La RSE, nouvelle arme de recrutement massive

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Sébastien Lecornu, ministre chargé des Collectivités territoriales (à dr.), était l’un des cinq membres du gouvernement présents pour cette première.
Sébastien Lecornu, ministre chargé des Collectivités territoriales (à dr.), était l’un des cinq membres du gouvernement présents pour cette première. (Crédits : DR)
Le premier forum national de la RSE s'est tenu le 6 septembre au musée des impressionnismes de Giverny, dans l'Eure. À la tribune, pas moins de cinq ministres et dans la salle pleine comme un oeuf, beaucoup de jeunes de moins de trente ans. Signe que le thème monte chez les millennials.

La RSE serait-elle l'acronyme de Recruter Sans Effort ? Plus encore que la pression sociale ou la loi Pacte, la chasse aux têtes bien faites devrait inciter les entreprises à négocier fissa le virage de la responsabilité sociale et environnementale. Car les juniors, et singulièrement les plus capés, ont de nouvelles exigences. Là où leurs ascendants ne juraient que par la sécurité de l'emploi et les stock-options, les rejetons nomades de la génération Z ne transigent plus avec l'éthique. Un job oui, mais pas au point de sacrifier leurs convictions et leurs valeurs. Jean-Marc Borello, président du groupe SOS, première entreprise sociale de France, est témoin de cette évolution des mentalités.

« Dans les années 1980, les élèves de HEC que j'allais courtiser me voyaient comme un gentil huluberlu pour ne pas dire un hippie. Aujourd'hui, la moitié postule pour rejoindre nos entreprises sociales au prix de salaires nettement moindres. » Une enquête de l'Edhec atteste de ce changement. La business school nordiste a sondé les coeurs de ses étudiants pour évaluer leurs attentes. Résultat : 46 % placent l'existence d'une stratégie RSE en seconde position des critères de choix de leur futur employeur.

Un passage obligé

Mieux, en 2018, une étude de la Conférence générale des grandes écoles montrait que les deux tiers (on a bien dit les deux tiers !) des anciens diplômés aspiraient à travailler dans l'économie sociale et solidaire. Moralité, pour Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie, la RSE s'imposera... par choix ou par force. « La loi Pacte n'épuise pas le sujet. Le risque réputationnel et la guerre des talents seront de puissants moteurs du changement », veut-elle croire.

Message reçu cinq sur cinq par le président du groupe Talan, spécialiste français de la transformation digitale. Chez Mehdi Houas, ces trois lettres sonnent comme une évidence. « Nos ingénieurs ne cherchent plus un travail mais une raison d'être, rappelle-t-il. Si nous voulons les attirer et les garder, la RSE est un passage obligé. » Sage profession de foi.

Avec ou sans la loi Pacte, le risque de contentieux grandit

La loi Pacte introduit dans le Code civil des dispositions relatives à la responsabilité sociale et environnementale qui décuplent les risques de contentieux, théorisaient les opposants lors des débats parlementaires. Pour l'avocat d'affaires Xavier de Kergommeaux, associé senior du cabinet Gide-Loyrette-Nouel, l'argument ne tient pas la route. « Les modifications introduites par la loi sont en fait des révélateurs. À droits constants, nous aurions eu, de toute façon, une explosion des recours parce que les juridictions prenaient déjà argument de la législation en vigueur. » Le juriste en veut pour preuve le procès intenté en France à Samsung pour des pratiques commerciales trompeuses, contraires aux valeurs éthiques affichées par la firme coréenne. « Même indépendamment de la loi Pacte, le parquet a donc trouvé les moyens d'amener le groupe à répondre de ses actes. » Et de prédire : « Les grands procès climatiques sont encore devant nous. » À méditer

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Commentaires
a écrit le 15/10/2019 à 9:03 :
Tant que l'on ne recrute pas l'ensemble de la massa salariale de cette façon, à savoir en lui demandant ce qu'elle pense, on n'exposera qu'une volonté de séduire supplémentaire sans véritable fond derrière.

Ils vont vite s'en apercevoir puisque connectés H24 sur internet et clients de tout ce que les médias de masse nomment diffuseurs de "fakes news"...

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