Actrade améliore la santé des vaches, pour une meilleure qualité de lait

 |   |  695  mots
Le pédiluve se manie et se nettoie aussi facilement qu'une brouette. Une goulotte centrale recueille les déjections des animaux pour limiter les transmissions fécales.
Le pédiluve se manie et se nettoie aussi facilement qu'une brouette. Une goulotte centrale recueille les déjections des animaux pour limiter les transmissions fécales. (Crédits : Reuters)
Spécialisée dans l'hygiène des troupeaux en élevage laitier, la société angevine Actrade a mené pendant deux ans un programme de R&D pour lutter contre les boiteries des animaux qui impactent la production et la qualité du lait. A la clé, la création d'un pédiluve et d'une poudre cicatrisante inédits.

"Jusque là, les éleveurs avaient le choix entre laver les sabots des vaches les uns après les autres ou de faire traverser les animaux dans des pédiluves remplis de liquide où se mélangeait rapidement les excréments...", résume Agnès Corbin, fondatrice de la société Actrade (sept personnes), en 2008, à Beaupréau, près d'Angers, à l'origine du Podo Concept. Un pédiluve de 1,80 x 80 rempli d'une poudre sèche où déambulent les animaux en entrant ou en sortant de la salle de traite.  Cette solution innovante pensée pour traiter la maladie de Mortellaro a déjà convaincu une centaine d'éleveurs en France. Et pour cause, sous le sabot des vaches s'agglutinent différentes matières où prolifèrent  la bactérie treponema pedis, qui provoque des lésions et des boiteries.   "Les animaux se déplacent de moins en moins pour  s'alimenter ou boire. Ce qui  altère la qualité du lait et diminue la production", indique Agnès Corbin. D'un  troupeau à l'autre, la perte peut atteindre jusqu'à 250 euros par vache et par an.

vache podoluve

A la recherche d'une alternative

Jusque là centrée sur les problèmes de mammites avant et après la traite, l'entreprise décide en 2011 de se lancer dans un ambitieux programme de recherche pour compléter sa gamme et répondre à une problématique vécue par la profession; la maladie de Mortellaro. Agnès Corbin s'entoure d'une vétérinaire pendant quatre mois, d'un employé à mi-temps et fait intervenir un laboratoire d'analyse bordelais, etc. Le budget s'élève à 200 000 euros. La moitié est financée sur les fonds propres de l'entreprise, l'autre par une subvention (42 000 euros) et un prêt remboursable de 50.000 euros décrochés auprès de BPIFrance. Les recherches vont durer deux ans.  Jusqu'à la mise au point de cette fameuse poudre sèche. Une sorte de cocktail de sept bactéries lactiques vivantes et de bacillus associés à un support de carbonate alimentaire. Une particule de moins de 500 microns,  lyophilisée qui se réactive au contact de l'humidité, et enrichie de plantes cicatrisantes. Cette sorte de sable abaisse la teneur en Ph de la base et rend la survie de la Treponema pedis plus difficile. "C'est une vraie lutte biologique. Et un travail dans le temps", affirme Agnès Corbin. Le traitement dure 3 à 4 semaines pour un troupeau peu infecté et plusieurs mois si plus de 50% de celui-ci est infecté. Le taux de cicatrisation dépasserait 85%. "On n'a plus besoin de laver les pattes des vaches, ce qui abaisse le stress des animaux", assure-t-elle. C'est tout l'enjeu de cette autre innovation, soutenue par Angers Technopole et brevetée. Le pédiluve se manie et se nettoie aussi facilement qu'une brouette. Une goulotte centrale recueille les déjections des animaux pour limiter les transmissions fécales.

Une démarche pensée pour l'export

Selon le fabricant, il faut en moyenne deux kilos (2 euros/kg) par vache et par mois de poudre sèche pour un traitement classique. Le double pour une cure d'attaque. Conçu avec une forme d'arête dans le fond pour ralentir l'avancée de la poudre lors du déplacement de la vache, le pédiluve (560 euros HT) fonctionne avec une centaine de kilos de poudre. Lancé à l'automne, ce dispositif a été récompensé par le magazine professionnel "La France Agricole"  lors dernier salon agricole SPACE 2014 à Rennes. Pour Actrade, le Podo Concept représente déjà 30% de son chiffre d'affaires (860.000 euros en 2014 contre 670.000 euros en 2013). D'abord commercialisé en France, ce système commence à être distribué par deux revendeurs en Italie du Nord et au Portugal. Mais le produit devrait rapidement séduire l'Europe, estime Agnès Corbin :

"Contrairement aux solutions liquides qui posent des problèmes de manipulations et environnementaux, le caractère écologique du Podo Concept devrait nous permettre de viser très rapidement l'Allemagne, la Belgique puis les pays nordiques qui sont particulièrement sensibles aux aspects écologiques".

Une internationalisation qui devrait permettre à Actrade de dépasser l'objectif du million d'euros en 2015 et de trouver de nouvelles ressources pour lancer un concept innovant sur son premier métier; la lutte contre les mammites.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 16/03/2015 à 17:20 :
Une entreprise, de nos jours plus que jamais, c'est fait pour optimiser les profits. Par conséquent, ils améliorent la santé des vaches pour que 1) elles vivent plus longtemps et 2) produisent plus de lait. La qualité est un élément de marketing (vrai ou faux d'ailleurs) pour se démarquer de la concurrence. En dehors de cela, une vache, ça mange de l'herbe et pas des restants d'autres animaux (vache folle pour ceux qui auraient oublié), ni de médicaments en tout genre. Mais bon, là j'exagère sand doute en demandant l'impossible :-)
a écrit le 16/03/2015 à 12:31 :
Très bonne idée. Ne reste plus qu'à lutter contre les tonnes d'antibiotiques injectées et à créer un label "animal étourdi avant abattage".
Réponse de le 16/03/2015 à 13:53 :
Pour le label "étourdi avant abattage", l'OABA (www.oaba.fr) se bat depuis de nombreuses années mais seules les religions ont droit à un label actuellement (!).
Si vous voulez rejoindre notre combat...

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :