Euroméditerranée, une (re) conquête de l'espace

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Vu du quartier Euroméditerranée avec au premier plan la tour CMA CGM
Vu du quartier Euroméditerranée avec au premier plan la tour CMA CGM (Crédits : DR)
[ #SmartCityMed ] Il y a vingt ans, c'est ici qu'a commencé la mue de la cité phocéenne. Faire de la Joliette un quartier d'affaires, tisser un trait d'union entre le port et la ville, reconquérir des terres en friches... Deux décennies plus tard, Euroméditerranée se penche désormais sur l'avenir « durable » de Marseille.

Rares sont ceux qui auraient parié un centime sur ce projet et surtout sur sa capacité à faire renaître le port de ses cendres et, avec lui, toute la ville. 1995 : l'opération d'intérêt national Euroméditerranée est lancée, portée conjointement par l'État, la Ville, la communauté urbaine Marseille Provence Métropole, la Région et le Département.

L'ambition est clairement affichée : elle consiste à replacer Marseille au firmament des plus grandes métropoles européennes. Un pari qui s'appuie sur la reprise en main d'un foncier non exploité à sa juste valeur et qui porte en lui les gènes d'une requalification prometteuse. 2015 : la Joliette est désormais - avec ses 120.000 m2 de bureaux, l'un des quartiers d'affaires les plus fréquentés, choisi par quelque 800 entreprises pour s'y installer, comprenant commerces et hôtel.

« Nous anticipons les solutions d'avenir »

Il y a aussi le périmètre de la gare Saint-Charles, paupérisé, qui est en train de se transformer et de multiplier les projets. Et puis, il y a également la rue de la République, qui égrène, au gré de son kilomètre de long, de magnifiques bâtiments haussmanniens, réhabilités notamment grâce à une opération programmée d'amélioration de l'habitat (OPAH). La rue de la République, c'est aussi le lien urbain entre le Vieux-Port et la Joliette, un lien qu'il était nécessaire d'entretenir.

Mais, deux décennies après avoir initié une réflexion profonde sur le devenir de Marseille, voilà qu'Euroméditerranée enclenche une nouvelle phase. Il faut dire que, depuis 2009, elle peut s'enorgueillir d'un label EcoCité. La ville intelligente et durable s'incarne dans l'îlot Allar. Présenté comme le démonstrateur de technologie, cet îlot représente le Marseille de demain, vert et intelligemment pensé. D'ailleurs son nom - Smartmarseille - est explicite.

Dans le détail, c'est 58.000 m2 de logements, de bureaux et d'équipements, 2,7 hectares, 27.500 m2 de bureaux et 385 logements. C'est surtout un parti pris : faire un démonstrateur de technologie, c'est-à-dire rassembler ce qui est utile pour le citoyen sans forcément multiplier les innovations avant-gardistes, qui ne seraient que fioritures. En résumé, l'îlot Allar, c'est du concret. Et c'est ce qu'explique très bien Emmanuel Ropert, chef de projet chez Eiffage, choisi pour donner vie à l'ensemble.

« La ligne directrice était de remettre l'humain au coeur des préoccupations. Ainsi, au sein des logements, nous prévoyons une pièce nomade qui permet de faire basculer la taille des habitations. Elle peut être raccordée au logement qu'elle jouxte ou être séparée en fonction des besoins de l'habitant. Nous prévoyons également la mutualisation entre bureaux et logements des places de parking. On pourra d'ailleurs, grâce à son smartphone, réserver une place de parking mutualisée, profiter des services de la e-conciergerie du quartier... »

Pour Luc Bouvet, directeur régional d'Eiffage Construction, Smartmarseille « s'inscrit dans la reconquête d'un quartier difficile. Nous avons choisi cet endroit car ici nous trouvons la mer, le soleil et le vent, trois données importantes pour le développement durable ». Et, le maître mot, c'est la solidarité énergétique. Ne pas compter sur de grandes innovations mais plutôt sur des idées neuves choisies en fonction de leur durée de vie. « Nous voulons anticiper les solutions d'avenir », résume Luc Bouvet. Et cet exemple de solidarité énergétique prend tout son sens avec la boucle à eau de mer.

« Le principe de thalassothermie est déjà utilisé ailleurs, reconnaît Luc Bouvet. Mais ici nous faisons une sorte de boucle dans la boucle. »

Concrètement, c'est grâce à un point de puisage et de rejet situé dans le port de Marseille que l'eau tempérée (15°C) est menée à une sous-station centrale et utilisée en fonction des besoins en chaud ou froid, permettant de fournir les besoins énergétiques de bâtiments, offrant une réduction de 70% des gaz à effets de serre. Dans le calendrier, la première réalisation est attendue pour avril 2016 avec la livraison de l'hôtel, puis s'étalera dans le temps avec une livraison finale en 2018.

« Nous avons choisi d'être un catalyseur de la ville durable et un acteur puissant », insiste François Jalinot.

Marseille intrigue... et intéresse

Pour le directeur d'Euroméditerranée, « nous avons résolument choisi de développer une ville intelligente avec une logique méditerranéenne, ce qui veut dire tenir compte également des spécificités sociologiques et économiques et pas uniquement de celles liées au climat ».

Et l'obtention du label d'EcoCité était bien évidemment un élément de cette stratégie.

« Nous poussons à l'implantation des bâtiments qui favorisent l'économie de demain. Il n'y a de développement durable que si l'on colle au pouvoir d'achat de la population méditerranéenne. Tous les bâtiments seront équipés de Wi-Fi et de domotique. Nous réfléchissons aussi à installer un espace santé avec des cabinets de spécialistes, ce qui permettrait à la population de consulter sur place et de ne pas avoir à se déplacer. Les bonnes pratiques testées ont vocation à être diffusées », appuie François Jalinot.

Car, dans les cartons, il y a un autre îlot, le XXL. Un îlot qui a vocation à poursuivre ce qui a été initié avec Allar et qui prend place sur quatre hectares, incluant notamment le marché aux puces. XXL développe donc la même philosophie que son grand frère.

« L'idée est d'avoir un effet d'entraînement » espère François Jalinot.

Un appel à manifestation d'intérêt a été lancé et, début septembre, quatre propositions ont été reçues. Elles vont être maintenant « analysées et épluchées », révèle François Jalinot, par un jury qui se réunira début novembre.

« L'équipe choisie travaillera avec nous pendant un an. »

Tout cela est une part non négligeable de l'attractivité marseillaise.

« Nous recevons en permanence des délégations étrangères »,affirme François Jalinot. Marseille, donc, intrigue et intéresse. De quoi la placer définitivement en orbite.

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>>> #SmartCityMed "La Tribune" et le forum international "Live in a Living City" ont choisi Marseille pour y tenir une nouvelle édition du Forum Smart City. L'ambition de ce colloque, voué à un rayonnement international : échanger et partager les bonnes pratiques pour construire ensemble une ville de demain plus humaine, citoyenne, solidaire, connectée et ouverte.

 
[Smart City] La Tribune de... Jean-François Royer - Euroméditerranée

[Forum Smart City] Débat: Comment vivre la ville digitale ?

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Commentaires
a écrit le 18/10/2015 à 19:08 :
vu le projet : L'îlot Allar fait pitié côté vert!!! quelques arbres perdus alors qu'on pourrait attendre d'un eco quartier une belle tâche verte dans des allées raisonnées de bitume!!! cela nous changerait justement des grandes allées bitumées avec quelques ilôts de verdure pour faire style! L'effort est là mais est insuffisant! Nos architectes réfléchissent beaucoup plus au bâti mais trop peu au paysage et cela se voit! On parle beaucoup de la nature avec le réchauffement mais on s'en occupe finalement trés mal!
a écrit le 18/10/2015 à 14:49 :
À chaque passage dans la cité phocéenne, je constate l'évolution positive de ces programmes...
À l'exception des quartiers nord, la ville se métamorphose ! En 20 ans, le changement est spectaculaire, dans 20 ans, la mutation sera complète...

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