De JCDecaux à Bolloré : le "showroom parisien"

Velib', Autolib', mobilier urbain connecté... Les entreprises de la ville intelligente qui savent utiliser Paris comme une vitrine planétaire sont en expansion. Et la mairie, elle, économise beaucoup.

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Station Vélib' à Paris
Station Vélib' à Paris (Crédits : Anso)

Jean-Claude Decaux l'a compris le premier. Le leader mondial du mobilier urbain a immédiatement saisi l'intérêt des technologies numériques dans la ville pour son business. Il a tout aussi vite compris que peu de villes au monde avaient les moyens de s'offrir du mobilier urbain intelligent. Jean-Louis Missika, lui, chargé des nouvelles technologies à la ville de Paris, a toujours pensé que Paris était « le plus grand showroom de la planète » et que les industriels pouvaient s'en servir comme tel.

Les deux étaient faits pour s'entendre, et c'est ainsi qu'est né le business model parisien dans le mobilier urbain et le vélo.

« Notre modèle est assez inédit, explique Albert Asséraf, directeur général chargé de la stratégie de JCDecaux. Nous ne demandons rien au citoyen, tout est financé par la publicité. Velib' est l'exemple même d'une stratégie intelligente pour la ville : un service plébiscité par les Parisiens, qui ne coûte rien à la ville en investissement et entretien, qui lui rapporte entre 16 et 18 millions par an d'abonnements et que nous finançons entièrement par la publicité sur le mobilier.

Tout le monde y gagne et, en plus, toutes les stations sont connectées au réseau, nous sommes en open source, et toutes les informations sont en temps réel. »

C'est l'exemple même d'une ville intelligente financée par les nouveaux services.

Reproductible ? Dans une certaine mesure. JCDecaux a vendu le même écosystème ailleurs. Lyon l'avait même adopté avant Paris. Bolloré Industries l'a reproduit avec Autolib', mais s'il se sert de Paris comme showroom, Vincent Bolloré n'a pas, lui, la manne de la publicité liée au mobilier urbain pour financer son business model. JCDecaux a un marché aussi extensible que le marché publicitaire le permet, Bolloré, non.

Première mondiale, des abribus truffés d'applis

JCDecaux a un autre atout : il a réussi à implanter un modèle profitable à Paris, qui est la seule ville au monde qui interdit les écrans publicitaires numériques (hormis l'écran du haut de la rue de Rennes). Partout ailleurs dans le monde, c'est plus facile réglementairement, et la stratégie JCDecaux fonctionne à plein. En revanche, Paris est une ville totalement innovante : elle vient ainsi de permettre pendant deux fois six mois à JCDecaux de tester des nouveaux mobiliers urbains numériques innovants. Une première mondiale pour des abribus truffés d'applis.

C'est le modèle de la capitale. Beaucoup d'industriels ont encore du mal à s'y faire.

« Paris doit avoir un rôle majeur dans le développement de la smart city. Nous devons en devenir leader dans les toutes prochaines années, explique Jean-Louis Missika.
Certains nous proposent des tableaux de bord clés en main pour gérer la ville, mais ce n'est pas cela l'essentiel, mais plutôt le dialogue entre tous les réseaux et surtout un dialogue sur objectifs clairs définis par la communauté. »

L'arme idéale pour la smart city ? L'appel d'offres. Sur les métiers, services et compétences de la ville. Ainsi, dans le dernier concernant le mobilier urbain, la mairie a intégré une clause pour que soient installés des micro-antennes 4G et des spots WiFi dans les abribus. Des « small cells » et de l'open data, il y en aura désormais tout le temps. La mairie de Paris vient de mettre en place une force opérationnelle sur la smart city transversale, et cela va définir le contenu des appels d'offres.

Et souvent cela donne de beaux résultats. Pour les gros : JCDecaux vient, par exemple, d'équiper le mobilier urbain de São Paulo en fil twitter, parce que les élus brésiliens l'ont vu fonctionner à Paris.

Comme pour les petits : le français Streetlight.vision vient de se faire racheter par le spécialiste des réseaux urbains intelligents, l'américain SilverSpring Networks (ce dernier en profite d'ailleurs pour installer sa R&D européenne à Paris). Streetlight.vision est une start-up spécialiste de l'éclairage public intelligent ayant grandi en trois ans avec les appels d'offres de la mairie de Paris, qui cherchait des économies sur son réseau à l'ombre d'Evesa (un groupement Bouygues, Vinci, Fayat).

La mairie économise en énergie (elle cherche à gagner 80 millions d'ici à 2020), la start-up grandit, biberonnée par les acteurs traditionnels de la ville, les Américains achètent et tout le monde part, à partir du showroom parisien, à la conquête de la planète. Streetlight.vision est ainsi en train de travailler sur les énormes marchés de Dongguan et de Foshan, en Chine.

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Commentaires 5
à écrit le 08/10/2014 à 10:46
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Des panneaux de pub à gogo pour gogos, les piétons pestent et les non voyants s'y cognent dedans, c'est infliger un fascime commercial et prendre le parigot pour un veau (qui est sûrement sa destination finale). Quant à l'éclairage, d'un côté on b...

le 08/10/2014 à 11:59
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Rhétorique populiste sur un sujet anodin. Commentaire de mal baisé(e). Votre VDM (Vie De M...e) n'est la faute de personne si ce n'est la vôtre.

le 08/10/2014 à 15:07
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C'est sur que c'est mieux de payer pour l'entretien des abris bus, avec les vandales qui s'amuse a les casser (de meme que les Velib') on est bien content que la pub paye cela. Apres faut vivre dans son monde ! Ou aller vous pendxe

à écrit le 08/10/2014 à 10:26
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Paris a un potential de business enorme et sous exploite. Ces initiatives sont intelligentes et doivent etre encourages.

à écrit le 08/10/2014 à 8:52
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Et le publicitaire se contente de reverser une proportion moindre sur les publicités qu'il gère pour financer vélib... Ce n'est pas une dépense, c'est simplement un manque à gagner ! Quelle farce...

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