant par l'Île de la Cité et l'enceinte de Thiers devenue les boulevards des Maréchaux. Puis la loi de 1859 a fait passer le nombre d'arrondissements de 12 à 20 en absorbant les communes limitrophes. La dernière grande frontière étant le boulevard périphérique, autoroute circulaire construite à partir de 1973 et barrière physique entre Paris intra muros et la banlieue. Certains candidats à la Mairie n'hésitent pas à demander son démantèlement.
Robin Rivaton revient, lui, sur la loi du 16 juin 1859 portant sur l'extension des limites de Paris jusqu'à l'enceinte de Thiers qui provoque la suppression de onze communes du département de la Seine et ajoute 400.000 habitants à Paris.
Ce n'était pas une bonne solution : « Cela a entraîné une confusion mortifère au sein des élites entre capitale administrative et ville mondiale. Le PIB du Grand Paris et ses 12,6 millions d'habitants est égal à ceux de la Hollande ou de la Suisse : c'est une chance extraordinaire pour le pays. À l'inverse, on assiste à un retour puissant vers le centre car on s'est aperçu que la mobilité infinie n'existait pas. Or, une fois dans le château fort, les gens n'ont aucune envie de baisser le pont-levis ».
Ce Paris forteresse est-il celui des bobos, une critique qu'on entend souvent ? Non répond Emmanuel Grégoire, qui rappelle que si les prix de l'immobilier sont devenus insoutenables, Paris, c'est aussi « une mixité sociale historique. Conserver des habitants de toutes les classes sociales est un combat difficile car on ne peut pas lutter contre la loi de l'offre et de la demande ».
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Mais le logement social est un levier puissant pour réduire les inégalités en matière de logement. D'autres outils fiscaux de régulation du parc locatif privé existent, comme le retour de l'encadrement des loyers dans Paris intra-muros, une mesure effective dès juillet, ou les aides monétaires au logement pour les profils fragiles. Les plateformes de location comme Airbnb accentuent ces déséquilibres.
« On réfléchit à limiter le nombre de nuitées (actuellement de 120 par an, Ndlr). San Francisco, pourtant siège d'Airbnb, a carrément interdit cette activité. Nous nous orientons plutôt vers un modèle à la Berlinoise, dans lequel on ne peut louer qu'une chambre. Problème : juridiquement, on ne peut pas imposer ce changement. C'est le drame français : à chaque fois qu'il faut planter un clou, il faut changer une loi. On chasse les fraudeurs, mais nous n'avons pas de droit de visite pour vérifier », regrette Emmanuel Grégoire.
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L'autre problème structurel, c'est l'inadéquation entre l'offre et la demande. La production nette de bâtiments est faible, et la liquidité des logements anciens (nombre de logements disponibles à la location ou l'achat) l'est encore plus. «
Pas sûr que les candidats aux municipales reprennent cette idée alors que la tendance est plutôt à la suppression des taxes immobilières, comme la taxe d'habitation.
Patrick Cappelli