« Je ne suis pas d'accord avec toi sur ce point. On ne peut pas tout mettre sur la table d'un seul coup. » Neuf heures du matin dans son bureau de président de la Commission environnement, santé publique et sécurité alimentaire du Parlement européen, Pascal Canfin est en pleine visioconférence avec le ministre français de l'Agriculture, Julien Denormandie. Au menu : la préparation du Conseil européen qui viendra clore la présidence portugaise de l'UE au 1er juillet et la volonté d'aboutir à un accord sur la politique agricole commune (PAC) qui serait lié au Green Deal Européen afin de rendre l'agriculture européenne plus verte. Tout au long de l'échange, Pascal Canfin tente de trouver l'équilibre entre la position de la France et celle du Parlement européen qu'il doit défendre en tant que président de la Commission environnement et santé. « Il s'agit de faire un peu ramollir la viande pour pouvoir aller vers un accord », lance-t-il à l'attention du ministre. Les deux hommes conviennent de se rappeler.
Alors que les rendez-vous s'enchaînent, Pascal Canfin confie : « Le rôle de président de la Commission environnement du Parlement européen est celui d'un bâtisseur de consensus entre les différentes logiques qui existent au sein de l'Union européenne, entre États, entre partis et entre institutions. Au sein du Parlement d'abord, où plusieurs majorités politiques sont possibles. La majorité «Von Der Leyen» composée du PPE, du PSE et de Renew Europe, notre groupe centriste. Une majorité dite plus progressiste avec les verts et les socialistes, la GUE et nous, et une majorité que nous refusons, du PPE à l'extrême droite. Mon rôle est de trouver le chemin d'équilibre pour faire avancer la bataille climatique. Sur les textes importants comme la PAC, il faut que ce soit la majorité Von Der Leyen. Pour y parvenir, il convient de connaître les logiques internes à chaque pays mais de ne jamais dévier de la vision politique globale d'une Europe forte que l'on veut impulser à l'Union. »