À quoi tient un destin ? À une grosse frayeur, dans le cas de Julia Simon. L'adolescente savoyarde a suivi son père, très porté sur le ski alpin et qui tenait à lui faire goûter les joies de la glisse. Mais un jour, une piste un peu trop rapide lui a collé une peur bleue. Aussitôt, elle a pris la décision de s'en tenir au nordique, qu'elle pratiquait déjà. Elle s'est toujours plu « au milieu de la nature », et ce n'est pas pour réguler la population animale qu'elle a accroché une carabine dans son dos, à l'âge de 15 ans. Plutôt pour imiter son modèle, Raphaël Poirée, première locomotive du biathlon français dans les années 2000. Très vite, un premier titre de championne de France juniors a confirmé le bien-fondé de son orientation.
D'espoir à star, Julia Simon n'a pas traîné en route. Jusqu'à la consécration absolue lors de ces championnats du monde à Nove Mesto (République tchèque). À 27 ans, elle a remporté l'or sur le sprint, la poursuite, le relais mixte et le relais féminin (hier, une première pour la France), ainsi que le bronze sur l'individuel. Elle peut compléter sa folle moisson lors de l'ultime épreuve de ce marathon, la mass start (14 h 15). Elle en a laissé un peu aux autres, jeudi, quand le staff tricolore a choisi Lou Jeanmonnot pour accompagner Quentin Fillon Maillet sur le relais simple mixte - un triomphe bleu de plus. « Je ne suis pas une machine », a justifié « la biathlète la plus complète qu'on ait vue », d'après la légende norvégienne Ole Einar Bjoerndalen.