Euroméditerranée, une (re)conquête de l'espace

Laurence Bottero, à Marseille

Laurence Bottero, à Marseille
Rares sont ceux qui auraient parié un centime sur ce projet et surtout sur sa capacité à faire renaître le port de ses cendres et, avec lui, toute la ville. 1995 : l'opération d'intérêt national Euroméditerranée est lancée, portée conjointement par l'État, la Ville, la communauté urbaine Marseille Provence Métropole, la Région et le Département.
L'ambition est clairement affichée : elle consiste à replacer Marseille au firmament des plus grandes métropoles européennes. Un pari qui s'appuie sur la reprise en main d'un foncier non exploité à sa juste valeur et qui porte en lui les gènes d'une requalification prometteuse. 2015 : la Joliette est désormais - avec ses 120.000 m2 de bureaux, l'un des quartiers d'affaires les plus fréquentés, choisi par quelque 800 entreprises pour s'y installer, comprenant commerces et hôtel.
Il y a aussi le périmètre de la gare Saint-Charles, paupérisé, qui est en train de se transformer et de multiplier les projets. Et puis, il y a également la rue de la République, qui égrène, au gré de son kilomètre de long, de magnifiques bâtiments haussmanniens, réhabilités notamment grâce à une opération programmée d'amélioration de l'habitat (OPAH). La rue de la République, c'est aussi le lien urbain entre le Vieux-Port et la Joliette, un lien qu'il était nécessaire d'entretenir.
Mais, deux décennies après avoir initié une réflexion profonde sur le devenir de Marseille, voilà qu'Euroméditerranée enclenche une nouvelle phase. Il faut dire que, depuis 2009, elle peut s'enorgueillir d'un label EcoCité. La ville intelligente et durable s'incarne dans l'îlot Allar. Présenté comme le démonstrateur de technologie, cet îlot représente le Marseille de demain, vert et intelligemment pensé. D'ailleurs son nom - Smartmarseille - est explicite.
Dans le détail, c'est 58.000 m2 de logements, de bureaux et d'équipements, 2,7 hectares, 27.500 m2 de bureaux et 385 logements. C'est surtout un parti pris : faire un démonstrateur de technologie, c'est-à-dire rassembler ce qui est utile pour le citoyen sans forcément multiplier les innovations avant-gardistes, qui ne seraient que fioritures. En résumé, l'îlot Allar, c'est du concret. Et c'est ce qu'explique très bien Emmanuel Ropert, chef de projet chez Eiffage, choisi pour donner vie à l'ensemble.
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Pour Luc Bouvet, directeur régional d'Eiffage Construction, Smartmarseille « s'inscrit dans la reconquête d'un quartier difficile. Nous avons choisi cet endroit car ici nous trouvons la mer, le soleil et le vent, trois données importantes pour le développement durable ». Et, le maître mot, c'est la solidarité énergétique. Ne pas compter sur de grandes innovations mais plutôt sur des idées neuves choisies en fonction de leur durée de vie. « Nous voulons anticiper les solutions d'avenir », résume Luc Bouvet. Et cet exemple de solidarité énergétique prend tout son sens avec la boucle à eau de mer.
Concrètement, c'est grâce à un point de puisage et de rejet situé dans le port de Marseille que l'eau tempérée (15°C) est menée à une sous-station centrale et utilisée en fonction des besoins en chaud ou froid, permettant de fournir les besoins énergétiques de bâtiments, offrant une réduction de 70% des gaz à effets de serre. Dans le calendrier, la première réalisation est attendue pour avril 2016 avec la livraison de l'hôtel, puis s'étalera dans le temps avec une livraison finale en 2018.
Et l'obtention du label d'EcoCité était bien évidemment un élément de cette stratégie.
Car, dans les cartons, il y a un autre îlot, le XXL. Un îlot qui a vocation à poursuivre ce qui a été initié avec Allar et qui prend place sur quatre hectares, incluant notamment le marché aux puces. XXL développe donc la même philosophie que son grand frère.
Un appel à manifestation d'intérêt a été lancé et, début septembre, quatre propositions ont été reçues. Elles vont être maintenant « analysées et épluchées », révèle François Jalinot, par un jury qui se réunira début novembre.
Tout cela est une part non négligeable de l'attractivité marseillaise.
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